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Ce que le G20 devrait enfin envisager pour atteindre son objectif de sauver le libre-échange

Les vices comparés du libre-échange et du protectionnisme alimentent la littérature depuis quelques siècles et se polarisent autour de deux questions.

Mise en cohérence

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Ce que le G20 devrait enfin envisager pour atteindre son objectif de sauver le libre-échange

Atlantico : Dans un contexte de tensions internationales autour de la question du libre-échange, notamment en raison des décisions prises par l'administration américaine, Allemagne et Argentine se retrouvent au G20 pour porter la contre-offensive et promouvoir les bienfaits du commerce mondial. Dans les circonstances actuelles, que peuvent véritablement faire les dirigeants pour continuer de promouvoir le libre-échange ?

Jean-Marc Siroën : La question urgente n’est pas de promouvoir les bienfaits du commerce mondial mais de montrer les dangers d’une guerre commerciale ce qui n’est pas exactement la même chose. Aucun pays ne croit, comme Trump dans son tweet, que "Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner".

Si des pays, comme l’Argentine, ou l’Inde, présents au G7, ne sont pas très crédibles dans la défense du libre-échange car ils sont eux-mêmes parmi les plus protectionnistes du Monde, ils n’en redoutent pas moins la guerre commerciale. Tous craignent que les mesures protectionnistes américaines déclenchent des représailles qui leur fermeraient des marchés. Si pour riposter aux mesures américaines sur l’acier, l’Union européenne décidait d’utiliser une clause de sauvegarde pour augmenter ses tarifs, ce ne sont pas seulement les Américains qui seraient pénalisés mais tous les exportateurs d’acier tentés de prendre alors des mesures de représailles contre l’Union Européenne et ainsi de suite…

La hausse des droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium est moins importante pour ce qu’elle est que pour ce qu’elle révèle. En effet, beaucoup de pays utilisent depuis longtemps des surtaxes à l’importation pour protéger des secteurs menacés par les importations. Mais ils le font dans le respect des règles de l’OMC et, lorsqu’ils s’en affranchissent, s’exposent à une plainte et à des sanctions commerciales. C’est justement ce qui a permis d’éviter les guerres commerciales et c’est aussi ce que les Etats-Unis remettent en cause en ne se référant qu’à des lois américaines oubliées plutôt qu’à la loi internationale. En toute cohérence, ils mettent simultanément des bâtons dans les roues de l’OMC en refusant la nomination de nouveaux juges justement chargés d’arbitrer les conflits. Aujourd’hui, les Etats-Unis veulent affaiblir, voire achever, le système de coopération internationale qu’ils avaient eux-mêmes porté après la seconde guerre mondiale. Ainsi, le débat est aujourd’hui moins entre le libre-échange et le protectionnisme qu’entre l’unilatéralisme d’avant-guerre et le multilatéralisme d’après-guerre.

Quels sont les vices actuels du libre-échange qui mériteraient d'être corrigés ? De quelle manière ?

Depuis trois-quarts de siècle, le Monde s’est ouvert en démantelant très progressivement les barrières mises en place dans les années 1930. Mais on aurait tort de croire que le libre-échange a triomphé. De nombreux secteurs restent protégés par différentes barrières, tarifaires, non tarifaires, règlementaires, subventions, etc. Ainsi, l’agriculture, l’énergie, les marchés publics, beaucoup de services, n’obéissent pas vraiment aux règles du libre-échange.

 
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  • Par ajm - 20/03/2018 - 22:48 - Signaler un abus Le cas Chinois

    Discours irenique en décalage avec la réalité. La réalité ce n'est pas Trump, c'est une Chine qui oriente à sa guise les importations et les implantations étrangères chez elles, dont les exportations continuent d'exploser ( voir les chiffres de janvier et février 2018 qui dépassent toutes les prévisions) et de tirer sa croissance au détriment de sa consommation interne. Un libre-échange qui ne résume à un mercantilisme orienté au profit d'un géant qui ne conçoit les rapports avec les autres que déséquilibrés et organisés en fonction de ses seuls objectifs ne peut durer. Le danger de jeter le bébé avec l'eau du bain est réel car le cycle des représailles risque d'aller très loin entre Trump et l'autocrate Chinois.

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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