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Les Russes menacent de couper le gaz : qui en Europe doit vraiment en avoir peur

Dans son rapport à l’Ukraine et plus largement à l’Union européenne, Moscou met en œuvre une "grande stratégie" qui combine pressions diplomatiques, propagande, force armée et chantage énergétique.

Arme de négociation

Publié le - Mis à jour le 30 Octobre 2014
Les Russes menacent de couper le gaz : qui en Europe doit vraiment en avoir peur

Les Russes menacent de couper le gaz Crédit Reuters

  1. Atlantico : Alors que la Russie et l'Ukraine avaient conclu un accord provisoire sur la livraison de gaz en marge du sommet de l'Asem (Asia-Europe Meeting ou dialogue Asie Europe), ce dernier sera remis sur la table mercredi 29 octobre, dans un contexte où les affrontements entre pro-russes et pro-occidentaux ont toujours lieu. Comment définir le rôle des exportations énergétiques dans des négociations qui concernent des enjeux politiques ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : Il faut être précis sur le contexte et se défier des fausses symétries. L’Etat ukrainien n’est pas déchiré par une guerre civile entre "pro-russes" et "pro-occidentaux" mais il est l’objet d’une "guerre couverte", c’est-à-dire d’une guerre par procuration, conduite par le Kremlin. Pris en main et équipés par Moscou, les groupes paramilitaires dits "pro-russes" n’ont pu soulever l’Est ukrainien et, en juin et juillet 2014, ils ont cédé du terrain à l’armée ukrainienne. Aussi Moscou a décidé d’une intervention militaire directe, au cours du mois d’août, afin de préserver les positions initialement acquises par les paramilitaires.

Dans son rapport à l’Ukraine et plus largement à l’UE (Union européenne), Moscou met en œuvre une "grande stratégie" qui combine pressions diplomatiques, propagande, force armée et chantage énergétique. En effet, les exportations énergétiques russes ne relèvent pas du simple business mais elles sont utilisées comme un outil de puissance et de coercition, en corrélation avec d’autres instruments, pour atteindre les objectifs politiques fixés au Kremlin : gêner voire empêcher le retournement géopolitique de l’Ukraine vers l’UE ; à plus long terme, reprendre le contrôle du processus politique ukrainien. 

Les négociations entre Moscou et Kiev sur l’énergie ne relèvent donc pas d’une simple approche économique et d’un marchandage visant à maximiser ses intérêts commerciaux. Les discussions sur les volumes de gaz importés par Kiev, le prix du mètre cube, l’évaluation de la dette ukrainienne vis-à-vis de Gazprom et son remboursement s’inscrivent dans un conflit géopolitique plus large qui doit être analysé selon différents ordres de grandeur. Quand Moscou veut donner corps à l’idée d’un "étranger proche", consolider ses acquis sur le territoire ukrainien (rattachement manu militari de la Crimée et invasion d’une partie du Donbass) et reprendre le contrôle à tout le moins indirect de l’Ukraine, Kiev lutte pour sa souveraineté et son intégrité territoriale. Le niveau des enjeux permet de comprendre le caractère laborieux des négociations russo-ukrainiennes sur l’énergie : un éventuel accord ne serait que partiel, provisoire et,in fine, précaire.

  1. En 2009 déjà, Vladimir Poutine avait fait du gaz russe une arme de négociation en coupant les exportations à destination de l'Union européenne et qui transitaient par l'Ukraine pendant deux semaines. La Slovaquie avait décrété l'Etat d'urgence, la Bulgarie et l'Allemagne avaient dû fermer un nombre important d'usines pour pallier aux manques. Ces pays sont-ils toujours aussi dépendants au gaz russe ?

