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Les scientifiques découvrent une raison effrayante supplémentaire de redouter l’impact de la pollution sur notre santé

Une étude publiée dans le magazine The Lancet Planetary Health a mis en évidence le lien possible entre la pollution de l'air et l'apparition du diabète de type 2.

Nouveau danger

Publié le - Mis à jour le 9 Juillet 2018
Les scientifiques découvrent une raison effrayante supplémentaire de redouter l’impact de la pollution sur notre santé

 Crédit FRED DUFOUR / AFP

Atlantico : Une grande étude publiée dans le magazine The Lancet Planetary Health sur le diabète et menée auprès d'un échantillon de 1,7 millions d'américains sur une durée moyenne de 8,5 ans a mis en évidence le lien possible entre la pollution de l'air et l'apparition du diabète de type 2. Selon l'étude et les données récoltées auprès de l'EPA et de la NASA, rien qu'en 2016, la pollution de l'air serait responsable de l'apparition de 14 % des cas de diabète. Comment expliquer cette corrélation entre cette maladie et la pollution de l'air ?

Stéphane Gayet : La pollution de l'air est une nébuleuse complexe. La pollution atmosphérique est la présence dans l'air extérieur d'un mélange de gaz nocifs, de particules délétères (nuisibles à la santé) et de brouillards (phase liquide) également néfastes. Les particules (phases solide et liquide) se trouvent en suspension plus ou moins durable et finissent par sédimenter. Les gaz polluants sont nombreux : les plus nocifs sont le monoxyde de carbone (CO), l’ozone (O3), le dioxyde d’azote (NO2) et le dioxyde de soufre (SO2). Les particules sont des éléments microscopiques, ayant un diamètre de l'ordre du micromètre (ou micron : un millième de millimètre), solides ou liquides, en suspension dans l’air. On les désigne en anglais par l'expression particulate matter (PM : matières particulaires). On distingue trois tailles de PM : les PM1, particules ultrafines (diamètre moyen ou DM inférieur ou égal au micron) ; les PM2,5, particules fines (DM inférieur ou égal à 2,5 microns) ; les PM10, également appelées particules fines (DM inférieur ou égal à 10 microns). La durée de persistance dans l'air de ces particules varie de quelques jours pour les PM10 et les PM2,5, à quelques semaines pour les PM1. Cette pollution de l’air a des effets néfastes sur la santé même à des concentrations assez faibles. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu'elle est en cause dans au moins deux millions de décès prématurés par an dans le Monde. Cette pollution, d'une part favorise la survenue de certaines maladies, d'autre part aggrave des maladies en cours. Lors des pics de pollution, il survient une augmentation significative du nombre d'hospitalisations pour affection cardiaque ou pulmonaire. Mais on a aussi montré une répercussion sur la grossesse avec un risque plus élevé de faible poids.

Concernant le rôle de la pollution de l'air sur l'apparition du diabète de type 2, il a longtemps été essentiellement question d'effets délétères de la pollution de l'air sur l'appareil respiratoire, sur l'appareil cardio-vasculaire et sur la grossesse. Mais comment expliquer son impact sur le diabète de type 2 ? Les polluants en cause semblent être le dioxyde d'azote (NO2), les particules fines PM2,5 et probablement aussi l'ozone (O3). Ces trois types de polluant agissent bien sûr différemment, mais, s'agissant d'une pollution aérienne, la porte d'entrée des différents éléments (délétères ou non) est de toute façon constituée par les poumons. Certes, les cellules des alvéoles pulmonaires (les pneumocytes) et la membrane alvéolo-capillaire exercent un rôle filtrant sur les éléments indésirables qui parviennent jusqu'aux alvéoles, mais cette filtration est souvent dépassée. L'agression alvéolaire exercée par ces polluants conduirait à la production de dérivés réactifs toxiques, libérés ensuite dans la circulation sanguine systémique (générale). Ces dérivés réactifs toxiques (radicaux libres…) diffuseraient dans le corps entier et se comporteraient comme des médiateurs chimiques à l'origine de ce qu'il est convenu d'appeler un "stress cellulaire oxydant". Il en résulterait une inflammation des tissus les plus sensibles. L'atteinte des muscles dits squelettiques (muscles rouges striés : les muscles de notre tronc et de nos membres) serait à l'origine d'une diminution de l'entrée du glucose dans leurs cellules (phénomène dit "d'insulinorésistance"). Or, le muscle squelettique est le principal tissu utilisant le glucose en réponse à l’insuline : on considère que l’apparition d’une insulinorésistance musculaire est un facteur clef dans le processus pathologique conduisant au développement du diabète de type 2. Force est d'admettre que cette expression de "stress cellulaire oxydant" est une sorte de bouteille à l'encre : ce processus ubiquitaire, permanent et insidieux est évoqué pour expliquer beaucoup de troubles biologiques. Il semble bien être un phénomène biologique de société, rançon de notre développement industriel. Nous n'en avons pas fini avec lui, en attendant de mettre en lumière un autre processus cellulaire pathologique.

