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Pourquoi la fin des bourses au mérite est le signe d’une école qui ne veut plus jouer son rôle d’ascenseur social

"Remettre de l'égalité" : tel est le principal argument brandi par les défenseurs de la suppression des bourses au mérite officialisée cet été. Une décision qui a suscité la vive colère des boursiers et l'incompréhension de bon nombre de professeurs, témoignant encore davantage de la volonté du gouvernement de bâtir une école de la médiocrité.

La fin d'une époque

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Pourquoi la fin des bourses au mérite est le signe d’une école qui ne veut plus jouer son rôle d’ascenseur social

La suppression des bourses au mérite a été officialisée cet été. Crédit Reuters

Derrière les pieuses paroles de justification de cette suppression remplacée par une " redistribution au profit d'un plus grand nombre ", " pour remettre plus d'égalité dans le système d'accession aux études ", se cache une idéologie délétère et pas mal de contradictions.

Réservée aux bacheliers éligibles au vu de la situation financière de leur famille et ayant obtenu la mention " Très bien " au bac, la Bourse au mérite se cumulait avec les bourses ordinairement allouées à tout un chacun.

Elles étaient un peu les héritières de ces remises des prix de fin d'année que les élèves d'avant 1970 connaissaient bien, et plus généralement les héritières d'un système soit-disant " élitiste " dont sont issus nombre de gauchistes applaudissant cette décision et qui pourtant lui doivent beaucoup. Elitiste, sacralisé, parfois laminoir pour les élèves les plus fragiles, le système éducatif d'antan s'est pourtant déshabillé peu à peu de tout ce qui faisait sa spécificité. On y a aboli les punitions corporelles et la toute puissance de professeurs parfois sadiques, qui s'en plaindra ? Abolis aussi blouses, rigueur, autorité, vouvoiement parfois, pour instaurer un genre de creuset idéologique bienveillant, épanouissant, où l'expression de l'élève et la mise en situation de réussite sont devenus des dogmes incontournables... au point que le bon élève, éternel fayot, doit parfois se cacher pour exceller et attendre que les glandeurs et les dissipés se soient tus pour pouvoir commencer à écouter les professeurs. Avec des résultats que nous rappellent en permanence les enquêtes européennes, l'état du recrutement entrepreneurial, les jeunes qui sortent chaque année du système sans diplôme, mais aussi ceux qui ont réussi et qui ne souhaitent que partir vers d'autres horizons, hors de France, comme le montrent les dernières enquêtes sur les aspirations de nos jeunes diplômés les plus brillants.

" Remettre de l'égalité ", arguent les défenseurs de cette suppression, comme s'il fallait obligatoirement enlever cette bourse au mérite à quelques-uns, pour pouvoir donner un peu plus aux autres, afin d'économiser rien moins que des bouts de chandelles, dans un pays si riche qu'il se permet une guerre tous les six mois. Comme s'il fallait à tout prix laminer le peu d'excellence encore accessible aux classes les plus défavorisées, alors que d'autres enquêtes montrent que la situation sociale des parents reste un critère prépondérant dans la réussite scolaire.

Bien sûr, cela ne va pas changer la face du système éducatif, mais tient surtout du symbolique, du signal, parfaitement interprété par les étudiants concernés qui ne mâchent pas leurs mots : " Alors l'égalité est forcément dans la médiocrité et le glandeur est logé à la même enseigne que le plus assidu ". Exact. Mais là où le bat blesse, c'est qu'à gauche aussi on peut avoir une argumentation de soutien, au motif que cette bourse permettait à des élèves modestes de bénéficier ce que l'on a appelé " l'ascenseur social ", idée en d'autres temps chère à une autre gauche. Laquelle n'en est pas à une contradiction près quand le président envisage rien moins que de déplacer la fête nationale pour aller admirer au Brésil, l'élite du foot français, issue du système le plus élitiste et le plus primé au mérite qui soit, mais là bizarrement, ça ne choque pas la gauche…

Il reste la droite pour s'émouvoir de cette suppression, elle qu'on accuse de vouloir liquider l'école publique et d'instaurer un système de classe et de sélection par l'argent. Le peuple de gauche se perd actuellement en conjectures sur son adhésion ou pas à la politique menée par les ministres issus de son parti, la droite défend une mesure sociale destinée aux élèves des familles modestes, c'est à y perdre son latin. Effectivement, quand on n'envisage l'égalité qu'en replaçant le travailleur au niveau du fainéant, on risque à terme de se priver d'une forme d'excellence dont on attend pourtant qu'elle participe au rayonnement de la nation et on gaspille les compétences issues des couches sociales les plus modestes. Que cela se fasse sous un gouvernement de gauche avec la ministre que l'on connaît a quelque chose de choquant.

 

 
Commentaires

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  • Par 2bout - 15/09/2014 - 21:30 - Signaler un abus Et l'ayatollah Najat n'y est pour rien,

    elle qui n'est mise en place que pour diffuser la parole de ses enseignants syndiqués, dont les connaissances des méandres du système éducatif permet à leurs enfants d'approcher les emplois qu'ils envisageaient pour eux. Contraindre la concurrence à abdiquer ! Quoi de plus naturel quand on officie d'abord pour sa progéniture. Onfray le rappelait il y a quelques jours sur France Inter, une opinion que j'avais déjà faite sur Atlantico : quand 80 à 90 % d'une génération aboutit au bac, le mérite n'est plus récompensé. L'égalité des résultats, c'est la fin de l'ascenseur social, et chaque nouveau diplômé ne pourra arguer de son mérite. Seules les relations des parents lui garantiront d'un avenir. Les enseignants se reproduiront entre eux, et l'élite restera à sa place.

  • Par cloette - 15/09/2014 - 22:37 - Signaler un abus lamentable

    d'empêcher un élève doué de faire des études qu'il ne peut financer, car il y en a plus qu'on ne croit, de plus la société a besoin de compétences, c'est incompréhensible , et c'est un gv de "gauche" qui se targue d'être dans le camp du "bien" qui ne veut pas d'ascenseur social .

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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