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Pont vers la Crimée, pression militariste sur la Pologne : où sera la ligne rouge de l’Europe face à Vladimir Poutine ?

Après 27 mois de travaux, le "pont de Crimée", reliant cette péninsule à la Russie, a été inauguré le 15 mai, malgré l'opposition de l'Ukraine et de ses partenaires.

Quand est-ce que ça s'arrête ?

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Pont vers la Crimée, pression militariste sur la Pologne : où sera la ligne rouge de l’Europe face à Vladimir Poutine ?

 Crédit ALEXEY DRUZHININ / RIA-NOVOSTI / AFP

Atlantico : ​Quatre années après la crise de Crimée, qui a conduit à l'annexion de la péninsule par la Russie, Vladimir Poutine a inauguré​ le pont reliant Russie et Crimée le 15 mai. Un symbole venant acter la situation malgré l'opposition, entre autres, des européens. Au regard de cette situation, quelles sont les limites de ce que les européens accepteront de la part de Vladimir Poutine ? Des pays Baltes au Caucase en passant par le Moyen-Orient, quelles sont les limites avant une intervention militaire de la part des européens ? 

Cyrille Bret : La présidence russe multiplie actuellement les symboles pour "normaliser“ l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie.

Par exemple, le premier Tour de l’élection présidentielle qui a vu la réélection de Vladimir Poutine a été organisée le 18 mars, date du référendum ayant conduit à l’annexion. De même, la démarche du président russe est éloquente : il a lancé le pont sur le détroit de Kertch quelques mois après l’annexion, l’a fait réaliser par l’entreprise d’un de ses proches, a ainsi engagé la Crimée dans une politique de développement et d’intégration au Sud russe. Enfin, coutumier des mises en scène éloquentes, il a tenu à franchir ce pont à bord d’un camion Kamaz. Ces actes symboliques très forts renforce la polarisation des Occidentaux. Actuellement de nombreuses anciennes républiques soviétiques et démocraties populaires (Pologne, Etats baltes, Roumanie, etc.) disent redouter la déstabilisation russe dans leurs eaux terrritoriales, leurs espaces aériens et leurs territoires. A la différence de l’Ukraine et de la Géorgie, en guerre avec la Russie, ces Etats sont tout à la fois membres de l’UE et de l’OTAN. L’atteinte à l’intégrité territoriale de l’un d’entre eux serait une cause pour déclencher une réaction militaire de la part de leurs alliés.

Florent Parmentier : Plus qu’un simple pont reliant la Crimée à la Russie, ce pont sur le détroit de Kertch de 19 kilomètres (le plus long de Russie) est déjà considéré, pour une large partie de l’opinion russe, comme un « lieu de mémoire » (Pierre Nora), puisque les sentiments nationaux russes y sont réaffirmés, notamment suite au référendum du 18 mars 2014. A contrario, il constitue pour l’Ukraine une matérialisation de la blessure liée à la guerre de 2014, liée à la perte de ce territoire dont le rattachement avait été entériné par l’Union soviétique en 1954. Si l’annexion de la Crimée n’a pas été sanglante, sa perte est une réalité difficilement acceptable politiquement pour les Ukrainiens. Et ce d’autant plus qu’elle semble sans recours : l’Ukraine n’a pas donné son consentement à la réalisation du pont, au grand dam également de ses partenaires.

Pour l’heure, le pont inauguré le 15 mai dernier permet à la Crimée d’envisager un avenir économique plus clément, puisque la péninsule située sur la mer Noire est pour l’heure un territoire isolé et frappé par les sanctions ; le pouvoir russe espère voir arriver de nouveaux touristes et des biens de consommation courants moins chers. Mais le résultat politique est plus ambigu : symbole de la restauration du pouvoir russe, mais également du divorce de celui-ci avec le peuple ukrainien. Ce pont montre aussi à quel point le système politique russe reste centré autour des proches de Vladimir Poutine, qui ont entrepris la construction de ce pont : il était accompagné de l’homme d’affaires Arcady Rotenberg, son ancien partenaire de judo et constructeur du pont.

Verra-t-on d’autres ponts de ce type au sein de l’Europe ? D’autres conflits hybrides tel que celui qui se déroule en Ukraine sont-ils possibles dans d’autres parties de l’Europe ? Quand on reproche aux dirigeants russes leurs interventions à l’extérieur, en Géorgie, en Ukraine et en Syrie, ils objectent en général une liste alternative d’interventions : Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye… La liste des interventions des Américains, mais également des Européens, est davantage longue. Le budget américain de la défense est près de dix fois celui de la Russie : en 2017, les congressistes américains ont voté un budget de presque 700 milliards de dollars, contre 66 milliards de dollars en Russie, avec un budget militaire en baisse par rapport à 2016. Dans ces conditions, aux russophobes américains et européens, les dirigeants russes répondent que c’est en réalité l’Occident qui est en position agressive, mais que cette phase historique trouvera une fin prochainement avec la redistribution des cartes au niveau international.

 
Commentaires

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  • Par JonSnow - 21/05/2018 - 16:43 - Signaler un abus La Crimée est russe! Point final!

    Il est parfaitement logique que les Russes aient construit un pont vers la Crimée, qu'ils considèrent comme une terre russe! Je l'avais prédit dès mars 2014. Ceux qui sont contre l'annexion de la Crimée se fichent éperdument de l'opinion des premiers concernés, les Criméens.

