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Et pendant ce temps-là, à Mossoul, les pires scénarios redoutés par la coalition internationale se confirment jour après jour

Loin de l'attention médiatique, la bataille s'enlise à Mossoul entre l'armée irakienne soutenue par la coalition internationale et les combattants acculés de l'Etat Islamique. Ces derniers développent une guérilla urbaine qui plombe sérieusement l'avancée des troupes ennemies.

La peau de l’ours

Publié le - Mis à jour le 2 Décembre 2016
Et pendant ce temps-là, à Mossoul, les pires scénarios redoutés par la coalition internationale se confirment jour après jour

Atlantico : Alors que sur le front syro-irakien, la situation à Alep connaît un regain d'intérêt médiatique ces derniers jours, qu'en est-il de la bataille de Mossoul ? L'armée irakienne et la coalition internationale sont-elles sur le point de prendre le grand bastion irakien de l'Etat Islamique ?

Alain Rodier : La bataille d’Alep connaît un regain médiatique car les forces gouvernementales syriennes appuyées par les milices chiites et les Russes sont en train de la gagner. Bien sûr, tous les médias occidentaux qui soutiennent de près ou de loin les rebelles soulignent l’atrocité des combats. Ils en imputent toute la faute aux assaillants. Ils relayent de nombreuses ONG qui en appellent à l’Onu. Les gouvernements occidentaux qui ne peuvent plus rien faire pour sauver la situation assurent que les responsables de ces massacres seront traduits devant les tribunaux internationaux dans un avenir sans doute assez éloigné.

De leur côté, les médias prosyriens ou prorusses insistent sur les évacuations de civils, l’aide humanitaire, etc.

Tous omettent de dire que :

Primo : les guerres sont cruelles et plus encore quand elles sont "civiles" car elles ne respectent alors aucune règle ;

Secundo : le combat dans les localités est toujours un piège pour les civils qui sont coincés - voire utilisés - par les deux partis ;

Tertio : des couloirs humanitaires avaient bien été ouverts par les forces gouvernementales syriennes sous le contrôle des conseillers russes et qu’ils n’ont pas été utilisés car les rebelles ont dissuadé ceux qui voulaient partir.

A l’évidence, les manières d’opérer des assaillants sont extrêmement brutales mais, si l’on se réfère à l’Histoire même récente, je ne connais pas de "guerre propre" mais des "guerres gagnées", les perdants ayant toujours tort. Certes, en Irak durant la seconde guerre du Golfe (1990/1991), les pertes avaient été très limitées du côté de la coalition emmenée par les Etats-Unis : environ 300 morts (plus 200 au Koweït). Par contre, en face de 20 000 à 35 000 morts, dont au moins 3 600 civils étaient répertoriés… L’important était bien la victoire.

A Mossoul, la situation s’enlise. Tous les analystes de la chose militaire l’avaient prévu. Mais le public avait été désinformé par les communiqués de victoire diffusés à l’envi par les professionnels de la propagande. Seuls quelques responsables politiques et militaires osaient dire que cela allait durer "un certain temps" mais personne ne voulait les entendre.

Il est d’ailleurs parfaitement exact que les Américains et les Européens impliqués plus ou moins directement dans l’affaire demandent aux Irakiens de ne pas causer autant de dégâts civils qu’à Alep car, si cela venait à faire l’objet de la une des médias, ce serait très mauvais pour l’image de marque. Du coup, les unités irakiennes de pointe ne progressent presque plus depuis qu’elles sont engagées en ville avec environ un million de civils qui servent de boucliers humains. Il ne faut frapper qu’à coup sûr en évitant les pertes collatérales. Les Anglo-américains n’ont pas eu ce souci en Normandie en 1944 mais la diffusion de l’information était à l’époque beaucoup plus lente pour ne pas dire inexistante. Il n’en reste pas moins que ce sont bien eux qui ont libéré la France du joug nazi et il est parfaitement admis que c’était le prix à payer.

Il est vrai que si l’on se place strictement sur le plan de la morale, la différence qui existe entre les "bons" est les "méchants", c’est que les "bons" causent des pertes collatérales involontaires et les "méchants", des pertes délibérées destinées à casser le moral de leurs adversaires. Par contre, il est parfaitement exact qu’il faut prendre en compte les résultats psychologiques des opérations militaires de manière à ne pas précipiter les populations dans les bras de l’ennemi. Les Américains ont commencé à s’en soucier au Vietnam avec le succès que l’on sait car il était vraisemblablement alors trop tard. Ce qui est curieux, c’est que l’ennemi, lui, peut se livrer à toutes les exactions sans en subir les foudres populaires et/ou médiatiques. Il y a heureusement quelques exceptions : les Khmers rouges souvent vantés à Saint-Germain-des-Prés ont fini par perdre.