 
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  • Par adroitetoutemaintenant - 07/07/2018 - 12:48 - Signaler un abus Anomalies génétiques à expression faible

    Quand une anomalie génétique est à faible expression, tous les facteurs environnementaux deviennent « importants ». Une des premières corrélations sur le diabète a été son augmentation parallèle avec la fréquentation du canal du Panama ! Ces corrélations ne sont pas des preuves. Elles sont des épiphénomènes. Ces épiphénomènes prennent souvent trop d’importance. Le plus amusant se produit en soins intensifs où une montée de température entraine l’administration d’antibiotiques pour une infection possible alors qu’une infection n’est que la troisième cause d’une montée de température (fièvre). Les deux premières causes ne nécessitent pas d’antibiotiques. Alors si on demande à un écologiste on a une très grande probabilité d’avoir une bêtise.

  • Par Stéphane Gayet - 07/07/2018 - 14:04 - Signaler un abus Corrélation n'est pas relation de cause à effet

    En effet, une corrélation n'est pas une relation de cause à effet. Elle peut être la traduction d'une telle relation, ou pas. Dans l'étude citée en objet, les auteurs (article scientifique de 12 pages publié dans "The Lancet" il y a quelques jours) affirment avoir montré une relation de cause à effet entre une concentration aérienne excessive en PM2,5 et la survenue d'un diabète de type 2. Évidemment, ils peuvent se tromper. Mais d'autres études épidémiologiques publiées il y a quelques années aboutissaient à une conclusion semblable. Nous verrons. Une chose est certaine, c'est que l'explication physiopathologique demande à être approfondie.

  • Par pierre de robion - 07/07/2018 - 23:00 - Signaler un abus Mourir de ça ou d'autre chose!

    J'ai même lu que l'oxygène était un poison mortel générateur de cancers car il favorisent la production de radicaux libres, ces tueurs de cellules! Alors arr^tons de respirer!

  • Par Stéphane Gayet - 08/07/2018 - 12:55 - Signaler un abus Tout ne peut quand même pas être toxique

    Il est vrai que beaucoup de substances peuvent se révéler toxiques. Même le CO2 - qui est pourtant un gaz produit physiologiquement par la respiration des êtres aérobies comme l'homme - est aujourd'hui considéré comme un vrai polluant aérien. Mais l'oxygène ne peut pas être considéré comme tel puisqu'il est indispensable à la vie. A moins bien sûr qu'il ne se trouve en quantité et en pression très excessives (hyperoxie) ou bien qu'il ne soit dégradé en oxygène singulet qui est un radical libre toxique. Mais ce sont là des situations vraiment très particulières.

  • Par Stéphane Gayet - 08/07/2018 - 14:19 - Signaler un abus Les moteurs diesel s'avèrent bien plus nocifs que ceux à essence

    Le choix qu'a fait la France de favoriser les moteurs diesel depuis plusieurs décennies se révèle à la longue lourd de conséquences. Certes, le moteur diesel émet moins de CO2 et de CO que le moteur essence, mais il émet beaucoup plus de NO2 et de particules fines. Or, les gaz sont volatiles, diffusibles et fongibles, alors que les particules fines restent en suspension dans l'air avant de sédimenter. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) de ces particules fines se révèlent être de redoutables poisons biologiques, hélas.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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