  • Par J'accuse - 21/05/2018 - 19:33 - Signaler un abus Dormons tranquille

    La 1ère guerre mondiale a été artificiellement déclenchée par les politiciens européens par intérêt politique et financier; la 2e était la conséquence du traité de paix de 1919, ficelé par les mêmes politiciens avec les mêmes mobiles, et de leur habituelle lâcheté face à un homme fort. Qu'est-ce qui aujourd'hui intéresserait nos dirigeants pour faire la guerre ? Ils auraient trop à perdre: ils se sont bien installés dans des affaires qui exigent la paix (UE, GIEC) et qui rapportent financièrement et politiquement, et la bombe atomique change la donne: il n'y aura donc pas de guerre.

  • Par kelenborn - 22/05/2018 - 14:15 - Signaler un abus !!!!

    A ce compte la Poutine doit être l'instigateur de l'indépendance de la Catalogne ou de l'accueil d'1 million de migrants par Merkel. On peut au moins lui reconnaître une chose: il n'a pas élu Macroléon !

  • Par JG - 22/05/2018 - 14:23 - Signaler un abus Article pas trop antirusse quoiqu'avec quelques bêtises

    notamment celle ci :" liée à la perte de ce territoire dont le rattachement avait été entériné par l’Union soviétique en 1954" Je rappelle à Mr Parmentier qui n'a visiblement pas beaucoup révisé ses atlas politiques datant de 1954, qu'à cette époque l'Ukraine n'était EN AUCUNE MANIERE distinguable de l'Union Soviétique puisqu'elle en était une des Républiques et qu'il ne serait jamais venu à l'idée aux dirigeants de l'époque qu'il puisse en être autrement. Ne faites donc pas comme tous les journalistes (que vous n'êtes pourtant pas) : juger, d'une manière anachronique et totalement éloignée de toute démarche historique, une situation du passé à l'aune de la situation d'aujourd'hui. Quant à la comparaison avec Kosovo, Serbie, etc...elle est tout à fait pertinente : la Crimée s'intégre à la Russie après un référendum d'autodetermination : c'est un scandale ; en revanche le Kosovo qui se sépare de la Serbie après le même type de référendum...c'est normal. Selon que vous êtes pro-américain ou pro-russe, vous serez diabolisé ou non par la presse "mainstream"

  • Par JG - 22/05/2018 - 14:25 - Signaler un abus Quant au titre de l'article

    Ouvertement racoleur et antirusse, contrairement à l'article lui-même, je ne ferai aucun commentaire que celui-ci : Honte à Atlantico de s'aligner bêtement sur les positions diplomatiques pro-américaines dont on voit tous les jours l'efficacité pour la paix mondiale...en Syrie et en Irak par exemple...

  • Par ISABLEUE - 22/05/2018 - 14:45 - Signaler un abus bête à manger du foin

    la Crimée fait partie de la Russie. En quoi doit-on se gaver des articles anti-Poutine et anti-Trump .....

  • Par lémire - 22/05/2018 - 14:47 - Signaler un abus L'Europe, combien de divisions ?

    L'interrogation portant sur une intervention militaire européenne est farfelue : sans les USA, l'Europe n'a pas les moyens d'intervenir de son propre chef. Ses gouvernants ont choisi de diminuer massivement leurs dépenses militaires et donc de se mettre entre les mains des USA. Trump a été assez clair (enfin !) sur le fait qu'en l'absence d'effort européen, il risquait de considérer ses engagements dans l'OTAN comme obsolètes (il lui préfèrerait sans doute des accords bilatéraux...). Donc en pratique, l'Europe = 0 divisions, quelques bataillons dispersés, quelques jours de combat au mieux... Les seules nations européennes à manifester une volonté de défense sont la Suède et la Pologne, l'Allemagne se sent moralement obligée de ne pas donner l'exemple du "militarisme" et de la "xénophobie" et préfère donner des leçons aux autres. Quant à la Commission, sa seule contribution utile serait de changer la règle du déficit et de la mettre à 1% du PIB hors dépenses militaires, mais qui va oser en parler ? L'Europe est très forte pour promouvoir ses "valeurs" et donner des leçons à ses allés. Elle pense avoir les mains propres, mais elle n'a pas de mains

  • Par ajm - 22/05/2018 - 21:59 - Signaler un abus Otan égale USA égale armée Europe.

    D'accord avec Lemire; sauf sur la Suède. Il y a une trentaine d'années, l'armée Suédoise valait quelque chose. Aujourd'hui, elle n'est guère plus sérieuse que l'armée Danoise, c'est dire... la GB et la France sont des puissances nucléaires, mais cette dissuasion ne pourrait jouer que pour sanctuariser leur territoire et leur abord immédiat, certainement pas l'Ukraine ou les pays Baltes, qui, entre parenthèses, ne consacrent que très peu d'argent à leur defense en pourcentage de leur pnb, critères budgétaires Maastricht obligent, malgré leur frontière commune avec la Russie . Ce sont les USA qui sont toujours, en pratique, l'"armée Européenne".

  • Par cloette - 24/05/2018 - 13:50 - Signaler un abus Poutine

    Un grand chef d'Etat !

  • Par cloette - 24/05/2018 - 13:50 - Signaler un abus Poutine

    Un grand chef d'Etat !

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective et est vice-président de Global Variations, un think tank travaillant sur les effets géostratégiques des innovations disruptives.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

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