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La guerre contre le deep web et les hors la loi en ligne peut-elle être gagnée ?

Le FBI a annoncé avoir arrêté l'administrateur de Silk Road 2.0, une plateforme de vente de produits et de biens illicites comme de la drogue ou encore des armes, alors que la première version du site avait déjà été suspendue en 2013.

Cyber-délinquants

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La guerre contre le deep web et les hors la loi en ligne peut-elle être gagnée ?

Le FBI a annoncé avoir arrêté l'administrateur de Silk Road 2.0.

Atlantico : Récemment, le FBI a annoncé avoir arrêté l'administrateur de Silk Road 2.0, une plateforme de vente de produits et de biens illicites comme de la drogue ou encore des armes. A quelles difficultés spécifiques à la lutte contre les criminels du deep web les autorités sont-elles confrontées ?

Jean-Paul Pinte : Les internautes ne connaissent en général que le Web surfacique, celui accessible principalement par leur moteur de recherche préféré "Google". Ils ne balaient alors qu’une infine partie du Web. D’autres parlent du Web invisible, pas si invisible que cela mais nécessitant une bonne culture informationnelle sur la toile et des outils en dehors des chemins battus de Google. Tout ceci parce qu’ils ne savent pas que des outils gratuits existent pour explorer. Ces derniers leur permettraient alors d’accéder à ce Web abyssal qui regroupe tous les résutats que les moteurs de recherche traditionnels n’indexent pas pour des raisons de format par exemple.

Une autre poignée initiés connaissent les méandres de la toile et utilisent un autre espace parallèle. Appelons comme on le veut, Web profond, Dark Web ou encore Deep Web, ce réseau est un lieu où prospèrent les trafics en tout genre. On y retrouve, entre autre, des clients vendant tous les jours de la méthamphétamine, une drogue de synthèse hautement addictive aux effets euphorisants à 32 euros le demi-gramme. On peut aussi y vendre en Australie de la drogue achetée en Hollande. Des documents ou pièces d’identité comme bien d’autres produits s’y achètent.

A lire egalement >>>>>>> 4chan et les photos de trop : le site de tous les mauvais goûts tombera-t-il sur les images du meurtre d’une jeune américaine postées par son tueur ?

 

Sur le Darknet, vous avez la garantie de rester anonyme parce que vos navigations sont cryptées, donc indéchiffrables. Le principe de tor est que quand on va sur un site, on passe par différents nœuds et a chaque fois que l’on passe par un nœud on nous attribue son adresse IP. Voila pourquoi on dit que c’est anonyme. Une aubaine pour ceux qui, du fait de leurs activités illégales, ont besoin d’avancer masqués. Mais une aubaine aussi pour opérer sans risque dans des pays où Internet est censuré, où les opposants sont pourchassés. Bref, comme souvent, on y trouve le meilleur comme le pire.

L’installation de Tor n’est pas suffisante pour accéder au Darknet associé. Pour utiliser le réseau, il faut utiliser un navigateur spécifique à Tor (installé avec le package Tor, Tor Browser Bundle) et connaître les adresses des sites à visiter, toutes se terminant par ".onion".

Les produits traversent souvent les frontières. Un marché dynamique et en expansion comme un continent virtuel ouvert au monde entier à l’aide des réseaux et où se retrouvent des milliers de trafiquants, où se croisent des hackers, pirates, vendeurs d’armes, dissidents ou djihadistes. Les opposants politiques, les avocats et les journalistes désireux de communiquer en toute discrétion le connaissent bien. C’est le réseau TOR (The Onion Router), constitué, comme les pelures d’un oignon, de multiples strates. Une fois cette frontière passée, vous êtes en mode furtif. Depuis quelques temps, le Bitcoin sorte de monnaie virtuelle y est même utilisé et permet aux cyberdélinquants de ne plus être traçables sur la toile. On compterait à ce jour près de 1500 vendeurs qui y travaillent sans stock. On remarque aussi que les produits voyagent beaucoup.