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 30/11/2016 - 10:51 - Signaler un abus @A.Rodier

    Très bonne analyse, et j'apprécie votre discours "non politiquement correct"! Il était utile de rappeler les difficultés d'appréhension des guerres asymétriques, auxquelles l'Occident n'est pas préparé. La morale, elle, est toujours prête à être diffusée par mes medias et agence gouvernementales habituelles. Les morts et les atrocités sont des deux côtés, la politique aussi. Je me pose les questions suivantes: les islamistes radicaux peuvent-ils encore fuir (Mossoul est-elle totalement encerclée par les différentes forces armées locales et étrangères? Des renforts logistiques et humains peuvent-ils encore entrer?) Enfin, les étrangers combattant avec le GEI et autres sont-ils en cours d'identification? Vous voyez ce que je veux dire pour la suite.

  • Par C3H5.NO3.3 - 30/11/2016 - 11:06 - Signaler un abus encore à côté de la plaque

    A force de vouloir s'autoflageller, l'auteur perd le sens des réalités et s'enfonce dans un monde parallèle. Il n'y a guère, il nous disait que la bataille de Falludja allait durer deux ans et qu'elle serait presque un triomphe de l'état islamique...

  • Par C3H5.NO3.3 - 30/11/2016 - 11:08 - Signaler un abus idem à Mossoul

    Je trouve au contraire que l'avance des forces de la coalition sont très rapides à Mossoul. Il suffit de voir sur une carte le terrain conquis en un mois, et les pertes de daesh.

  • Par RODIER - 30/11/2016 - 11:10 - Signaler un abus @Gordion

    Ce n'est qu'un avis personnel mais il me semble que le siège de Mossoul n'est pas hermétique à l'ouest pour deux raisons : - les distances à contrôler sont énormes; - les milices chiites n'ont pas assez de personnels. Bien sûr, il reste l'aviation qui oblige ceux qui font mouvement -je pense surtout de nuit- à se déplacer en petits groupes. Pour la deuxième question, je n'ai pas de réponse. Et de toutes façons, l'affaire est en cours et il faut laisser les spécialistes travailler...

  • Par C3H5.NO3.3 - 30/11/2016 - 11:13 - Signaler un abus Pour en finir

    Les assertions de l'auteur restent a vérifier. Comment les occidentaux pourraient-ils imposer des consignes de modération à des milices pilotées par l'Iran. Autre assertion à vérifier : qui a prédit que les combats seraient courts ? L'opinion publique st suffisamment au fait de la chose militaire désormais pour savoir que la prise d'une ville de deux millions d'habitants comme Mossoul, ça dure... un certain temps.

  • Par 2bout - 30/11/2016 - 11:13 - Signaler un abus Le mal étant l'ennemi du bien,

    et le P.I.R. l'ennemi du mieux comme dirait notre ami Benoît, distinguons également le bon du mauvais chasseur, celui qui porte une arme et qui tue de celui qui tue et qui porte une arme. De façon plus claire encore puisque nous avons des experts pour cela, opposons deux fronts, le front américano-irako-turco-kurdo-franco-militaro-mercantilo-bonobo et le front russo-irano-syrien, puis imaginons que l'analyse soit la bonne, et … Et … ??? A-t-on le droit de présenter un document tel qu'il a été diffusé hier au journal de 20 heures sur France 2 sans le devoir de s'interroger sur l'impact qu'il peut avoir sur une population française en mal d'identité ?

  • Par C3H5.NO3.3 - 30/11/2016 - 11:16 - Signaler un abus une carte

    http://mobile.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/10/20/irak-la-bataille-de-mossoul-contre-l-etat-islamique-cartographiee-jour-par-jour_5017510_4355770.html Mais n'oubliez pas : la carte n'est pas le territoire.

  • Par Gordion - 30/11/2016 - 11:23 - Signaler un abus @A.Rodier

    L'ouest de Mossoul n'est effectivement pas le terrain des milices chiites, ni des Kurdes. Par contre le renseignement IR satellite permet de repérer des déplacements humains. Nous savons qui possède ces moyens. Pour l'identification des terroristes islamistes, laissons faire les spécialistes de toutes les puissances concernées, sachant que le renseignement ne se partage qu'avec parcimonie avec ses alliés...

