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Pourquoi la théorie économique donne des réponses trop complexes au réchauffement climatique

Le climat se réchauffe, personne ne le conteste plus, le moment de l'action est venu. Mais le capitalisme peut-il réellement changer ? Le XXe siècle a déjà connu une "grande transformation" par laquelle le capitalisme sauvage et le prolétariat caractéristiques du XIXe siècle ont cédé la place à un capitalisme mixte et aux classes moyennes. Aujourd'hui, après la crise financière, tout est à reprendre et la lutte contre le réchauffement climatique ouvre une ère nouvelle : la transition vers l'économie bas-carbone sera la grande mutation du xxie siècle. Extrait de "Le climat va-t-il changer le capitalisme ?", supervisé par Jacques Mistral, publié aux éditions Eyrolles (2/2).

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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La première réaction de la théorie économique est de diminuer le taux d’actualisation (le prix du temps), selon lequel un euro aujourd’hui vaut plus qu’un euro demain et après-demain dans le calcul des prix et des coûts futurs. Avec un taux d’actualisation plus faible, les euros futurs – en dépenses et en gains – « s’estompent moins ». Les effets à moyen et long terme sont plus « visibles » dans les prises de décision. Nick Stern propose ainsi un taux d’actualisation de 1,4 % et Daniel Lebègue le fait passer de 8 à 4 % pour le décideur public. Dans ces hypothèses, les effets à vingt ans et plus des décisions d’aujourd’hui demeurent. Cependant, chercher à voir plus loin n’a de sens que si l’on dispose des outils pour mieux choisir.

Sa deuxième réaction est celle des prix, puisque les prix de marché ne reflètent pas les raretés, les effets pervers, les risques, en tout cas pas assez. Ils sont myopes, reflétant les conditions d’offre et de demande d’aujourd’hui, pas celles de demain et d’après-demain. Il faut donc les corriger pour tenir compte des raretés et des effets pervers. Mais la mesure des raretés ne va pas de soi (Pigou, Hotelling), notamment dans un univers qui fait l’objet de changements significatifs, où les états futurs de la nature sont multiples, les marchés partiels et peu profonds. Des taxes peuvent apparaître, pour prendre en compte les effets publics des choix privés. C’est le principe pollueur-payeur. La difficulté technique de la mesure est évidente (combien coûte le risque social du fumeur ?). Elle se prête à toutes les influences, sur le politique, sur le public, sur tel ou tel public de façon à influencer le politique. Le prix des droits à polluer n’est pas, dans cette veine, exempt de critiques, puisqu’il s’agit non seulement d’établir un plafond aux émissions, mais aussi le prix qui en découle. Mais ce plafond fixé par les autorités reflète-t-il l’optimum collectif ? Comment interviennent dans sa détermination les lobbies et les enjeux de croissance à moyen terme ? Et comment corriger les instabilités venant de la conjoncture et des spéculations ?

Sa troisième réaction est de préciser localement les mesures, avec l’idée de réduire les incertitudes, donc les critiques et les oppositions. Mais plus le calcul se veut précis, plus il fait face à des critiques qui lui demandent d’être plus précis encore !

La quatrième réaction de la théorie économique est d’essayer de mesurer, après information bien sûr, quelle serait la disposition à payer des agents pour bénéficier des biens et services environnementaux (parcs naturels, lutte contre les nuisances urbaines…) qui sont sans échange sur le marché. Cette recherche d’une « évaluation contingente » donne des « dispositions à payer » qui renforcent la panoplie d’analyses. Sans plus, le plus souvent.

Plus la science économique avance pour réduire le réchauffement climatique, plus elle offre des solutions théoriques, ce qui est très positif. Mais donner des chiffres convaincants à même d’infléchir des comportements pour prendre des décisions devient aussi de plus en plus complexe, sinon conflictuel. Le calcul se heurte non seulement à des refus de principe (idéologiques), mais aussi à des mises en cause portant sur son degré de validité, sa prise en compte des effets seconds, sa « profondeur de champ » dans la durée ou encore sur sa précision locale.

Extrait de "Le climat va-t-il changer le capitalisme ?", supervisé par Jacques Mistral, publié aux éditions Eyrolles. Pour acheter ce livre, cliquez ici

 

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