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Le Sénat veut empêcher les sociétés d’autoroutes d’augmenter les tarifs pour compenser l’effondrement des recettes liées au Covid-19

Le Sénat vient de découvrir que les sociétés d’autoroutes prévoyaient d’augmenter les tarifs ou de les moduler pour compenser le manque à gagner provoqué par le confinement de mars et avril. Les automobilistes sont contre, mais pas les écologistes. Bizarre non ?

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Pour le Sénat, les factures laissées par le coronavirus aux sociétés d’autoroutes ne seront payées ni par l’Etat, ni par les automobilistes.

Le confinement a stoppé la circulation sur les autoroutes, et du coup, a évidemment effondré les recettes de péage. Normal, pas de voitures sur les routes et les autoroutes, pas de recettes. La commission d’enquête du Sénat, chargée de contrôler et de réguler le fonctionnement des sociétés d’autoroutes, a publié ce week-end un rapport dans lequel on découvre que les sociétés d’autoroutes ont dans l’idée d’augmenter les tarifs de passage pour compenser les déficits de recettes. Les concessionnaires d’autoroutes (notamment Eiffage et Vinci) sont certes privées, mais sous surveillance permanente. Elles sont concessionnaires d’équipements publics qui leur ont été concédés en exploitation depuis la vague de privatisations de 2006, mais elles ne font pas ce qu‘elles veulent.

La question des tarifs des autoroutes va donc revenir au-devant de  l’actualité avec cette commission d’enquête du Sénat qui reproche aux sociétés d’autoroutes d’avoir bien profité des privatisations, qui révèle aussi que la rentabilité des concessions d’autoroutes serait atteinte beaucoup plus vite que prévu dans les contrats, mais qui laisse entendre que les sociétés d’autoroutes pourraient profiter de la période de crise pour augmenter les tarifs, ce qui augure d’un beau débat dans l’opinion. 

Dans le climat d’inquiétude actuel tout est possible. L’opinion a certes peur du virus, mais l’opinion a peur d’une dégradation de la situation économique. Et tout ce qui touche à l’automobile est ultra-sensible. Alors, l’idée d’augmenter les tarifs semble assez explosive aux yeux des Sénateurs.

En clair, le rapport du Sénat s’inquiète de savoir ce que les sociétés autoroutières vont faire pour digérer les pertes de trafic pendant le confinement. Il y a eu une baisse des recettes qui a été énorme pendant deux mois, c’est vrai, et du coup, la réaction des concessionnaires est de chercher à compenser ces baisses.

On sait très bien qu‘en théorie, elles ont trois solutions :

Ou bien elles demandent à l’État de baisser la redevance qu‘elles se sont engagées de payer. Mais c’est exclu, la tentation de l’Etat serait plutôt de les faire payer davantage.  

Ou bien elles diminuent les dépenses de travail d’entretien, mais ça n’est pas prévu dans le contrat de concession.

Ou bien elles vont essayer d’augmenter les tarifs de péage.

C’est évidemment un vrai débat que le Sénat refuse d’ouvrir parce que de toute façon, la rentabilité des concessionnaires d’autoroutes est très importante, plus importante que ce qui était prévu au départ.

Par conséquent, pour le Sénat, ni l’Etat, ni les automobilistes ne doivent payer le coût du confinement pour les sociétés d’autoroutes. Qu’elles se débrouillent en prenant sur leur profit ou en s’organisant autrement.

La Commission d’enquête sénatoriale a révélé qu’elles ont fait des affaires en or au moment des privatisations et elles ont signé des contrats de concession très avantageux...

Cela dit, les sociétés comme Vinci ou Eiffage qui sont cotées en bourse surveillent tous les requins qui voudraient mettre la main dessus, donc ils doivent présenter des comptes et des perspectives qui les mettent à l’abri de prédateurs. Ils doivent aussi assurer les engagements d’entretien et d’investissement qui préservent la qualité du réseau.

Ajoutons à cela qu’elles espèrent aussi participer à l’offre de privatisation de routes nationales. Le texte est sorti en été et en plein week end du 15 aout, personne n’en a parlé. Ce texte officialise la possibilité pour l‘État de vendre au privé des kilomètres de routes nationales. Ces routes nationales à 4 voies seraient donc exploitées et entretenues par le privé. C’est la vieille idée que Ségolène Royal avait voulu mettre en place et qu‘elle avait dû retirer sous la pression des automobilistes. Lesquels par la suite, sont allés rejoindre les gilets jaunes sur les ronds-points.

L’État est donc sous la pression des associations d’automobilistes, d’où sa discrétion sur la question des privatisations de routes nationales et la montée au créneau du Sénat contre le risque d’augmentation des tarifs.

Alors, les sociétés d’autoroutes ne sont pas libres de fixer les tarifs mais elles ont beaucoup d’arguments pour négocier.

Depuis la sortie du confinement, les concessionnaires ont préparé des tarifs nouveaux qui seraient d’ailleurs calculés selon la puissance du véhicule. Le propriétaire d’une 4 chevaux fiscaux paierait moins cher que celui d’une Porsche de 11 chevaux... ou alors en fonction de l'usage que l’on fait du véhicule. Le prix serait différent selon qu’on irait au travail ou en vacances, que l’on ait des passagers en covoiturage ou que l’on soit seul. Globalement, l’objectif serait d’obtenir une majoration de péage de 5 à 10%.

Si ce débat devient public, il va être très compliqué entre les automobilistes, les constructeurs, les syndicats. Parce que tout le monde a une idée sur la voiture automobile. Jusqu'à maintenant, il y a deux absents à ce débat. Ou alors, ils se font tout petits.

Emmanuel Macron s’est tenu à l'écart de cette question, parce qu‘il  a tout à perdre.

Et deuxième absent : le groupe des écologistes. Parce que les écolos sont contre la voiture, c’est dans leur ADN, donc ils devraient être favorables à une augmentation des tarifs comme ils étaient favorables aux portiques de Ségolène Royal. Mais si ces écolos sont aussi de gauche, ce qui est fréquent, ils savent très bien que c’est la classe moyenne qui utilise la voiture et qui paiera la facture. On ne les a pas encore entendus pas sur la question.

Face à la 5G, il y en a qui pensent pouvoir utiliser la lampe à huile, mais face à l’automobile et à la question des autoroutes, aucun écologiste n’a encore osé penser qu’on pouvait ressortir la voiture à cheval. Ni à Lyon, ni à Bordeaux.

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