Valeur ajoutée française
“La France n’a pas besoin d’excédents commerciaux pour renouer avec la croissance”
Pierre Lellouche, secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, a présenté ce mardi les résultats 2011 du commerce extérieur français. Pour Alain Madelin, le problème ne tient pas tant au déficit commercial qu'à l'absence de vision politique en faveur de l'innovation, de la compétitivité des entreprises, et finalement de la croissance.

Les idéologies de la balance du commerce en économie s’appellent le "mercantilisme". Crédit Reuters
Atlantico : Pierre Lellouche, secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, a présenté ce mardi les résultats 2011 du commerce extérieur français. Avec un déficit qui atteint 69,6 milliards d'euros en 2011 (après 51,4 milliards en 2010), le trou se creuse. Doit-on relativiser cette mauvaise performance ? Est-elle aussi due à des raisons indépendantes du modèle économique français ?
Alain Madelin : Ce qui est sûr, c’est que la dégradation continue de notre commerce extérieur est peut-être le signe d'un défaut de compétitivité de l’offre française. D’une façon générale, les économistes libéraux se doivent d’être toujours prudents en ce qui concerne l’analyse de l’équilibre de la balance extérieure. Celle-ci est un indicateur partiel, dont on ne saurait faire une religion.
Les idéologies de la balance du commerce en économie s’appellent le "mercantilisme". Autrement dit, les croyances qui consistent à soutenir que ce qui est bon pour un pays, c'est d'importer peu et de vendre beaucoup. Mais c’est un modèle qui a été réfuté de longue date, à la fois par l'expérience et la science économique.
Ce qui est vrai, c’est que le commerce extérieur est mesuré par les statistiques douanières qui correspondent aux biens physiques échangés. Mais l’économie ne se résume pas aux biens physiques. Dans les échanges internationaux, il y a aussi les services, les revenus financiers, les capitaux. Bref, un ensemble qui constitue la balance des paiements.
La mauvaise performance française en matière d’exportation est toutefois un indicateur de perte de compétitivité. Mais je ne pense pas que l’on retrouvera de la compétitivité en baissant nos salaires ou le coût de notre travail comme certains le proposent, mais en mettant au contraire de la "valeur ajoutée" dans nos produits.
Le faible coût du travail permet aux Brics (Brésil, Russie, Inde et Chine) de doper leurs exportations. Alors pourquoi refuser de croire que l'allègement du coût du travail en France puisse produire un effet semblable ?
La question des Brics n’a rien à voir, puisque nous parlons d’un déficit de compétitivité d'un pays (la France) qui a des coûts industriels bien supérieurs.
Il faut s’intéresser à l’impôt sur les sociétés, à la rémunération du capital, à l’utilisation intelligente des mécanisations, et d’une façon générale au fait que notre dépense publique a 10 points de PIB de différence avec l’Allemagne (pays avec un coût du travail comparable au nôtre). Ce qui correspond à un écart de 200 milliards d'euros de dépense publique et de 30 milliards de charges sociales en plus.
Enfin, soulignons qu'en France chaque euro dépensé par le secteur public est un euro en moins pour le développement des entreprises, et donc un euro de moins pour les consommateurs. Et que dire du modèle allemand qui joue justement à fond la profitabilité de ses entreprises, alors que la France a tendance à maîtriser et combattre le profit.
L’Allemagne a produit justement un excédent commercial de près de 157 milliards d'euros sur l'année 2011. Faut-il copier leur modèle économique ?
L’Allemagne a certes un excédent commercial considérable par rapport à la France, mais la France est bénéficiaire sur les services, de même que sur les capitaux. Il ne s’agit pas là de minimiser le signal fort que nous envoie la dégradation de notre commerce extérieur, mais en tout état de cause de relativiser le modèle allemand.
Celui-ci ne peut être celui de toute l’Europe, car tout le monde ne peut pas être en excédent. Par ailleurs, le pays qui garde le leadership mondial, les États-Unis, est un pays en fort déficit.
Rappelons enfin que l’excédent commercial de l’Allemagne est dû pour partie à un dysfonctionnement de l’euro, car si l’Allemagne avait conservé le deutschemark, elle n’aurait pas ces excédents qui sont en majorité le résultat de ses exportations à l’intérieur de l’Europe. Sa masse monétaire et ses salaires auraient augmenté, et le rééquilibrage se serait fait. Les Allemands auraient alors davantage acheté de produits français.
