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Bombardement en Syrie : une victoire militaire pour cacher une défaite politique ?

Premier bilan d'une entrée en guerre remarquée de la France contre la Syrie.

Tribune

Publié le
Bombardement en Syrie : une victoire militaire pour cacher une défaite politique ?

Alors que le Parlement a été réuni, lundi dernier, conformément à l’article 35 de notre Constitution, afin que le Gouvernement informe la Représentation nationale de sa décision de participer aux frappes coordonnées en Syrie, aux côtés des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, de nombreuses questions demeurent pourtant quant à la portée réelle et aux desseins sous-jacents de la décision présidentielle.

Passons sur les « arguties » sémantiques qui voudraient que l’on ne soit pas en « guerre » avec la Syrie, alors que la France a engagé neuf avions de combats Rafale et Mirage 2000-5, deux avions de surveillance Awacs, plusieurs avions ravitailleurs, cinq frégates multi-missions et « délivré » douze missiles de croisières Scalp et MdCN (Scalp naval) pour une opération, qui aura coûté, tout de même, 16,23 millions d’euros !

Passons aussi sur les vaines polémiques quant à l’efficacité de notre action militaire. Peu importe, en effet, que 71 missiles sur les 103 tirés aient été interceptés par les systèmes de défense anti-aériens BUK et Pantsir S-1, selon les estimations du ministère russe de la Défense. Seule certitude, ni les systèmes de missiles sol-air S-300 et S-400 - pouvant détruire 36 cibles à la fois -  défendant les bases russes de Tartous et Hmeimim, ni les radars Yenisseï devant équiper le futur système S-500 Prometeï d’une portée de 600 km et pouvant surveiller 300 cibles simultanément, ne seraient entrés en action, jusqu’à preuve du contraire…

En effet, peu importe la réussite militaire de l’opération, puisque les trois cibles visées à Homs et dans la banlieue de Damas, à Barzeh (notamment, le centre d’études et de recherches scientifiques - CERS, que la France avait contribué, du reste, à créer dans les années 1970) étaient, en réalité, d’une importance relative, eu égard au but final recherché. 

Le questionnement le plus pertinent réside davantage, en effet, dans les conséquences à court et moyen terme pour une France, qui, en intervenant se met dangereusement en porte à faux, sur au moins trois visions, qui constituaient pourtant les « grandes heures » de la diplomatie française. 

Celle de « l’équidistance » stratégique, tout d’abord, qui, depuis le gaullisme originel et sa déclinaison « mitterrando-gaullienne », faisait que nous pouvions parler à Washington, à Londres, à Berlin, à Bruxelles autant qu’à Moscou, Ankara et Téhéran avec la même crédibilité. 

Celle de la « patience » stratégique, ensuite, qui voudrait que l’on attende les résultats de l’enquête indépendante et internationale que l’on appelle pourtant de ses propres vœux pour agir…ou pas. 

Celle, enfin, de la « crédibilité » stratégique, notamment sur le plan européen, quand, à défaut d’une coalition européenne, simple vue de l’esprit présidentielle dans la séquence syrienne des derniers jours, nous en soyons « réduits » à un partenariat gallo/anglo-saxon dans les bombardements en Syrie. Étonnant revirement de situation, en effet, que de voir que ce que nous récusions - avec courage et détermination, en 2003, pour intervenir faute de preuves suffisantes et convaincantes en Irak ; que nous interrogions, avec justesse et sagesse, en 2009, lorsqu’il s’est agi de renforcer notre engagement en Afghanistan ou ; que nous estimions, avec prudence, en 2011, quand certaines voix se sont élevés pour estimer de la pertinence de notre engagement en Libye - s’est in fine réalisé, sans apparente contradiction, ni débat.

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 18/04/2018 - 09:47 - Signaler un abus Hip hp hip hourrah !!!

    notre guignol présidentiel (peut-on dire encore présidentiel?) va pouvoir accrocher les feuilles de chêne à sa panoplie de décorations ubuesques. Jupiter en culottes courtes faisant "sa guère" en Syrie alors que la France sombre dans le chaos des guerres civiles. Mais c'est vrai qu'il a du zapper ses cours d'histoire au lycée, il avait mieux a faire.

  • Par cagnotte - 18/04/2018 - 21:37 - Signaler un abus cocorico!

    Une victoire militaire? Mais ces journalistes sont ils donc si naïf qu'ilsprennent des vessies pour des lanternes!Le si apprécié par les medias OSDH a confirmé le bilan des russes: Sur 103 missiles tirés, seulement 32 sont arrivés au but! Militairement un désastre car les syriens ne possèdent pas les derniers systèmes de défense anti aerien Seuls quelques bâtiments dont on ne sait l'usage réel ont été détruits et curieusement, s'ils avaient réellement été affectés à des armes chimiques cela aurait du créer un nuage catastrophique. L'OSDH encore ne parle curieusement de rien , d'aucun mort, ni blessé d'aucun matériel détruit! Macron 'est transformé pour l'occasion en Don Quichotte ! Ses vantardises par rapport aux américains ont déclenché l'hilarité aux USA En réalité par crainrte des réactions russes, il a donné l'ordre de prévenir ceux ci ces cibles, à la place des américains!Pas question de blesser un seul russe Alors maintenant ou en est on? C'est tres simples les russes qui ont repris la Goutha en totalité sont maître du terrain et à défaut de lancer une troisième guerre mondiale, ils le resteront

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Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en Afghanistan. Délégué général des Centristes chargé des questions internationales et de sécurité. 

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