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Le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, et la chancelière allemande, Angela Merkel, échangent lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles en juillet 2020.
Le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, et la chancelière allemande, Angela Merkel, échangent lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles en juillet 2020.
©JOHN THYS / PISCINE / AFP

Restrictions budgétaires

Alerte au retour des pulsions d'austérité en provenance d’Allemagne 

Face à l'impact économique de la crise sanitaire en Europe, l'Allemagne recommanderait des ajustements budgétaires à l'Espagne. Dans une requête formulée à l'OCDE, Berlin exige des réductions budgétaires et l'application d'une politique d'austérité malgré les efforts de relance face au coronavirus. Les leçons de la crise économique de 2008 vont-elles permettre d'éviter de freiner la croissance en Europe ?

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Atlantico : Alors que la crise sanitaire n’est pas résolue et que le plan de relance est au cœur du projet économique Européen, l’Allemagne semble retomber dans ses travers en réclamant des ajustements budgétaires à l’Espagne. Est-ce vraiment le bon moment pour mettre en place une politique d’austérité ?

Rémi Bourgeot : Les lignes de fracture habituelles sont bien présentes sur le front budgétaire, surtout lorsqu’il s’agit de recommandations très institutionnelles. Il faut cependant aussi faire une distinction avec la situation que connaissait l’Europe pendant la crise de l’euro. Bien que des responsables ou experts allemands ne puissent visiblement pas s’empêcher d’appeler au retrait des mesures de soutien économique en cette année électorale, l’Allemagne a fait beaucoup plus dans l’ensemble pour soutenir son économie pendant la pandémie que l’Europe du sud et la France. Le gouvernement fédéral et les länder ont aussi été relativement plus prudents dans l’imposition de restrictions, épargnant dès le début à leurs citoyens les règles les plus ubuesques du type « 1 km », interdiction d’accès à la nature et paperasse attestataire... Aucune recommandation allemande n’est alors venue dicter la réponse à la pandémie des pays du sud. Bien sûr les réflexes et craintes en tous genres engendrés par le fiasco de la gestion de la crise de l’euro ont pesé, mais la timidité de la réponse budgétaire a aussi clairement une dimension endogène, propre aux systèmes politiques de la France et du sud de l’Europe. L’épisode tragique du plan de relance européen, à partir de l’été dernier, a entretenu l’illusion d’une réponse européenne coordonnée, alors qu’il était évident que le dimensionnement et surtout les délais de ratification et d’exécution étaient inadaptés. Une fois de plus, les mirages de notre infatigable cortège d’européologues monoglottes se sont substitués à l’analyse de la réalité et à la mise en place de politiques adéquates, en particulier au niveau national.

Depuis 2008, quelle a été l’efficacité réelle des politiques d'austérité ? N’ont-t-elles pas surtout abouti à une décennie de croissance faible en Europe ?

Les politiques d’austérité pendant le fort de la crise de l’euro, essentiellement de 2010 à 2013, ont été désastreuses, en empêchant le rebond européen. Un autre problème est apparu en ce que l’économie européenne est devenue accroc aux injections monétaires, qui visaient à l’origine surtout à garantir l’accès des pays du sud aux marchés de dette. Nous nous sommes finalement retrouvés avec une situation économique durablement déprimée, avec une génération mise à l’écart, combinée à un recul des investissements productifs et donc un creusement tragique du retard technologique. Tout cela sur fond de bulle immobilière hors de contrôle qui a diverti les flux d’épargne au détriment de l’investissement productif et miné notre compétitivité.

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Sans grande surprise, les plans de relance se sont concentrés sur l’urgence, en particulier sur la survie économique des entreprises et les plans de chômage partiel. C’est tout à fait compréhensible face à une telle situation. Cependant, on pèse encore mal l’effet catastrophique de cette situation d’exception sur une large partie de la population et surtout sur les jeunes, maintenant et encore plus pour les années à venir. Couplé aux stigmates de la crise mondiale de 2008 et de la crise de l’euro, cet effet de massue risque de ravager notre potentiel technologique en creusant le retard déjà accumulé. L’annonce de plans d’investissements concoctés par l’appareil d’Etat pour certains secteurs ne résout pas la question de la compétence scientifique et technique, qui connaît en France et dans le sud de l’Europe un recul inquiétant. Cet enjeu devrait être au cœur des efforts budgétaires.

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