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Ce “petit” problème qui explique que le gouvernement de Stockholm fasse grise mine dans les sondages alors que la Suède n’est jamais allée aussi bien économiquement

Croissance économique, taux d'emploi record, dette au plus bas... et immigration record : le gouvernement suédois n'est pas serein, à quelques mois des prochaines élections, malgré ses succès économiques.

It's not the economy, stupid.

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Ce “petit” problème qui explique que le gouvernement de Stockholm fasse grise mine dans les sondages alors que la Suède n’est jamais allée aussi bien économiquement

 Crédit JOHAN NILSSON / TT NEWS AGENCY / AFP

Atlantico : Dans un contexte de forte croissance économique, de taux d'emploi record, et d'un niveau de dette au plus bas depuis les années 70, le gouvernement suédois aurait du aborder sereinement les prochaines élections prévues pour ce mois de septembre. Pourtant, les socio-démocrates suédois n'affichent qu'un support de la population que de l'ordre de 24%, contre 31% lors du scrutin de 2014. Une situation qui pourrait s'expliquer par la première problématique désignée par les Suédois, l'immigration.

Dans quelle mesure la phrase employée lors de la campagne électorale de Bill Clinton, en 1992 "It's the economy, stupid" laissant entendre que l'économie serait la clé électorale, ne s'appliquerait pas à l'Europe actuelle ?

Edouard Husson : Bill Clinton n’a gagné l’élection de 1992 que parce que George Bush senior avait été incapable de dissuader Ross Perot de se présenter en tant qu’indépendant. A vrai dire, rares sont les élections qui se jouent sur l’économie. La défaite de Giscard en 1981? Ce n’est même pas sûr car on observe avant tout de mauvais reports à droite; une partie des électeurs gaullistes reprochaient au président sortant d’avoir mené, en partie, une politique de gauche et d’avoir abandonné la souveraineté nationale. Il n’est donc au fond pas très étonnant que les élections suédoises ne se jouent pas sur l’économie. On ajoutera que l’afflux d’immigrés, plus de 500 000, pour une population de 10 millions d’habitants, à peine plus grosse que l’Autriche, est une proportion bien plus importante que ce qui s’est passé en Allemagne, qui a accueilli un peu plus d’un million de migrants avec une population de 80 millions. La Suède a porté la même politique que Madame Merkel, mais en la poussant encore plus loin. Si l’on reprend les catégories d’analyse par les structures familiales qu’utilise Emmanuel Todd, on remarquera que la Suède et l’Allemagne, deux sociétés de famille souche (fond anthropologique autoritaire et inégalitaire) sont paradoxalement les sociétés européennes qui ont le plus largement ouvert la porte à l’immigration depuis le début de la décennie. Et, dans les deux pays, la social-démocratie tend vers les 20% parce qu’elle ne défend plus les classes populaires et leur accès à l’emploi et à la sécurité sociale face à l’afflux d’une main d’oeuvre étrangère qui est prête à accepter de très bas salaires pourvu qu’elle bénéficie des prestations sociales.

De la crise économique de 2008 à la crise migratoire de 2015, plusieurs nouveaux mouvements européens ont pu voir le jour, du mouvement 5 étoiles italien à l'AfD allemand. Quelles sont les différences de dynamiques à l'oeuvre ? Ne peut on pas voir finalement une forme de convergence entre ces deux types de contestation, notamment au travers de l'alliance pourtant improbable ayant eu lieu en Italie ?

Partout l’Europe est confrontée au même débat. Il porte sur l’Europe, désormais plus que sur la mondialisation. Cette dernière, en effet, change largement de nature: au moment où la Chine s’oriente vers un durcissement semi-totalitaire du parti communiste au pouvoir; où l’Inde a un président nationaliste; où les Etats-Unis tâtonnent, avec Trump, pour inventer un nouveau conservatisme; l’Europe, elle, entre dans une division profonde: les élites libérales au pouvoir depuis trois décennies se trouvent confrontées à la montée de populismes de droite et de gauche mais aussi aux premiers balbutiements d’un conservatisme dont le territoire de l’ancien Empire austro-hongrois représente le laboratoire. Partout, la démocratie tend à faire réémerger la question de la souveraineté nationale. La poussée est en fait partout aussi forte mais les systèmes politiques permettent plus ou moins son expression. Vieille nation qui cultive jalousement sa liberté, la Grande-Bretagne a non seulement voté le Brexit mais réussit à mettre en place un gouvernement conservateur réussissant Brexiters et Remainers pour trouver une traduction politique du vote majoritaire. Les nations d’Europe centrale, qui ont encore le souvenir cuisant d’une domination totalitaire, sont encore plus claires que la Grande-Bretagne dans leur choix conservateur. A l’autre bout du spectre, la technocratie dirigeante française a réussi, jusqu’à maintenant, à neutraliser la poussée démocratique, à la repousser aux extrêmes du spectre politique. Le contraste est particulièrement marqué avec l’Italie, qui ne possède aucun équivalent de notre énarchie et dont les populismes de droite et de gauche ont décidé de s’unir pour constituer un gouvernement.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 27/05/2018 - 13:26 - Signaler un abus Heja Jimmie (Akkeson)!

