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29 juillet, jour de libération fiscale : les Français en ont-ils pour l’argent de leurs impôts ?

La libération fiscale aura lieu mercredi 29 juillet, date à laquelle les Français travailleront pour eux un jour plus tard qu'en 2014. Reste à savoir si cela permettra aux assurances sociales à but redistributif de maintenir le même niveau d'efficacité.

Pour du beurre

Publié le - Mis à jour le 31 Juillet 2015
29 juillet, jour de libération fiscale : les Français en ont-ils pour l’argent de leurs impôts ?

Le poids de la dépense publique en France atteint aujourd'hui plus de 57% du PIB. Crédit Pixabay

Atlantico: Le poids de la dépense publique en France atteint aujourd'hui plus de 57% du PIB. Cette réalité va-t-elle de pair avec une meilleure prise en charge des besoins de la population?

Jacques Bichot : Le chiffre 57 % recouvre à la fois des choux, des carottes, des pommes et toutes sortes d’autres fruits et légumes. Il faut se méfier de ces agrégats fourre-tout : ils accréditent dans l’opinion publique différentes idées fausses, à commencer par l’assimilation des cotisations sociales aux impôts. Or la mauvaise situation française vient précisément pour une part importante de ce que les assurances sociales, qui sont intrinsèquement des services à la personne au même titre que les assurances auto ou responsabilité civile, ont été transformées en État providence.

Nous avons effectivement besoin d’assurances sociales ; elles pourraient sans doute représenter 25 % du PIB plutôt que les 33 % actuels, mais nous en avons besoin. La démagogie et la malhonnêteté intellectuelle (ou la bêtise ?) de certaines officines qui s’efforcent de faire croire que l’ensemble des assurances sociales est fatalement une redistribution aveugle financée par des prélèvements assimilables à des impôts est très nuisible.

Il y a des besoins qui ne sont pas satisfaits comme il le faudrait. Par exemple, dans un monde de plus en plus dangereux, le besoin de Défense nationale est bien supérieur au budget alloué à nos forces armées. De même, le besoin de justice, avec une police judiciaire efficace en amont, et un système pénal intelligent en aval, a droit à une réponse très insuffisante.

La mauvaise prise en charge des besoins ne vient pas de l’insuffisance globale des budgets, mais de l’incurie de l’organisation étatique. Prenons les assurances sociales : 3 Md€ sont gaspillés chaque année à faire fonctionner 3 douzaines de  régimes de retraite par répartition, alors qu’un seul suffirait – ou plus exactement, constituerait une simplification très utile à tous les Français. De même, la stupide division des tâches entre assurance maladie de la sécu et assurances santé complémentaires, qui double les frais de fonctionnement tout en compliquant la vie des gens, gaspille 3 autres Md€. Le statut de fonctionnaires attribué aux personnels hospitaliers est une autre source de dépenses stériles. La déresponsabilisation des directeurs d’hôpitaux et des directeurs de caisses de sécurité sociale favorise la mauvaise gestion. Etc., etc. Bien des besoins sont mal satisfaits parce qu’une grande partie de ce que touche l’État est mal gérée. Or on sait que de grosses améliorations sont possibles : malgré un code des impôts complètement psychédélique, Bercy parvient à réaliser le recouvrement des impôts et taxes avec une productivité qui a beaucoup progressé. Mais dans beaucoup d’autres secteurs, la mauvaise maîtrise des outils numériques jointe à la complication dantesque des textes qu’il faut appliquer plombe la productivité des services publics.

Pierre-François Gouiffès : Les comptes 2014 des administrations publiques publiés par l’INSEE font apparaître des prélèvements obligatoires à 1 019 Md€ et 44,9 points de PIB (donc 18,8 Md€ et 0,2 points de PIB de plus qu’en 2013) et des dépenses publiques à 1 226,4 Md€ et 57,5 % (plus 19,3 Md€ et 0,5 point de PIB en un an), tout cela pour un déficit quasi stabilisé : 84,8 Md€ et 4 % du PIB en 2014 contre 86,4 Md€ et 4,1 % en 2013.

Si l’on regarde ensuite les données de dépenses publiques présentées par Eurostat pour la même année 2014, la France est désormais au second rang des pays de l’Union européenne à 57,2 % du PIB. Elle n’est précédée que par la Finlande (58,5 %) et est désormais devant le « bourdon » danois (57 %) et nettement devant la Belgique (54,3 %) et la Suède (53 %). Mais de ces cinq pays la France est celui qui a le déficit le plus élevé : elle est suivie par la Finlande et la Belgique (3,2 %), la Suède (1,9 %) tandis que le Danemark est en excédent budgétaire de 1,2 %.

Compte-tenu du niveau de développement et de service public dans les pays en question, il est loin d’être certain que la France soit marquée par une meilleure prise en charge de la population, ou pour être plus précis, soit plus efficace ou efficiente (relation entre le résultats et les objectifs ou les moyens).

 
Commentaires

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  • Par zouk - 28/07/2015 - 09:10 - Signaler un abus Impôts, services publics en France et leur désastreuse gestion

    Que de bon sens dans cette opinion! Et qui pariera un centime sur au moins une des réformes que cela suggère? Personne, je le crains, trop de convictions et intérêts sont enracinés dans l'opinion.

  • Par Fojema - 28/07/2015 - 10:28 - Signaler un abus Fete Nationale

    De ceux qui paient (pour tous les autres) des impots. Quant à savoir si nous y retrouvons notre compte, là je n'en suis pas sur, mais pas sur du tout ! Pour les non imposables aussi !

  • Par Anguerrand - 28/07/2015 - 11:16 - Signaler un abus En clair les français travaillent 7 mois sur 12 pour

    un état obese qui dépense chaque année plus; 57% de notre travail est pour l'état qui compte 1,5 million de fonctionnaires de trop sans compter les centaines d'aides distribuées sans le moindre contrôle et l'immigration ruineuse et les abus de toutes sortes. Les français ne travaillent donc que 5 mois sur 12 pour l'état, unique au monde. Il y a encore 3 ans le jour de libération fiscale était vers le 13 juillet et non le 28. Les socialistes ne savent que dépenser plus sans jamais faire d'économies. Les nouvelles taxes prévues sont sur le carburant, le tabac et la redevance TV.

  • Par Mike Desmots - 28/07/2015 - 14:17 - Signaler un abus Libération fiscale certainement pas...!

    Les impôts en 2015, sous une nomenklatura socialiste ,sont plus élevé que lors du règne de Roi Louis XIV ....! avec la taille , la dîme et la gabelle....

  • Par kiki08 - 29/07/2015 - 18:26 - Signaler un abus cette caste qui nous "

    cette caste qui nous " gouverne !!" , qui vit et s'engraisse sur le dos des travailleurs , nous prend juste pour des esclaves . vivement une révolution .

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La mort de l'État providence ; vive les assurances sociales, coécrit avec Arnaud Robinet (Les Belles-Lettres, 2013.)

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Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié "Margaret Thatcher face aux mineurs" (Privat, 2007), "Réformes: mission impossible ?" (Documentation française, 2010) et "L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française" (Documentation française, 2013). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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