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Après la débâcle de Toys R Us et des géants de la distribution du jouet, à quels secteurs le tour ?

Dans une situation de graves difficultés financières, le géant américain du jouet "Toys'R'Us a pu annoncer la mise en liquidation de ses 735 magasins présents aux États-Unis tandis que les magasins français devraient être mis en vente. De son côté, l'acteur français "La grande récré" est également touché par des difficultés. Alors que le secteur du jouet ne subit pas de crise de la consommation, le géant de la distribution Amazon est pointé du doigt comme une cause de la situation actuelle, tout comme la préférence des enfants pour le digital à des âges de plus en plus jeunes.

Economie

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Après la débâcle de Toys R Us et des géants de la distribution du jouet, à quels secteurs le tour ?

Dans une situation de graves difficultés financières, le géant américain du jouet "Toys'R'Us a pu annoncer la mise en liquidation de ses 735 magasins présents aux États-Unis tandis que les magasins français devraient être mis en vente. De son côté, l'acteur français "La grande récré" est également touché par des difficultés. Alors que le secteur du jouet ne subit pas de crise de la consommation, le géant de la distribution Amazon est pointé du doigt comme une cause de la situation actuelle, tout comme la préférence des enfants pour le digital à des âges de plus en plus jeunes.

Au regard de ce cas d'espèce sur le secteur du jouet, quels sont les autres secteurs qui pourraient être touchés par ces mêmes dynamiques ?

Philippe Moati : Le secteur de la distribution du jouet présente une caractéristique assez singulière, il est un de ceux qui est le plus resté dans le schéma d'organisation traditionnelle des marchés issu des 30 glorieuses. C'est un schéma ou vous avez en amont des grandes marques qui conçoivent des produits et les "markettent" au travers d'un effort publicitaire important, c’est-à-dire qu'elles les pré-vendent, en quelque sorte, au consommateur. Ce schéma passe ensuite par des distributeurs qui vont vendre au consommateur. Et le distributeur est un intermédiaire qui rend disponible localement, qui essaye de bien maîtriser sa logistique et ses coûts et éventuellement apporte un petit peu de service et de conseil. Toys'R'US est typiquement la grande distribution appliquée au monde du jouet avec des linéaires de produits massifiés avec des grandes allées ou l'on accumule des cartons etc… Ce modèle-là est particulièrement vulnérable à la concurrence du e-commerce. La première raison qui est sans doute la plus importante est que le e-commerce a offert une extraordinaire capacité de comparer les prix. Et dans le modèle traditionnel, tous les distributeurs vendent le même produit à l'identique. Le même Scrabble, la même poupée Barbie ou la même Tortue Ninja. Du coup, alors que l'arbitrage se faisait traditionnellement sur la base du prix et de la proximité, mais avec une connaissance des prix qui était approximative à cause de la contrainte spatiale, les écarts de prix sont désormais immédiatement perceptibles. Le e-commerce a favorisé l’intensification de la concurrence par les prix lorsque les vendeurs vendent les mêmes produits.Des acteurs comme Amazon sont parvenus à tirer leur épingle de ce jeu, ce qui est d'autant plus facile parce qu'Amazon peut opérer une péréquation de sa rentabilité sur plusieurs types de produits et sur plusieurs moments de l'année là où les distributeurs de jouets sont obligés de gagner leur vie sur le jouet et notamment le moment ou on en vend le plus c’est-à-dire à Noël.

Du coup, les autres secteurs les plus vulnérables sont précisément ceux qui sont encore dans ce modèle-là, ou les distributeurs vendent des produits de marque que l'on peut trouver à l'identique chez le concurrent. Le secteur du jouet est probablement celui qui est resté le plus fidèle à ce modèle. Les produits culturels présentent les mêmes caractéristiques; un Goncourt peut être acheté à la Fnac ou chez Carrefour. Idem pour les CDs, les DVDs, et ce n’est pas par hasard si c’est le premier secteur où le e-commerce a réussi sa percée. Le bricolage pourrait également être concerné, même s'il n'y a pas de très grandes marques identifiées par le consommateur, peut-être un peu plus dans la peinture. Et n’oublions pas l’alimentaire…

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 16/03/2018 - 11:46 - Signaler un abus Toys'R'US était trop

    gourmand; tous les jouets sont fabriqués en Chine et les prix étaient exorbitants par rapport à d'autres. Pareil pour la Grande Récré. Amazon fait mal.

  • Par guy bernard - 16/03/2018 - 12:15 - Signaler un abus merci et au revoir.

    la distribution est, faute de revenus, un marché de plus-values, vivant sur une croissance nominale, avec un crédit-interentreprises autrefois abondant et générateur de cash, mais aujourd'hui réduit. il n'y a plus de raisons objectives à détenir un commerce qui, au niveau individuel, était devenu un défiscalisant. les arbitrages sont donc fonction de l'espoir de plus-values, de revenus, et d'une croissance nominale forte, en plus d'une politique urbanistique rationnelle. les conditions d'existences n’étant pas remplies, merci et au revoir.

  • Par ajm - 16/03/2018 - 22:39 - Signaler un abus Enigme.

    Guy Bernard : votre commentaire est quelque peu énigmatique ; il gagnerait à être plus explicite.

  • Par pierre de robion - 17/03/2018 - 18:19 - Signaler un abus Tout est affaire de niveau de vie!

    Un achat responsable ne devrait pas se faire au "moins disant", mais au "mieux disant", et dans ce cas la qualité du renseignement-produit et du SAV,, grâce à la proximité, devrait être un atout non négligeable! L'ennui c'est que vu leur porte monnaie de nombre de consommateurs, le "moins disant" l'emporte le plus souvent d'autant que bien souvent le vendeur, pour des histoires de commission, tient à vous fourguer le produit sophistiqué donc cher dont vous n'avez pas besoin, et que le SAV, de surcroît souvent externalisé ne présente guère d'avantages par rapport à celui de la vente en ligne! CQFD!

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Philippe Moati

Philippe Moati est professeur agrégé d'économie à l'Université Paris-Diderot. Ses axes de recherche privilégiés sont les transformations du système productif et, plus généralement, les mutations du capitalisme (en prenant en compte les dimensions sociétales). Au cours des 23 ans passés au Crédoc, il a développé une expertise reconnue sur le secteur du commerce ainsi que sur les comportements de consommation. Il assure la co-présidence de l'Association L'Observatoire Société et Consommation.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages tels que L'Avenir de la grande distribution et La nouvelle révolution commerciale en 2011 aux éditions Odile Jacob.

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