En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© Reuters
A quoi ressemblera le monde en 2030 ?
Retour vers le futur
Le monde en 2030 ressemblera-t-il à ce que prévoient les services de renseignements américains ?
Publié le 12 mars 2013
Prédire l'avenir : telle est l'ambition du National Intelligence Council (NIC), la branche publique de la CIA, qui, tous les 4 ans, réfléchit à l'état du monde à un horizon de deux décennies. Son dernier rapport, baptisé "Global Trends 2030 - Alternatives worlds" vient d'être rendu public.
Nicolas Tenzer est président d'Initiative pour le développement de l'expertise française à l'international et en Europe (IDEFIE). Il a dernièrement publié La fin du malheur français ? (Stock, 2011) et La France a besoin des autres (Plon,...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nicolas Tenzer
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nicolas Tenzer est président d'Initiative pour le développement de l'expertise française à l'international et en Europe (IDEFIE). Il a dernièrement publié La fin du malheur français ? (Stock, 2011) et La France a besoin des autres (Plon,...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Prédire l'avenir : telle est l'ambition du National Intelligence Council (NIC), la branche publique de la CIA, qui, tous les 4 ans, réfléchit à l'état du monde à un horizon de deux décennies. Son dernier rapport, baptisé "Global Trends 2030 - Alternatives worlds" vient d'être rendu public.

Qui entend bâtir des hypothèses crédibles sur ce que pourrait être le monde en 2030 doit s’efforcer d’ausculter les tendances de fond plutôt que de se focaliser sur les crises et les urgences du moment. Il doit faire le départ aussi entre les mouvements irrépressibles de l’histoire et ce qui dépend de l’action des hommes – des dirigeants mais aussi des peuples. Il doit aussi repérer les signes forts et faibles qui permettent d’ajuster, en fonction de nouveaux faits, ces hypothèses – ce que je ferai en reprenant quelques lignes de fond que j’avais indiquées dans Le monde à l’horizon 2030. La règle et le désordre (Perrin, 2030).

La première concerne le basculement des richesses d’ici à 2030. Certes, on peut augurer, pour une bonne partie, la poursuite de la tendance au passage de l’essentiel de la richesse vers l’est du monde. Pour autant, plusieurs phénomènes pourraient le ralentir ou le rendre moins unilatéral – la Chine par rapport aux autres  d’ici 2030 : des crises de croissance chinoises, liées au vieillissement comme à l’instabilité sociale, qui réduisent la vitesse de ce nouveau grand bond, une reprise économique forte au Japon qui parvient à se doter de capacités d’innovation et bénéficie de ses nouvelles alliances en Asie et de l’ancienne avec les Etats-Unis, un nouveau démarrage de l’Europe consolidé par son grand marché et des traités de libre-échange avec d’autres zones du monde, bien sûr, le redémarrage économique des Etats-Unis, qui s’appuie sur un potentiel exceptionnel qui n’a jamais été perdu. Les incertitudes majeures concernent la Russie : actuellement promise à sortir du monde comme grande puissance, inversera-t-elle la courbe du déclin démographique, de la destruction de richesses économiques par la corruption, la bureaucratie, l’évasion en masse des capitaux et la préférence pour l’économie de rente ? L’Inde et le Brésil seront-ils autre chose que des grandes puissances régionales et conforteront-ils leur stratégie de développement économique par un rôle global et une modernisation intérieure ? Les pays du Golfe réussiront-ils leur transition de l’économie de rente à l’économie de service et d’innovation ?

La deuxième ligne concerne l’ordre mondial. Cela ne sera pas celui de la multipolarité organisée, mais de l’oligarchie fondée sur des alliances lointaines. Autrement dit, nous n’aurons pas un pôle asiatique, un pôle européen, un pôle américain, etc. mais une série d’Etats entretenant des alliances multiples avec d’autres, souvent lointains, sans symétrie entre l’économie et la sécurité, et sans autre cohérence que leurs intérêts momentanés. A part peut-être l’Union européenne, les alliances régionales seront faibles et peu contraignantes – notamment en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Ce qui fera la force des nations sera leur capacité à organiser ces alliances multiples dans une stratégie d’intérêt national.

Troisième ligne, conséquence de celle-ci : l’affaiblissement des organisations internationales généralistes, allant de pair avec le renforcement des organisations techniques. Dans son volet politique, l’Union européenne s’affaiblira autant que les Nations unies, mais leur apport au développement du monde, comme celui des banques de développement, sera considérable dans les 15 années qui viennent. Ce sont elles qui encadreront la croissance mondiale, forgeant normes et standards, et, conjointement à des accords régionaux et transrégionaux, réguleront le commerce international. Le défi majeur du futur concernera la capacité à mettre en place une organisation régulant l’accès aux matières premières et leur répartition.

Quatrième ligne : non seulement l’avènement des peuples, mais celui du politique de manière quasi universelle. S’il continuera d’exister des rémanences d’idéologie, religieuse ou non, le développement et la globalisation provoqueront la propension croissante de chaque individu sinon à penser par lui-même, du moins à émettre son jugement sur sa condition politique et sociale – donc à s’insurger. Certes, sa colère pourra toujours être « récupérée », mais la réalité première sera l’importance de conflits politiques plus que culturels et religieux. Nous n’en aurons certes pas fini avec le fanatisme et donc le terrorisme religieux, qui devrait prospérer en particulier au sein d’Etats faillis où ils feront figure de substitut à l’appartenance politique.