La réussite allemande tient en réalité à un modèle industriel tourné vers la qualité avec une réputation sans faille, mais ce n’est pas certain qu’il faille le copier à retardement. Sachant que rien ne garantit que le modèle allemand soit pérenne. Si dans les dysfonctionnements de l’euro on a produit trop de social-clientélisme en Grèce, trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France, il est vraisemblable qu’on ait bâti trop de maisons en Allemagne, et que ce modèle - dont il y a plein de leçons à tirer - ne soit ni étirable ni reproductible.
Alain Madelin
Alain Madelin a été député, Ministre de l'Economie et des Finances et président du Parti Républicain, devenu Démocratie Libérale, avant d'intégrer l'UMP.
Il est l'auteur de Faut-il supprimer la carte scolaire ? (avec Gérard Aschieri, Magnard, 2009).
- Déficit record du commerce extérieur français
- Déficit : supprimons les niches fiscales de mon voisin de palier !
- Dette et déficits : Nicolas Sarkozy reste le plus crédible pour 2012
- Le déficit de l'Etat revu à la hausse
- La croissance, oui ! Mais les déficits menacent toujours...
- Dépenses publiques : la France, accro à ses déficits


Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
Bravo mr Madelin, vous avez vu juste, quelle difference avec les cancres de la gauche!..
Pourquoi ne pas présenter votre programme aux français..
Tant que nous aurons autant de dépenses publique inutiles qui confisquent au moins 15 % de PIB, comment voulez etre compétitif?
Aucun candidat ne parle de baisser les dépenses de l'état? pourquoi
à votre avis?
quand Alain Madelin était au gouvernement, comme ministre, il a introduit des améliorations majeures :
"d'une part les contrats de retraite « Madelin », permettant aux non-salariés de se constituer une retraite par capitalisation ; d'autre part une simplification des démarches de création d'entreprise, avec la mise au point du statut d'entreprise unipersonnelle (EURL et EARL)." (Wikipedia)
cela nous changerait de la rengaine ringarde de la gauche qui a tout essayé et tout raté et de la droite qui n'a pas les moyens(ou le courage) de revenir sur les erreurs plombantes de la Social-démagogie
il a fait quoi Madelin quand il été au gouvernement ?
Alain le sait bien, les bonnes ventes se font gagnant-gagnant, ce qui implique beaucoup de facteurs : le prix, la qualité, l'innovation, la concurrence, mais aussi la présence !
N'avons-nous pas perdu des marchés importants, en raison tyout simplement d'une absence de "service commercial' sur place, en Chine par exemple ?
Il est déjà difficile de vendre des produits plus chers que les concurrents, sans qualités différentielles, mais si en plus, l'éventuel acheteur est obligé de se conformer au fuseau horaire de la France, quand il désire un renseignement complémentaire, cela devient "délirant". Quand nos "commerciaux" ont besoin de traducteurs parfois même pour communiquer en anglais, cela devient irresponsable ! Au niveau scolaire et universitaire, il faudrait aussi revoir l'efficacité de l'enseignement des langues...
Plutôt que de remplir nos ambassades d'énarques, ne serait-il pas plus intelligent de les étoffer avec des antennes commerciales de qualité, ainsi que le font les USA, l'Allemagne, l'Angleterre ?
http://ecofrance.free.fr/SIVECA/
Mr Madelin a tout compris. Ce n'est pas que nous sommes trop chers, c'est qu'il faut vendre plis cher.
Tant qu'on aura des fonctionnaires à la tête du pays, des gens qui n'ont jamais rien fait de leur vie, à part de beaux discours, on ne pourra pas en sortir.
Il faut un CAP, au minimum, pour exercer un travail manuel.
Ul faut une bonne maitrise de la langue de Molière pour diriger le pays.
Cherchez l'erreur.
Si l'état se contentait de ponctionner les entreprises et citoyens pour alimenter les fonds pharaoniques destinés à ses fonctionnaires sans se mêler de stratégie, d'économie, de production, de finances, à l'égard des manufacturiers ....
Pierre Le Louche, avec un nom pareil comment peut il inspirer confiance ?