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Moix, Campion, Zemmour et Cie : ces polémiques qui nous font basculer dans un monde virtuel

De Françoise Nyssen qui dénonce les propos homophobes de Marcel Campion à Gérard Colomb qui dénonce la récente charge de Yann Moix contre la police, ces derniers temps les invectives et les indignations vont bon train.

Polémiques en cascade

Publié le
Moix, Campion, Zemmour et Cie : ces polémiques qui nous font basculer dans un monde virtuel

 Crédit JOEL SAGET / AFP

Atlantico : Au-delà du caractère douteux voire insultant des propos tenus, que traduisent les réactions politiques qu’ils entraînent ? 

 
Bertrand Vergely : Dans cette affaire, il convient de distinguer les propos qui sont tenus et la façon dont le politique entend y faire face. 
Les propos qui sont tenus sont inadmissibles, insultants et bêtes et le politique a raison de les dénoncer. En outre, il va de soi que le politique  ne peut pas laisser s’installer sur les ondes et sur les écrans des manières de parler dépourvues de toute manière et transformant le débat politique en un échange d’insultes. Imaginons qu’il ne réagisse pas, l’indignation serait grande et ferait de lui le complice de ceux qui profèrent des insultes. Dans ces conditions, qu’il épingle comme inacceptables certains propos est justifié et qu’il sévisse par voie de justice afin de ne pas laisser s’installer un climat délétère est également justifié.
Un problème se pose toutefois. 
 
On devrait être satisfait et  remercier le politique   pour ses réactions et son action. Or, tel n’est pas le cas. Bien que le politique réagisse en faisant ce qui convient, personne n’est satisfait et il y a même un malaise. Cinq raisons expliquent un tel malaise. 
     
- D’abord la censure. Qu’on le veuille ou non,  condamner des propos et poursuivre en justice ceux qui les tiennent afin qu’ils soient condamnés pénalement c’est établir une censure. Et établir une censure c’est toujours diminuer la liberté et accroître le pouvoir qui opprime.  
- Ensuite, l’ordre moral. Censurer, c’est établir un ordre moral et moralisateur bien pensant avec d’un côté ce que l’on a le droit de dire et qu’il faut d’ire et d’un autre ce qu’on n’a pas le droit de dire et qu’il ne faut pas dire. C’st par là même mettre en place une police de la pensée et des discours. C’st créer une inquisition. 
- L’arbitraire. Où commence l’injure ? On ne sait. D’où l’idée que cette détermination est souvent arbitraire et guidée par l’intérêt du plus puissant.  
- La manipulation. À la suite de la Shoah, les propos antisémites sont considérés comme des délits et non des opinions. Aujourd’hui, quand une minorité veut  prendre du pouvoir et ainsi s’imposer, afin de se garantir contre toute crique, celle-ci use et abuse de la confusion entre opinion et délit en réactivant à cette occasion le spectre de la Shoah. Ce qui crée un climat malsain et angoissant. 
- Le coup politique. Pour ne pas avoir d’ennuis avec ces minorités souvent très organisées, très influentes et très décidées, dès que celles-ci font l’objet d’une critique publique, le politique ne manque pas de prendre leur défense en s’indignant haut et fort. Cette indignation  s’avère payante. Donnant l’impression de défendre les opprimés, le politique ne peut qu’apparaître sous un jour favorable. 
 
Quand on parle en public, on ne peut pas dire n’importe quoi sur n’importe qui n’importe comment. D’où l’intérêt de poser des limites. Toutefois,  il y a  beaucoup d’hypocrisie derrière les indignations auxquelles nous assistons. Ceux qui censurent aujourd’hui sont souvent  les mêmes qui s’élèvent contre toute censure. Ceux qui pratiquent une police de la pensée ainsi que des discours sont également souvent les mêmes que ceux qui s’élèvent contre toute police de la pensée ainsi que des discours. Ceux qui pratiquent enfin manipulation et coup politique sont les mêmes qui s’élèvent contre. D’où un climat un oeu glauque. En apparence il est question de sujets nobles, le respect, la dignité, l’expression. En réalité, ces valeurs sont détournées par des arrière-pensées politiques. 
     
