Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 17 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Le spin, cette fâcheuse tendance de la recherche clinique à utiliser les résultats scientifiques de manière erronée

Entre erreurs, manque d'indépendance, idélogie et incompréhension, l'utilisation d'études scientifiques n'est souvent pas neutre, et il faut savoir dénicher les "spins", ces études qui tournent en faveur des objectifs de celui qui la mène ou finance.

Effet d'optique

Publié le
Le spin, cette fâcheuse tendance de la recherche clinique à utiliser les résultats scientifiques de manière erronée

Atlantico : Qu'est-ce que le "spin" et pourquoi peut-il constituer de vrais problèmes aujourd'hui pour le monde scientifique ?

Guy-André Pelouze : Derrière l’anglicisme une question vieille comme le monde: comment embellir, améliorer les choses et les rendre plus favorables à mes intérêts? Le “spin”, les “spin studies” c’est une présentation biaisée d’études scientifiques, visant à s'assurer que le public considère les choses favorablement. C’est ni plus ni moins de la propagande dans les relations publiques, les médias. Mais c’est aussi de la part des scientifiques se livrer à des pratiques de présentation spécifique des résultats qui faussent leur interprétation et induisent les lecteurs en erreur afin que les résultats soient considérés comme plus favorables.

On peut alors parler de manipulation du public scientifiques compris. Mais il ne saurait y avoir de frontière parfaite entre les études sérieuses et les études biaisées. Établir, dans un article scientifique que les auteurs présentent une surinterprétation des résultats n’est pas neutre et peut être subjectif. Autrement dit, s’agissant des résultats des études biomédicales, il faut ajouter à l’incertitude réelle liée au protocole expérimental l’incertitude liée à la tricherie possible dans l’expérience ou bien dans son interprétation. G. Akerlof avait déjà pointé cette question d’une grande importance aussi sur le plan économique dans son article célèbre “The market of lemons”

Il y a principalement deux conséquences pour la recherche biomédicale. La première concerne la médecine et les patients. La recherche en biologie est très orientée vers les applications médicales. Il est de la plus haute importance de disposer de résultats fiables pour éviter les effets indésirables des médicaments comme des implants ou des procédures interventionnelles. Qu’il s’agisse de précision du diagnostic ou bien d’efficacité des traitements, cela peut conduire à une application inappropriée des tests, des interventions et peut nuire aux patients et augmenter de façon inutile les coûts des soins.

La deuxième concerne l’allocation des ressources. Le financement de la recherche est basé sur des paris successifs. Pour ne pas gaspiller la ressource il convient que les données soient fiables et que le choix d’accorder une subvention soit ainsi le plus approprié possible. 

Quels sont les raisons qui peuvent expliquer la multiplication des erreurs de ce type depuis quelques années ?

 
Soyons clair pour nos lecteurs le spin n’est pas une erreur, c’est un processus intentionnel car au final les auteurs d’un article endossent la responsabilité de chaque mot. Comme toujours en médecine la première raison pour laquelle le “spin” est plus fréquent c’est d’abord qu’on le détecte beaucoup mieux. Les processus de révision par des pairs, l’accès à des données non falsifiables grâce à numérisation à la source, la reproduction des expériences et d’autres facteurs font que les “spins” sont détectés plus souvent. Il n’y a pas à ma connaissance d’étude qui ait établi que la fréquence réelle a augmenté. Pour autant stricto sensu cette fréquence est élevée, plus de 50% des articles scientifiques à l’exclusion des essais randomisés contiennent au moins un spin.
 
 

Quelles sont les solutions pour éviter de voir ce genre de fausses études ou fausses analyses se multiplier ?

Vaste question. Tout d’abord il faut distinguer les fausses études qui sont éliminées très facilement par les comités de lecture des journaux scientifiques et les “spin studies” qui sont des articles où existent un ou plusieurs biais. Ensuite il faut souligner que les initiatives dans ce domaine doivent préserver la recherche et sa liberté car dans le cas inverse ce serait une grande régression avec des conséquences désastreuses. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par J'accuse - 26/09/2017 - 11:45 - Signaler un abus Cholestérol

    Il faut parler de la manipulation mondiale (spin majeur) depuis des décennies sur le cholestérol. Il ne provoque pas d'infarctus et n'est pas d'origine alimentaire, et pourtant on continue à prescrire des statines au mieux inutiles et souvent nuisibles, et à vendre une infecte mixture chimique appelée margarine à la place du beurre, qui est très sain, très naturel, sans danger, et en plus très bon au goût.

  • Par Anouman - 26/09/2017 - 13:36 - Signaler un abus Etude

    C'est la première chose qu'on apprend en statistique: corrélation ne signifie pas causalité. Mais apparemment la confusion est permanente, surtout chez les décideurs politiques.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€