    Ce Jimmie Akkeson, du parti identitaire anti-UE Sweden Democrats (SD) fait déja jeu égal avec les socialaud-demcrates et les modérés de droite molle...décidément, après seulement quatorze années de participation a l’UE, les Suédois semblent aussi en avoir marre...ça sent le pourri pour cette construction debile non?

  • Par Atlante13 - 27/05/2018 - 18:40 - Signaler un abus Qui se souvient des Vikings?

    ces barbares venus du nord qui violaient et massacraient les populations côtières de l'Europe du sud? L'histoire a tourné, ils sont devenus sages, doux comme des moutons, féminisés à outrance. Et les barbares du sud s'installent chez eux, violent et tuent tout ce qui porte une petite culotte, et les juges, généralement féminines, les condamnent à... 5 ou 6 mois de prison pour le viol d'une fillette de 10 ans. Comprenez bien, disent les juges, ces pauvres gens ne savent pas que ce n'est pas bien. Et c'est ainsi que disparaissent les civilisations.

  • Par kelenborn - 27/05/2018 - 20:24 - Signaler un abus OUI

    Toujours un délice Husson même si évoquer une croissance forte est un peu abusif : En Europe, quand la croissance dépasse 2 % ont dit qu'elle est forte, aux USA , quand elle est à 3 on la trouve molle! Que la crise touche la Suède est intéressant car les suédois se sont toujours érigés en donneurs de leçons et quand ils ne le faisaient pas les merdias bobotiquement correct ou les JMS de tous poils prenaient le relais. Je ne suis pas certain qu'il y ait encore un coeur à l'Europe et ce n'est pas lié à l'Italie mais au fait que l'Allemagne n'a plus besoin de l'Europe contrairement à ce que pensent des ânes comme Lemaire ou à ce que croit Macroléon qui se verrait bien en Charlemagne et finira roi de Moncuq! Cela étant, pour une fois, d'accord avec Atlante: la Suède est le type même d'horreur à laquelle on doit s'attendre si on n'en finit pas avec l'alliance du féminisme et de l'islamo collaborationnisme

  • Par ajm - 28/05/2018 - 00:10 - Signaler un abus Couronne Suédoise.

    La Suède, malgré les turpitudes de ses "élites " politiques, a , comme la GB, gardé sa souveraineté monétaire, ce qui explique assez largement sa trajectoire économique favorable ( avec aussi pas mal d'adaptations pragmatiques de l'Etat providence )..

  • Par guy bernard - 28/05/2018 - 07:04 - Signaler un abus il y a des excédents à partager, c'est tout.

    les ménages sont endettes à 183% en immobilier, il y a des menaces de faillite dans l'immobilier et la distribution, et on continue à dégager des excédents dans le budget. malgré tout, la Suède garde sa politique de rigueur. les ménages et entreprises sont sous pression et il y a des excédents à partager, c'est tout. on peut y ajouter les "bruits de vote" si on veut.

  • Par kelenborn - 28/05/2018 - 10:02 - Signaler un abus A TOUTES FINS UTILES

    et pour ceux qui arrivent à lire les statistiques: voici l'évolution du PIB par tête en parité de pouvoir d'achat par rapport à la moyenne européenne. On constatera que, s'agissant de la Suède,il n' y pas de quoi claironner Le PIB est à 23% au dessus de la moyenne européenne contre 25 en 2006 ( alors croissance forte ?) L'allemagne est passée de 116 à 123, la France de 109 à 104 : voila la réalité !!!! Le Deutschland über alles !

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Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

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