Les deux stars du deep web sont Hidden Wiki et Silk Road. Cette dernière route de la Soie représentait l'an passé 1,2 million de dollars par mois, dont 92 000 étaient reversés aux seuls administrateurs. A ce jour, seul un trafiquant présumé opérant sur Silk Road a été arrêté à l'été 2012. Il s'agit d'un Australien, Paul Leslie Howard. Il y a fort à parier que la guerre menée contre cet espace parallèle ne cessera pas subitement même si l’on vient d’arrêter à San Francisco, l'administrateur présumé d'une seconde version du site Silk Road, surnommé "l'eBay de la drogue". Ross William Ulbricht, âgé de 26 ans, encourt une peine de prison à vie. "Derrière ces marchés noirs se cachent en effet des personnes qui gagnent des millions d'euros", précise Lodewijk van Zwieten, expert en cybercrimes au parquet néerlandais.  Les idées ne manquent pas et ces cyber-délinquants qui ont toujours un pas d’avance dans le domaine.

La première version du site avait déjà été suspendue en 2013, avant d'être remplacée seulement un mois plus tard par Silk Road 2.0. Si la lutte contre cette criminalité peut ressembler à celle contre la criminalité traditionnelle, en quoi le fait qu'elle ait lieu sur Internet facilite-t-il une plus grande rapidité dans l'implantation et le succès de ces mafias ?

Internet a été pensé et conçu sans sécurité et très vite des cyberdélinquants y ont pris place car il est vrai que la peine encourue y est bien moins importante pour eux que dans la criminalité traditionnelle. Tout va très vite sur la toile et si ceux qui luttent contre la cybercriminalité ont fait de gros efforts ces dernières années pour tenter de ralentir ce fléau, ils vont moins vite que ceux qui ont pour principal but de préparer des attaques ou toute autre forme de criminalité numérique.

La disparition des frontières avec la toile n’est pas non plus sans favoriser le développement de ces mafias et l’on sait très bien que dès que l’on a reussi à déjouer une attaque, ceux qui sont de l’autre côté ont déjà prévu la suite. Espace décentralisé et anomyme, Internet facilite le développement des mafias comme il le fait pour le terrorisme. Tout devient complexe pour qui veut suivre au jour le jour le fonctionnement de ces mafias et leur pérégrination sur la toile. L’époque du pirate en chambre est révolue et la sophistication des attaques couplée à un développement des techniques d’ingénierie sociale n’a fait qu’évoluer ces dernières années. On peut même parler aujourd’hui d’organisations criminelles de plus en plus organisées voire même d’un certain hooliganisme version numérique. Les ventes de produits illégaux prennent alors une tournure de plus en plus professionnelle.

Une autre opération d'envergure appelée Onymous a permis de fermer 414 autres sites illégaux et d'interpeller 16 personnes impliquées dans plusieurs pays. Cette lutte exige-t-elle une coopération particulière entre les Etats pour aboutir ?

La question de la coopération internationale en matière de cybersécurité n’est pas nouvelle à en croire ce rapport d’un laboratoire de l’IRSEM. Depuis une vingtaine d’année, le rôle croissant de l’Internet dans le fonctionnement de la société conjugué à l’explosion de la cybercriminalité ont incité les États à coopérer afin de répondre à un phénomène de plus en plus organisé. Depuis elle a gagné en importance avec la démocratisation de l’usage de l’internet.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 11/11/2014 - 10:58 - Signaler un abus Deep Web

    Cela ressemble fort à l'éternel combat entre le glaive et la cuirasse. Quant à la coopération internationale....? Il y aura toujours un Etat qui cherchera à passer inaperçu pour une action, raison ou .... ?

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Jean-Paul Pinte

Jean-Paul Pinte est docteur en information scientifique et technique.

Maître de conférences à l'Université Catholique de Lille, il est expert en cybercriminalité.

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