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Bons baisers pour la Russie : pourquoi l’OTAN fait ses plus grandes manoeuvres militaires depuis près de 20 ans

Du 25 octobre au 24 novembre prochains, un exercice majeur de l'OTAN prendra place dans l'Atlantique Nord, pour simuler une intervention militaire relevant de l'article 5 du traité.

Trident

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Bons baisers pour la Russie : pourquoi l’OTAN fait ses plus grandes manoeuvres militaires depuis près de 20 ans

 Crédit JONATHAN ERNST / POOL / AFP

Atlantico : Comment comprendre un exercice dont la dimension semble inédite? Faut-il y voir un changement de « ton » de la part de l'OTAN, vis à vis de la Russie ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : De fait, la dimension de cet exercice militaire est inédite depuis le début des années 2000. S’ils sont très inférieurs aux effectifs et matériels engagés par la Russie dans l’exercice « Vostok-2018 » (297.000 hommes) conduit en septembre dernier, et à ceux de « Zapad-2017 » l’année précédente (entre 70.000 et 100.000 hommes, en lieu et place des 12.700 annoncés par Moscou afin de contourner le Document de Vienne), le niveau n’en est pas moins élevé : 45.000, 150 aéronefs et 60 navires. En 2016, un exercice « Trident Juncture » avait été précédemment mené en Méditerranée.

Il avait mobilisé environ 36.000 hommes. Cette année, l’exercice se déroulera en Norvège et dans l’Atlantique Nord, un espace océanique dont la maîtrise, dans le cas d’une grande guerre en Europe, serait essentielle pour l’acheminement de renforts depuis les Etats-Unis et le Canada. Politiquement et militairement, c’est une manière de réaffirmer l’indivisibilité de la sécurité dans l’espace transatlantique. 

Si les romans policiers et séries télévisées scandinaves ont fait entrer cette péninsule l’espace nordico-baltique dans le paysage mental français, il reste que la dimension stratégique et géopolitique de ces territoires demeure méconnue. Membre de l’OTAN, la Norvège est un pays qui partage une frontière d’environ 200 kilomètres (196 km) avec la Russie. C’est également un pays riverain de la mer du Nord, ouvert sur l’océan Arctique, une zone dont on sait l’importance grandissante et la place qu’elle occupe dans la grande stratégie russe (cf. la valorisation des ressources pétrogazières de la zone, bien plus qu’une nouvelle route maritime entre Asie et Europe). Enfin, la Norvège est l’un des principaux pays exportateurs de pétrole et de gaz vers l’Europe occidentale, à terme vers l’Europe centrale et orientale également. Les destinées de la Norvège sont donc essentielles à la sécurité énergétique européenne. Au regard des exercices, manœuvres et de la présence de soldats de nations alliées sur le territoire norvégien, nous sommes aux antipodes du scénario de la série TV « Occupied ».

De surcroît, l’exercice « Trident Juncture » associe des nations n’appartenant pas à l’OTAN mais s’éprouvant comme menacées par le révisionnisme géopolitique russe. Ainsi en va-t-il de la Suède et de la Finlande, deux « Etats non-alliés », liés à l’OTAN et ses pays membres à travers le Partenariat pour la Paix et divers accords bilatéraux ou multilatéraux. La Finlande a une frontière longue de 1340 kilomètres avec la Russie. Historiquement, elle a éprouvé dans sa chair l’agressivité et le révisionnisme de la « Russie-Soviétie ». Gardons en mémoire la « guerre d’Hiver » de 1939-1940, la reprise des opérations sur le territoire finlandais en 1944, les pertes humaines, les prises territoriales (cf. Vyborg et la Carélie, le port de Hanko et des îles du golfe de Finlande, la région de Salla en Laponie, la région de Petsamo et la péninsule de Rybatchi, riveraines de la mer de Barents) et les réfugiés finlandais (12 % de la population totale). Seul le courage des Finlandais a permis d’éviter la pure et simple satellisation de leur pays à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale : la « finlandisation » a été acquise au prix du sang. 

