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Bonnes feuilles

Les distorsions de concurrence qui sont préjudiciables aux agriculteurs français

Sylvie Brunel publie "Pourquoi les paysans vont sauver le monde" chez Buchet Chastel. Ils nous nourrissent, et pourtant nous les maltraitons. Ils ont toutes les solutions pour répondre aux défis de demain. La troisième révolution agricole a commencé dans les campagnes. Partout naît une agriculture de précision, de plus en plus propre, de plus en plus écologique. Extrait 1/2.

Sylvie Brunel

Sylvie Brunel

Sylvie Brunel est géographe, économiste et écrivain.

Elle a travaillé pour Médecins sans Frontières (MSF) et présidé Action Contre la Faim (ACF).

Elle est actuellement professeur de géographie à Sorbonne-Université

Elle est notamment l'auteur de Géographie amoureuse du Monde (Lattès, 2013),  Plaidoyer pour nos agriculteurs (Buchet-Castel, 2017). Dernier livre publié "Toutes ces idées qui nous gâchent la vie" (Lattès, 2019).

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Globalement, la France se caractérise toujours par une agriculture dynamique, entrepreneuriale, innovante, qui produit sous signe de qualité une nourriture que les pays émergents convoitent en raison de la rigueur de ses contrôles sanitaires. Ses industries agroalimentaires, particulièrement performantes, la placent en quatrième place mondiale, derrière États-Unis, Allemagne et Pays-Bas, et occupent le premier rang en France : 17 000 entreprises, qui pèsent plus de 400 000 emplois (autant que l’agriculture). Mais les quatre centrales d’achat de la grande distribution leur mènent la vie dure, imposent leurs prix en faisant peser la menace du déréférencement. Si les produits vendus portaient une double étiquette, le prix payé par la centrale d’achat, et le prix payé par le consommateur, ce dernier verrait que la culbute se produit souvent au dernier stade… au détriment du paysan et du transformateur. 

Le secteur dans son ensemble souffre des conditions réglementaires, fiscales, sociétales françaises, qui le désavantagent, ce qui l’oblige à revoir en permanence son avantage comparatif, dans un marché mondial où la concurrence est rude. Dans l’agriculture, le salaire minimum français, grevé de lourdes charges sociales, est supérieur d’un tiers à celui du voisin allemand ! Et puis, même si la France est toujours le premier bénéficiaire de la PAC (408  milliards d’euros pour la période 2014-2020), avec 9 milliards d’euros par an (mais elle est aussi le premier producteur de l’Union européenne), les secteurs les plus compétitifs doivent composer avec l’évolution de ses fondamentaux depuis les années 2000. Composer avec la libéralisation des marchés, le verdissement des aides – notamment dites du second pilier, conditionnées à des politiques environnementales –, la compétition intra-européenne pour l’affectation des financements dans une Europe à vingt-sept, avec la montée en puissance de l’Europe centrale et orientale, aux coûts de main-d’œuvre ultra-compétitifs, mais aussi du Portugal et d’Espagne. 

La France souffre de distorsions de concurrence qui ne facilitent pas la tâche à son secteur agricole et agroalimentaire. Résultat : son excédent commercial agroalimentaire a été divisé par 2 en cinq ans, et le pays ne détient plus aujourd’hui que 4,5 % des parts de marché mondial, alors se profilent de gros risques liés au Brexit, la Grande-Bretagne important massivement sa nourriture de France, et notamment de Bretagne. Comment les Anglais se nourriront-ils s’ils quittent le grand marché européen ? Pour le consommateur, ce sera une hausse des prix et des approvisionnements plus incertains qui risquent de peser durement sur le budget des plus pauvres.

Extrait du livre de Sylvie Brunel, "Pourquoi les paysans vont sauver le monde : La troisième révolution agricole", publié chez Buchet Chastel 

Lien vers la boutique : ICI

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