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Vers la reprise de Palmyre par les troupes de Bachar El-Assad : une bataille décisive dans la guerre contre l'Etat islamique

Depuis plusieurs semaines, les forces syriennes sont à portée de canon de Palmyre. La reprise de la cité antique par le commandement syrien réduirait l'espace vital de l'Etat islamique et l'affaiblirait psychologiquement. Néanmoins, l'issue de la bataille demeure incertaine, l'Etat islamique ayant multiplié les contre-offensives dans d'autres régions de la Syrie en vue de desserrer l’étau autour de Palmyre.

Issue incertaine

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Vers la reprise de Palmyre par les troupes de Bachar El-Assad : une bataille décisive dans la guerre contre l'Etat islamique

Atlantico : L'armée syrienne, appuyée par la milice "l'unité des Faucons du désert" et l'aviation russe (toujours bien présente) est en passe de reconquérir la cité antique de Palmyre, en Syrie. L'importance historique de cette ville, contrôlée par l'Etat islamique depuis mai 2015, est bien connue. Mais quelle est son importance stratégique ?

Alain Rodier : Cela fait des semaines que les forces syriennes sont à portée de canon de Palmyre. Environ 6000 hommes sont engagés dans le combat à terre.

Le célèbre major général Suleil Al-Hassan, le commandant des "Tiger forces" qui se sont victorieusement illustrées sur tous les fronts, particulièrement durant ces derniers mois à l’est et au sud d’Alep, est arrivé en renfort le 5 mars pour participer à la bataille.

Il vient épauler la 67e brigade de la 18e division blindée, la brigade des faucons du désert (Liwaa Suqour Al-Sahara), les bataillons Dara’Qalamoun et Al-Ba’ath, des milices locales des Forces de Défense Nationales ainsi que quatre mouvements de volontaires chiites irakiens (Harakat Al-Nujaba, Liwaa Al-Badr, Liwaaa Imam et Kataebat Hezbollah).

Des conseillers iraniens ainsi que des membres des forces spéciales russes accompagneraient ces forces. Les activistes islamiques sont solidement retranchés, en particulier dans le château de Palmyre (Fakhr-Al-Din Al-Maani) situé au sommet des hauteurs de Jabal Qassoun, le site le plus élevé de la région. Si l’appui aérien est surtout assuré par quelques Mig-21 syriens et des hélicoptères russes dont des K-52 et M-28N, les tirs d’artillerie se font de plus en plus intenses, les Russes ayant renforcé techniquement et logistiquement cette composante de l’armée syrienne. Ils ont notamment remis en service opérationnel une trentaine de LRM BM-27 Uragan qui peuvent tirer une salve de seize roquettes de 220 mm (360 kilos) jusqu’à une trentaine de kilomètres en 20 secondes. Pour l’appui direct à courtes distances, les mortiers et même les missiles anti-chars sont largement employés, ce qui démontre que les munitions ne manquent pas.

Concrètement, quelles seraient les conséquences sur le terrain de la reprise de cette ville par les forces gouvernementales ? En quoi l'Etat islamique en ressortirait-il affaibli ? 

En dehors du fait que la reprise de Palmyre, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, aurait sur Daech un impact psychologique énorme, l’objectif du commandement syrien semble être de poursuivre ensuite son avancée le long de l’autoroute M-20 vers l’est pour tenter d’assurer la jonction avec la garnison assiégée de Deir ez-Zor commandée par le major général druze Issam Zahreddine, une autre figure de l’armée syrienne.

Dans quelle mesure la bataille pour la ville de Palmyre est-elle capitale dans ce conflit ? Si le régime syrien réussit effectivement à la récupérer, quelle devrait être sa prochaine offensive ? 

La reprise de Palmyre lui permettrait de reconquérir le désert syrien (la "badiya") et de parvenir plus à l'est en recollant à la frontière irakienne, une surface de 33 000 km2. Daech qui contrôle aujourd'hui 40% du territoire verrait son espace vital passer à 30% de ce dernier. Cela dit, la bataille risque d'être extrêmement rude et le sort des armes est souvent incertain d'autant plus que Daech a lancé de nombreuses contre-offensives dans d'autres régions de la Syrie, vraisemblablement pour desserrer l'étau pesant sur Palmyre.

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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