  • Par RODIER - 30/11/2016 - 11:45 - Signaler un abus A C3H5.NO3.3

    Une citation du PM irakien du 5 novembre : "On a visit to the eastern battle front, Iraqi Prime Minister Haider al Abadi said he brought "a message to the residents inside Mosul who are hostages in the hands of Daesh [IS] — we will liberate you soon". Mr Abadi said progress in the nearly three-week-old campaign, and the advance into Mosul itself, had been faster than expected. But in the face of fierce resistance, including suicide car bombings. sniper fire and roadside bombs, he suggested that progress may be intermittent." Pour Falloudja, la bataille aurait duré plus longtemps si Daech avait décidé de s'accrocher. En tant que chercheur, je reconnais bien humblement que je peux me tromper surtout quand on parle de l'avenir car j'ai perdu ma boule de cristal. Examiner les faits, c'est relativement aisé, prévoir l'avenir est tout un art. Vous avez raison de dire que lire les cartes est indispensable mais il convient -comme vous le déclarez aussi- faire attention aux simplifications qu'elles peuvent apporter. S'emparer de dizaines de kilomètres de désert où il n'y a pas de défense possible, c'est normal. Se battre en ville est une autre gageure. Merci de me lire.

  • Par Eric ADAM CVD - 30/11/2016 - 12:17 - Signaler un abus Ballade touristique d'ALEP à MOSSOUL!

    Oui, il y a de nombreux "déplacés" et des morts par centaine de milliers, dans la population "civile" d'Alep... Comme dans tous les exodes des lieux de guerre de part le monde, et c'est comme ça depuis des Siècles! Mais, s'agissant de la SYRIE, oser mettre sur le dos du régime LÉGITIME de Bachar al-Assad ce désastre, c'est de la pure intoxication des esprits qui ne peuvent plus se fier à personne. En effet, après avoir vu, et revu, les reportages sur les lieux diffusés par les Télévisions... il est constant que ces malheureux "déplacés" expriment une autre version des responsabilités et des complicités dans l'horreur. Et que dire des massacres de CHRETIENS d'Orient? Et demain... MOSSOUL et l'IRAQ ! « ... Il est vrai que sur le plan de la morale, la différence qui existe entre les "bons" est les "méchants", c’est que les "bons" causent des pertes collatérales involontaires et les "méchants", des pertes délibérées destinées à casser le moral de leurs adversaires... » Je devrais être encore assez con pour y croire! Pour moi, la différence réside dans le fait que les "BONS" tiennent les rouages de l'information-INTOX alors que les "MÉCHANTS" s'en tiennent à "faire la guerre"!

  • Par langue de pivert - 30/11/2016 - 17:00 - Signaler un abus Laissons faire la nature ! ☺

    Quelle stupidité les interventions occidentales (Russie comprise) en terres d'islam ! Coûteuses, inutiles et même contreproductives elles prolongent les conflits, les exacerbent, sans les régler. Depuis l'invasion de l’Afghanistan par les bolchéviques jusqu’à ce jour absolument rien de positif n'en est sorti ! Guerres du golfe, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie rien ! Laisser les querelles de minarets s'exprimer dans leur plénitude eut été la solution la plus sage ! Se contenter de compter les points, surveiller pour "pas que ça déborde", purger l'occident de la secte mahométane, établir un cordon sanitaire et attendre ! Moral, économique, efficace.

  • Par hibernato - 30/11/2016 - 17:30 - Signaler un abus pour compléter le plan de "langue de pivert"

    Vendre des armes à l'ensemble des parties prenantes pour accélérer le processus et dégager des ressources afin de développer les énergies nouvelles. Ceci mettra un terme à la rente pétrolière sans laquelle ces braves gens se battraient encore à coup de figue molle sans risque de nous nuire en exportant l'islam.

  • Par VV1792 - 30/11/2016 - 22:48 - Signaler un abus @langue de pivert

    Tres bon!! Je rajouterai un seul mot sur le comment faire la guerre dans de tels endroits, je veux malheureusement dire: Grozny

  • Par Beredan - 01/12/2016 - 20:00 - Signaler un abus Bourrage de crâne ( surtout pour Alep)

    Question simple : pourquoi les populations civiles , lorsqu'elles en ont la possibilité , se ruent-elles vers les zones tenues par les forces gouvernementales ???

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr (uniquement en version électronique); en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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