D’une manière générale, les PECO (Pays d’Europe centrale et orientale) sont très dépendants vis-à-vis des exportations énergétiques russes. C’est là une retombée de la situation qui prévalait encore il y a quelque vingt-cinq ans : leur satellisation par l’URSS et leur appartenance au bloc soviétique (Pacte de Varsovie et COMECON) : les infrastructures énergétiques (oléoducs et gazoducs) ont été construites dans ce contexte géopolitique. Dans le cas de la République fédérale d’Allemagne, l’importation de gaz russe était une composante de l’Ostpolitik mise en œuvre pour consolider la détente Est-Ouest et instaurer les conditions préalables à la réunification (voir l’accord "gaz contre tuyaux" des années 1970 et la construction du gazoduc euro-sibérien avec des technologies allemandes dans les années 1980).  Notons à ce propos que ce n’est pas la détente et la convergence des systèmes qui ont permis la réunification de l’Allemagne mais une longue stratégie de containment de l’URSS, renforcée et musclée sous Reagan, et les effets découlant des contradictions internes au communisme.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 30/10/2014 - 00:45 - Signaler un abus Le post précédent prouve que les Russes ont fait fonctionner

    avec succès leur machine à enfumer certains naïfs et naïves occidentales! Le mur de la honte socialiste a beau être tombé, tout le réseau dormant de stay-Behind et de médias noyautés par l'ours russe au moment de la guerre froide, prouve qu'il peut être réactivé à tout moment pour manipuler les gogos...

  • Par Hugues001001 - 30/10/2014 - 14:08 - Signaler un abus @Capucine61

    Le président Obama qui veut diriger le monde. Ma pauvre. Quelle fine analyse tiens ! Les Russes ils sont gentils, et les Américains ils sont méchants. En gros, ça se résume à ça dans votre esprit. "Poutine ne voulait que récupérer des territoires qui appartenaient..." Bah oui tiens. Il ne vous a pas échappé éventuellement qu'il existe quelque chose qu'on appelle le droit international, avec des règles et des principes à respecter, et que n'importe quel apprenti dictateur ou décorateur ne peut pas, comme ça, du jour au lendemain, décider d'accaparer tel ou tel territoire selon son bon vouloir. Parce qu'avec des idées comme les vôtres, l'Espagne pourrait attaquer toute l'Amérique du Sud; l'Allemagne envahir la Tchéquie pour récupérer les Sudètes, la Pologne pour récupérer l'ouest du pays et la Russie pour récupérer la Prusse orientale. Tiens oui d'ailleurs, quelle bonne idée: l'enclave de Kaliningrad était allemande jusqu'en 1945. Pourquoi la Russie la conserve-t-elle ?

  • Par Cerisier - 30/10/2014 - 16:07 - Signaler un abus USA - Russie

    Je suis un atlantiste convaincu, un louangeur des USA, un admirateur de leur constitution, je leur sais gré de nous avoir sauvé la vie 2 fois au 20ème siècle et je suis un chien d'anticommuniste, MAIS l'avenir géostratégique de l'Europe, la page du 20ème siècle étant maintenant tournée, c'est la Russie. Depuis 1991 on la maltraite, on la méprise, on la néglige, on la ridiculise (et aussi ses dirigeants), c'est une erreur et nous suivons les USA dans cette stratégie qui ne sert que leurs intérêts et pas les nôtres. L'excuse d'y faire avancer plus vite la démocratie est nulle, c'est bien sûr, comme toujours dans ce genre de situation, totalement contre-productif. Nous allons bientôt commencer à payer 25 ans d'erreurs diplomatiques, cela passera-t-il par une pénurie de gaz ?

  • Par assougoudrel - 30/10/2014 - 18:00 - Signaler un abus Tous les ans, à la veille de

    l'hiver, en France, on augmente honteusement le gaz, le fuel et l'électricité. Ce n'est pas du chantage, mais de l'arnaque pur et simple. On est pris en otage, car on a besoin de se chauffer. Pour ceux qui ne peuvent pas payer, nous sommes là. Au mois de mai, les journalistes nous disent: "voyez comme vous avez de la chance, on vous baisse le gaz de 0,5%", alors que l'augmentation a été de 8%. Balayons devant notre porte. Poutine, avec raison, leur pisse dessus en long, en large et en diagonale. Il y a quelques mois, j'avais écrit que pendant l'hiver pour les ukrainiens: "perception du marteau pour casser la glace qui se serait formée sous les bijoux de famille, ainsi que pour les miches". Je ne m'étais pas trompé. Il est où Obama? Notre Gros Nain qui a pour devise: "moi, Hollande, je glande"? Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, bien que le notre, généreux avec l'argent du contribuable, est capable de leur donner un petit milliard d'euros.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie et chercheur à l'Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

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