Il y a quelques années, lors d’un spectacle, l’humoriste Guy Bedos a traité Nadine Morano, alors ministre, de « grosse connasse. » Portant l’affaire en justice, Nadine Morano a été déboutée et Guy Bedos blanchi, sous prétexte qu’il s’agissait  d’humour. Il y a quelques années toujours, à la suite d’une réunion publique,  Nicolas Sarkozy a poursuivi en justice pour insulte au chef de l’État un porteur de pancarte avec marque dessus « Casse toi pauvre con ». L’affaire allant jusqu’à la cour européenne, Nicolas Sarkozy a été débouté à la suite de sa plainte sous prétexte que dans une démocratie on doit avoir le droit d’insulter le chef de l’État. Ces deux incidents sont révélateurs. En matière d’insulte, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. La couleur politique fait qu’on a droit à l’indignation et à la justice ou pas. 
 
 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 25/09/2018 - 09:39 - Signaler un abus Bravo

    c'est exactement cela ! Comme Mediapart qui veut absolument exister.. Si les âneries qu'on entend tous les jours étaient sanctionnées, nous n'aurions plus assez de palais de justice...

  • Par adroitetoutemaintenant - 25/09/2018 - 10:01 - Signaler un abus Nier la Shoa n'est pas un crime en Israël !

    La raison en est que la liberté d'expression prime tout. On y considère que quelqu'un qui nie la Shoa c'est parce qu'on ne lui a pas bien expliqué !

  • Par winnie - 25/09/2018 - 11:07 - Signaler un abus tres bonne analyse

    tout est dit dans l article. Bravo

  • Par Citoyen-libre - 25/09/2018 - 11:42 - Signaler un abus Excellente analyse

    Devrait mis au programme de seconde. Pour ne pas avoir des lecteurs et des électeurs naïfs.

  • Par xenophon - 25/09/2018 - 12:02 - Signaler un abus Et encore...

    Il ne faut pas oublier le rôle des chaines d'info en continu qui transforment toute anecdote désagréable en évènement majeur. On baigne dans le scandaleux, à les entendre! Et on s'étonne ensuite du pessimisme ambiant! Et on finit par exiger la censure qui conduit progressivement à la pensée unique véhiculée par ces médias et, par réaction, au populisme qui , en soi, est démocratique mais conduit progressivement à l'amputation des libertés. Cfrt Maduro, Erdogan...

  • Par Anouman - 25/09/2018 - 19:05 - Signaler un abus Bonne analyse

    Pour une fois je suis d'accord avec Vergely. Au lieu de s'indigner à tout va les gens feraient mieux de réfléchir à la façon dont on les manipule.

  • Par Liberte5 - 25/09/2018 - 22:20 - Signaler un abus Excellent et bien adapté à la France.

    Les minorités finissent par avoir plus de pouvoir que des majorités.

  • Par Anguerrand - 26/09/2018 - 11:12 - Signaler un abus Nous ne sommes plus en démocratie

    Zemmour interdit d’antenne. Décidément Macron fait tout pour nous ruiner et faire accepter l’immigration malgré les mensonges officiels. Immigration ( 20 % ) de musulmans chiffre 2017, la Charia n’est plus très loin . Affaires Benalla comme Mazarine du temps de Mitterrand, etc

  • Par ISABLEUE - 26/09/2018 - 11:55 - Signaler un abus EVIDEMMENT

    SOUTIEN TOTAL A ERIC ZEMMOUR

  • Par cloette - 26/09/2018 - 16:52 - Signaler un abus détournement

    Tout est détourné de nos jours, on passe son temps à décrypter . Soutien total à Eric Zemmour qui est ( presque) aujourd'hui un Saint des médias .

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Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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