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Puisque la France est incapable de présenter un budget de la nation sincère, quitte à tricher, comment le faire intelligemment

Le budget 2015 sera présenté mercredi en Conseil des ministres. Sauf surprise, il devrait se fonder sur une hypothèse de croissance très optimiste et une baisse des dépenses surévaluée. Comme chaque année. De quoi repousser certaines mauvaises nouvelles au traditionnel projet de loi de finances rectificatives...

Petits arrangements

Publié le - Mis à jour le 3 Octobre 2014
Puisque la France est incapable de présenter un budget de la nation sincère, quitte à tricher, comment le faire intelligemment

Huile sur toile "Les tricheurs" du peintre Le Caravage (1594-1595). Crédit wikipédia

Atlantico : Le budget 2015 s'annonce comme l'un des plus difficiles à boucler que la France ait connu. L'insincérité budgétaire semble devenue la norme pour des gouvernements qui enchaînent sans faiblir, avec une précision horlogère, loi de finances et loi de finances rectificatives. Comment faire la part des choses entre ce qui, parmi les causes de cette maladie chronique, relève des difficultés à prédire la croissance et ce qui relève de la mauvaise habitude ?

Jean-Luc Bœuf : Pour la France, la préparation des lois de finance ressemble chaque année au jeu du chat et de la souris, où le chat pourrait être l’Europe et la France la souris. Il y a du côté du gouvernement la volonté de toujours maximiser les recettes et minimiser les coûts.

Quand on maximise les recettes, on connait bien l’impact de, par exemple, 0,1% de croissance. Tout le monde – les analystes de l’OCDE, du gouvernement français et de la Commission européenne – sait qu’il y a une différence de plusieurs milliards d’euros lorsqu’on annonce 0,4 ou 0,5% de croissance. Qui dit plus de croissance, dit plus de rentrées fiscales. Tous les gouvernements jouent à ce jeu depuis que l’on dispose de statistiques dans ce domaine.

Il y a aussi certains chiffres que la France ne maîtrise pas mais qui ont un impact sur son budget. Les deux principaux sont le montant des taux d’intérêts et le prix du baril de pétrole. Le dernier élément qui n’est pas complétement maitrisé est l’inflation.

La France est le seul pays de l’OCDE – je dis bien le seul – à ne pas avoir présenté depuis 1979 d’excédent budgétaire. Ca pose un soucis. Ca veut dire qu’il y a un vrai souci de crédibilité de l’image de la France envers les institutions qui nous regardent. On peut penser que cette crédibilité n’est pas encore complètement entamée, car on trouve toujours preneur de notre dette à des taux moindre que l’année d’avant.

On est dans un cercle qui va devenir très coûteux au moindre retournement de conjoncture. Un retournement brutal des taux d’intérêts se chiffrerait en dizaines de milliards d’euros pour le gouvernement.

Jean-Michel Rocchi : Les « bobards » de la gauche au pouvoir : le gouvernement aurait instauré dans l’hexagone une  pseudo discipline budgétaire (largement relayé par des médias publics assez serviles)  en tout cas cela ne se voit pas dans les chiffres. La dette augmente sans cesse, tout au plus le rythme de la hausse semble un peu plus maitrisé.

Il y a-t-il une part de vérité dans ce que disent les gens de la gauche de la gauche ? Ce qui est vrai : il y a une pression sur le pouvoir d’achat des ménages (après une baisse historique de – 0,9% en 2012 en 2003 s’est opéré un très léger rebond de + 0,3% en année pleine qui comprend néanmoins  un 2e semestre en négatif de – 0,2%). Il est probable que le pouvoir d’achat des ménages baissera donc encore en 2014. Ce qu’ils oublient de dire : la baisse du PIB par habitant en France en 2013. Quand toute la société s’appauvrit, toutes les classes sociales s’appauvrissent, il n’y a pas de magie possible.

La France a décroché en 2013 et fait partie des pays européens en difficultés, la situation s’aggrave en 2014.

Le gouvernement s'est étonné cette année de voir ses recettes fiscales moins importantes que prévues. Au-delà des effets d'évitement liés à l'accroissement de la pression fiscale, comment expliquer cette tendance à toujours surévaluer les recettes ?

Jean-Luc Bœuf : Si vous surévaluez les recettes, vous engrangez quelques milliards d’euros supplémentaires qui vont diminuer le déficit apparaît. Si vous annoncez une croissance de 0,5 au lieu de 0,4, vous gagnez quasiment 2 à 3 milliards d’euros de recette sur la TVA et l’impôt sur le revenu. Tout gouvernement a intérêt à majorer ses recettes, et donc la croissance.

Le gain d’image marche toujours. Est-ce de la cécité, de l’aveuglement ? Est-ce qu’il y a une volonté de bienveillance des statisticiens nationaux ou du contribuable, qui veut toujours y croire à un moment donné ? Ou de l’Europe qui sait bien qu’elle joue un jeu complexe avec la France ? Prenons l’exemple de la nomination d’un Français au poste de commissaire européen de l’économie. En apparence, c’est un cocorico français ; en réalité c’est un camouflet phénoménal pour la France, car ledit commissaire est encadré par deux vice-présidents de la commission.