 
Commentaires

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  • Par pitron67 - 22/10/2018 - 09:12 - Signaler un abus incroyable

    c'est ce qu'on appelle une analyse à la hache .avec des docteurs de cet acabit la troisième guerre mondiale n'est pas loin!!! mais nous mourrons tranquille on sait maintenant ,grâce à ce monsieur que nous sommes les gentils et que les russes ne sont que des vilains

  • Par J'accuse - 22/10/2018 - 10:56 - Signaler un abus Et si on supprimait plutôt l'Otan ?

    Sept pages pour expliquer pourquoi l'Otan a raison de faire des exercices militaires ! Visiblement, être docteur en géopolitique et agrégé d'histoire ne permet pas de comprendre que l'Otan a été créée pour affronter la Russie et qu'elle est incapable de voir le monde autrement, et qu'elle sert de prétexte au maintien d'un militarisme américain dominateur. Les menaces sur la paix en Europe et dans le monde ne viennent pas de la Russie : c'est pourtant une évidence. On pourrait même dire que la politique de Poutine est facteur de stabilité, face au grand fouteur de merde qu'est Trump, à la lâcheté et à l'impuissance des dirigeants européens, aux ambitions chinoises, aux conflits entre chiites et sunnites au Moyen-Orient jusqu'à la Turquie (membre de l'Otan !), et à l'islam conquérant de façon générale.

  • Par hoche38 - 22/10/2018 - 15:21 - Signaler un abus interrogation

    De qui Monsieur Mongrenier est-il salarié?

  • Par Anouman - 22/10/2018 - 18:23 - Signaler un abus OTAN

    C'est clair que si l'OTAN ne montre pas ses muscles les chars russes sont à la frontière dans une semaine… Les Russes ne sont pas des anges mais il ne faut pas confondre prudence et paranoïa. Il y a des menaces plus sérieuses dans le monde et il ne semble pas qu'on les prennent sérieusement en compte dans nos pays.

  • Par AZKA - 22/10/2018 - 19:27 - Signaler un abus Craindre le péril islamiste est une chose,

    et donc aimer la Russie de M Poutine est conséquent, mais vue de Pologne, des Pays baltes sans parler d'Ukraine, la Russie est "La Menace" . Donc l'OTAN fait ce qu'il faut faire.

  • Par ajm - 22/10/2018 - 23:39 - Signaler un abus Islam et Russie

    Ne pas oublier qu'il y a nettement plus de musulmans en Russie en proportion de la population totale qu'en France, et qu'en plus, ils sont en Russie depuis toujours, ce ne sont ni des immigrés, ni des enfants d'immigrés.

  • Par vangog - 23/10/2018 - 01:09 - Signaler un abus Échec total de l’europe de la défense !

    Norvège, Hollande, Danemark et Belgique comptent désormais prioritairement sur les USA pour les défendre...les choix stratégiques sont clairs: la Belgique choisit le F-35 pour la défendre, car il peut transporter les bombes nucléaires à fragmentation américaines...un résultat minable qu’on peut mettre au crédit de Macron et Merkel , les fossoyeurs de l’europe!

  • Par philippe de commynes - 23/10/2018 - 09:06 - Signaler un abus @ajm

    "Ne pas oublier qu'il y a nettement plus de musulmans en Russie en proportion de la population totale qu'en France" Vrai d'après les chiffres "officiels", mais d'après d'autres (obertone dans son dernier livre) ce serait l'inverse ... " ils sont en Russie depuis toujours",Vrai pour les Tatars de la volga, leurs voisins Bachkirs ... les musulmans du nord Caucase le sont depuis le XIX ème. "ce ne sont ni des immigrés, ni des enfants d'immigrés" Il y a beaucoup d'immigrés d'asie centrale, pour lesquels le regroupement familial n'existe pas ( pour ne pas se mettre dans la merde dans laquelle la France s'est mise, pour garder un moyen de faire plier leurs pays d'origine dans un sens pro-Russe grâce à l'argent que ces immigrés renvoient dans leur pays).

  • Par hoche38 - 23/10/2018 - 17:21 - Signaler un abus Europe de la défense

    Une Europe de la défense ne peut être que nucléaire. Vous imaginez un Jean-Claude Juncker avec un doigt sur le bouton?

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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