Cinquième ligne : le monde de demain sera à la fois hyper-étatique et totalement globalisé et les nations puissantes seront celles qui joueront avec les deux. D’un côté, leurs leaders autant que leurs intellectuels et leurs entreprises et l’essentiel de leur population devront être mondialisés sous peine de perdre puissance et intelligence du monde. Mais ils devront aussi être mieux en mesure d’affirmer la puissance de leur pays, de définir une stratégie d’influence multiforme et de mobiliser les ressources de la pensée, du savoir et de l’innovation. Cela signifie que seuls les pays dont les dirigeants auront une pratique du monde et, dans l’affectation des moyens nationaux, affirmeront une priorité à la stratégie internationale seront capables de contribuer à dessiner leur place dans le mode et profiteront de la richesse qu’offre la globalisation. Puissants seront les pays qui auront compris que leur stratégie nationale doit être d’abord orientée par les exigences du monde et non par l’agenda interne et que le monde de demain sera un monde d’anticipations où la puissance actuelle de chaque nation dépendra de la manière dont elle est anticipée à l’avenir.

Sixième ligne : la reconfiguration de la hiérarchie des puissances. Dépendant en grande partie des évolutions économiques, elle sera aussi liée à la volonté et à la capacité de définir une ambition mondiale. Seule certitude de ce point de vue : à un horizon de vingt ans, la supériorité américaine restera de loin dominante et universelle, même si les Etats-Unis auront de plus en plus besoin d’alliés. Toujours partie de la solution, ils seront moins la solution exclusive. Leur capacité à conforter leur force à l’avenir dépendra de cette faculté à nouer des alliances, c’est-à-dire à être forts avec les autres comme à les renforcer. Leur force, autant que celle de l’Europe, dépendront de leur détermination à jouer la carte d’une convergence politique et économique transatlantique plus coopérative. C’est aussi ensemble qu’il leur faudra définir une stratégie de moyen terme avec la Russie, point d’inconnue majeur aujourd’hui et risque principal en Europe, en Asie centrale et au Moyen-Orient.

Il en va de même avec l’Asie, où l’on verra dans quinze ans les fruits de la stratégie engagée par le président Obama. Elle dépendra de la dextérité des Etats-Unis et de leurs alliés dans la mise en place d’une stratégie convergente dans la zone comme de leur capacité commune à définir des relations économiquement équilibrées avec la Chine et une architecture de sécurité à la fois souple, défensive et crédible. Verrons-nous l’émergence de puissances régionales susceptibles d’organiser les rapports de puissance dans certaines zones ? C’est probablement l’une des questions sur lesquelles les hypothèses sont les plus hasardeuses et sur lesquelles nous ne pouvons évoquer que le nom de « candidats » : l’Inde, si elle sort des ambiguïtés et des alliances contradictoires qui lui tiennent lieu de stratégie et du mépris pour le monde d’une partie de ses élites, la Turquie si elle abandonne sa présomption et si nous parvenons à la conforter dans sa nature européenne, la Serbie dans la zone limitée et stratégique des Balkans si elle rompt définitivement avec un nationalisme qui joue contre son intérêt national, le Brésil s’il renonce à ses alliances contre nature, l’Iran s’il renoue avec la démocratie et les Lumières… Tous ces Etats et d’autres seront-ils enfin capables de limiter l’apparition de nouveaux Etats faillis ou, au moins, leur contagion et d’assurer un minimum de sécurité régionale ? Autant d’incertitudes pour un monde de 2030 qui, paradoxalement, devrait quand même être plus équilibré que celui d’aujourd’hui.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
02.
"Il entend, mais il n'écoute personne" : les conseillers de Macron sont au bout du rouleau
03.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
04.
Et si le Rassemblement National était en train de faire un bien mauvais coup à l’euro en renonçant à exiger que nous en sortions ?
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Brexit : rien n’est joué pour le royaume-Uni même en cas de sortie sans accord
07.
Céline Dion a refait 2 fois sa vie... en même temps; Laura Smet, mariée & heureuse, Karine Le Marchand seule mais heureuse, Charlotte C.&Dimitri, ni seuls ni mariés; Gala nous dit tout sur la vie sexuelle de Houellebecq, Match sur le divorce de Jeff Bezos
01.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
02.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
03.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
04.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
05.
Vivons-nous dans un univers-bulle en expansion dans une autre dimension ? ; Hubble nous offre un magnifique portrait très détaillé de la galaxie du Triangle
06.
Et la raison pour laquelle les Allemands commencent sérieusement à s’inquiéter d’un Brexit sans deal est…
07.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
04.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
05.
Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial
06.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
04.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
Commentaires (20)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
cappucino
- 27/12/2012 - 14:26
Les consultants et leurs modèles
Cela ne marche jamais. heureusement dans la plupart des cas.
Ce n'est pas ce qui sera mais ce que souhaiterait un certain nombre de personnes. Qui font tout par ailleurs pour que cela soit réalisable. Guerres, propagande, désinformations etc etc. Mais, ils seront morts pour la plupart d'ici 2030.
totor101
- 27/12/2012 - 11:17
La meilleure méthode !
La meilleure méthode, c'est la boule de cristal !
Même si vous faites une erreur de lecture la boule aura eu raison !
il y a 15-20 ans ils en faisaient de magnifiques à Baccarat ! ! !
BOUM
- 26/12/2012 - 23:43
et la marmotte...
Ce sont les mêmes intellectuels du dimanche qui n'avaient pas prévu la chute du Mur ni la "longue guerre" post-2001 et qui prédisaient que la Chine ne rattraperaient pas l'Europe avant 2030 et les USA avant 2050... Alors, restons calme et buvons frais. Le monde ne sera sans doute pas si différent qu'aujourd'hui, seulement un peu plus rapide, agressif et pollué. La lutte pour la survie a commencé. Qu'on se le dise.