Comment l’Allemagne peut-elle faire confiance à ce partenaire ? Les deux moteurs de l’Union européenne sont la France et l’Allemagne – un 6 cylindres pour la berline allemande et un 3 cylindre pour la française. Il y a donc une volonté de la part de l’Allemagne de sauvegarder son partenaire tout en étant conscient des faits…

Jean-Michel Rocchi : Revenons sur les effets d’évitements, le taux d’impôt à un impact direct sur l’assiette fiscale. C’est un phénomène connu des économistes depuis plus de 3 000 ans. Les prélèvements obligatoires excessifs, c’est l’histoire de la poule aux œufs d’or de Jean de la Fontaine. D’ailleurs, de Jules Dupuit à Arthur Laffer, les économistes ont démontré depuis longtemps que « trop d’impôt, tue l’impôt ». Rappelons aussi la célèbre formule de Karl Marx : « Il n’y a qu’une façon de tuer le capitalisme, des impôts, des impôts et toujours plus d’impôts ».

Dans la mesure ou les dépenses doivent être votées elles ne peuvent pas être la variable d'ajustement. Dès lors il suffit d'avoir des hypothèses macroéconomiques optimistes pour parvenir à avoir des recettes fiscales élevées car certains impôts sont très corrélés à l'activité économique (TVA, IS, TIPP) et d'autres moins (IRPP...), le déficit annoncé sera alors plus acceptable. Bien évidemment, les recettes ne seront pas au rendez-vous cela permet tout à la fois d'accuser la mauvaise conjoncture et de faire passer des hausse d'impôts dans un collectif budgétaire. La ficelle est grosse, la recette éculée et pourtant les hommes politiques nous refont le coup presque chaque année. 

La surévaluation des recettes est en théorie impossible en raison de l’existence de la Commission Economique de la Nation (28 membres en théorie indépendants). En l’absence d’indépendance réelle, son rôle semble formel car si elle auditionne, au final le gouvernement impose ses vues et ses chiffres (optimistes bien évidemment pour surévaluer les recettes). Il faut réformer cela et imposer la règle d’or de l’obligation de voter le budget à l’équilibre (avec des prévisions sincères bien sur). Des recettes surévaluées, c’est la certitude d’un collectif budgétaire : les mesures impopulaires seront donc annoncées en deux temps. Les budgets insincères doivent être analysés à l’aune de la lâcheté des hommes politiques et de leur volonté de prendre les français pour des sots.   

 
Commentaires

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  • Par vangog - 29/09/2014 - 06:33 - Signaler un abus La "grosse" Commission économique de la Nation...

    Encore un machin inutile créé par les UMPS pour pouvoir mentir et tricher en toute innocence...à évacuer très rapidement, lorsque le FN aura rendu son pouvoir au peuple...

  • Par Fojema - 29/09/2014 - 07:05 - Signaler un abus Budget de menteur !

    Puisque tout le monde le sait, pourquoi ce budget n'est-il pas censuré ? Si Sapin trafique ses chiffres, lui et ses complices, doivent être traînés en justice, la Cour des Comptes par exemple, voire plus. Il me semble, que partout, les budgets doivent être sincères et vérifiables (à défaut d'être véritables). Il y en a marre de ces magouillages à répétition. Il faut que les français et surtout les contribuables sachent et connaissent vraiment la situation économique, sociale du pays.

  • Par l'enclume - 29/09/2014 - 11:39 - Signaler un abus Mort de rire

    vangog - 29/09/2014 - 06:33 Toujours les mots pour rire, "redonner le pouvoir au peuple", lequel ? Il faut arrêter le LSD, ça détruit les neurones.

  • Par Anguerrand - 29/09/2014 - 21:39 - Signaler un abus À l'enclume

    Vous avez raison, vangog à un argument de poids " UMPS" , sorti de ça .....il se croit intellectuel et abuse de substance illicite à n'en pas douter. Le FN , pour lui est composé de personnes pures et que tout ira bien avec eux, de plus il se fait porte parole autoproclamé du FN. Ça lui fait du bien, mais son côté perroquet est bien connu par ceux qui le lisent, malheureusement il n'a pas bien appris correctement sa leçon frontiste et nous fait prendre ses rêves pour le programme socialo du FN.

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Jean-Luc Boeuf

Jean-Luc Bœuf est directeur général des services de la ville et de la communauté d’agglomération de Quimper. Il vient de publier Un seul lit pour deux rêves, la France et ses régions  et anime le site www.jean-luc-boeuf.fr

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Jean-Michel Rocchi

Jean-Michel Rocchi est professeur affilié de Finance à l’université Paris-Dauphine.

Il est auteur ou co-auteur de plus d’une dizaine d’ouvrages dédié à la finance. Il est notamment l'auteur de Les paradis fiscaux (Sefi, mai 2011) et de plsuieurs ouvrages sur les hedge funds.

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