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Victoire des Kurdes : Kobané est-il le Stalingrad de l'Etat islamique ?

La défaite des djihadistes à Kobané s'inscrit dans un contexte général de recul de l'Etat islamique. La victoire des troupes kurdes qui ont défendu jusqu'au bout cette ville sonne, en apparence du moins, comme un moment-clé du conflit.

Le grand retournement

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Victoire des Kurdes : Kobané est-il le Stalingrad de l'Etat islamique ?

La victoire des Kurdes à Kobané pourrait être un moment--clé du conflit. Crédit Reuters

Atlantico :  Les troupes de l'Etat islamique reculent à Kobané et auraient même quasiment perdu la bataille, avec des pertes d'environ un millier de djihadistes. La prise éventuelle de Kobané était évoquée comme un enjeu majeur, un "Stalingrad" de la guerre contre EI. La défaite des djihadistes marque-t-elle un tournant ? Quel parallèle peut-on faire justement avec la célèbre bataille de la Seconde Guerre mondiale ?

Alain Rodier : Comme d'habitude, il faut raison garder. Kobané n'est pas Stalingrad, qui a vu la mort de plus d'un million d'hommes. De plus, cette ville ne revêt pas un intérêt stratégique pour les deux parties. Par contre, le symbole est très fort car c'est le premier endroit où Daech s'est cassé les dents dans sa logique de conquête.

Ce n'est pas le seul. Ni Bagdad ni le Kurdistan irakien ne sont tombés. A la fin janvier, les milices chiites irakiennes épaulées directement par Téhéran ont chassé Daech de la province de Diyala située au nord-est de Bagad. Les Iraniens avaient déclaré qu'ils ne laisseraient pas les salafistes djihadistes arriver trop près de leur frontière. Ils ont payé le prix pour cela mais c'est un succès et, eux, ils sont intervenus au sol (et dans les airs). Certes, ce ne sont théoriquement que des "conseillers", mais ils ont perdu un officier général le 28 décembre en Irak et quatre en Syrie (plus un tué le 18 janvier par les Israéliens au niveau du plateau du Golan), ce qui fait un total de six généraux iraniens tués depuis le début de la rébellion syrienne, tous membres des pasdaran. Quand le nombre de généraux tués est si important, on peut imaginer que leurs subalternes n'ont pas été épargnés non plus.

Comment expliquer cette défaite militaire des djihadistes face à des Kurdes qui leur étaient a priori inférieurs en nombre et en puissance de feu ? L'appui des frappes aériennes occidentales, critiquées au début comme étant peu efficaces, a-t-il été déterminant ?

Il est vrai que le rapport de forces n'était pas favorable au départ aux Kurdes. Les frappes aériennes de la coalition ont été déterminantes pour : primo, stopper la progression des unités de Daech qui ne pouvaient plus manœuvrer librement, tout regroupement étant bombardé systématiquement ; secundo pour apporter un appui-feu air-sol décisif dans les affrontements. Les Kurdes ont reçu, petit à petit, des renforts terrestres et des approvisionnements aéro-largués qui leur ont permis de consolider leurs positions. S'est ensuivis une guerre de positions où Daech n'était plus en mesure de progresser notablement. Cela s'est transformé peu à peu en une guerre d'usure dans laquelle Daech n'avait pas le dessus car ses convois d'approvisionnement étaient pris à partie par l'aviation de la coalition.

L'Etat islamique a été "lâché" en septembre dernier par l'Arabie saoudite, qui avait contribué financièrement à son essor. N'était-ce pas là le vrai tournant, dont la défaite de Kobané ne serait que la conséquence ?

Les financements de Daech restent obscurs. Ce qui est certain, c'est qu'aucun Etat ne soutenait plus ce mouvement considéré comme un danger vital par tous. Sa fortune s'est progressivement amoindrie, les butins obtenus par des rançons, les pillages de banques, l'exploitation des ressources pétrochimiques et des taxes imposées à la population ne suffisant plus à faire fonctionner la machine. Non seulement Daech doit financer ses efforts de guerre (achat d'armements et de munitions, paye de ses combattants), mais il doit aussi faire vivre son "Etat" composé de près de huit millions de personnes. Ses financements issus des ressources pétrochimiques sont sérieusement handicapés par les frappes aériennes ainsi que par le manque de techniciens compétents et de pièces de rechange. Ce qui lui reste suffit à peine à approvisionner ses propres troupes et à faire marcher tant bien que mal l'économie de son "Etat".

 
Commentaires

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  • Par vangog - 28/01/2015 - 11:40 - Signaler un abus Oui, un revers! Attendons la suite...

    Mais, sur le plan politique, l'EI est mort, car il a perdu les soutiens d'Arabie saoudite. Mais subsistent les soutiens indirects de la Turquie, du Yémen et du Qatar...ça fait encore beaucoup. Si l'UE avait des cojones, elle imposerait un embargo à ces pays et le problème daesh serait résolu en quelques mois...mais, problème d'hormones européennes...

  • Par Pigeon Vole - 28/01/2015 - 13:33 - Signaler un abus Assad

    Oppositoon moderee soutenue par les Freres Musulmana, Front Islamique par l'Arabie Saoudite. Et si le moindre mal s'appelait Assad?

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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