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Pourquoi les États-Unis, l’UE et l’OTAN prendront grand soin de ne surtout pas parler d'invasion russe en Ukraine

1 000 troupes russes, plusieurs tanks et armes en provenance de Russie, etc. Dans les faits, la présence russe dans l'Est de l'Ukraine est incontestable, ce qui pousse les autorités ukrainiennes à parler explicitement "d'invasion". Or, les Occidentaux évitent par tous les moyens l'emploi du terme, en vue de parvenir à un règlement pacifique de la situation.

Attention au vocabulaire...

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Pourquoi les États-Unis, l’UE et l’OTAN prendront grand soin de ne surtout pas parler d'invasion russe en Ukraine

Un soldat de l'armée ukrainienne. Crédit Reuters

"Agression", "escalade", "incursion", etc. Tels sont les termes généralement employés par les dirigeants occidentaux pour qualifier l'invasion russe dans l'Est de l'Ukraine, le terme même d' "invasion" étant donc évité. Plusieurs arguments ont été invoqués pour expliquer ce choix délibéré des Occidentaux. Chacun d'entre eux est ici commenté par Florent Parmentier et Cyrille Bret, tous deux maîtres de conférence à Sciences Po Paris, spécialistes des questions relatives aux pays d'Europe de l'est et à la Russ

1er argument : au regard du nombre de troupes russes stationnées dans l'est de l'Ukraine par rapport aux capacités maximales de l'armée russe, et du pourcentage du territoire ukrainien concerné, la situation actuelle en Ukraine ne peut pas être qualifiée d' "invasion" 

Le concept d’invasion n’est pas exclusivement juridique.

C’est aussi une notion politique, diplomatique et militaire qui a sa légitimité dans ces sphères respectives. Par ce terme, un Etat souverain désigne les diverses menaces qui pèsent sur sa souveraineté, sur son intégrité territoriale ou encore sur son indépendance. Ces critères peuvent se cumuler.

En droit international, les traités qui régissent la sécurité collective privilégient des notions plus dépassionnées et plus objectivables. Ainsi, l’article 39 du chapitre VII de la Charte des Nations-Unies de 1945 use de la notion d’  "agression" (ou d’actes d’agression, en russe "aktyi agressii" et de "rupture de la paix" pour caractériser les raisons pour lesquelles le Conseil de sécurité des Nations-Unies est saisi et peut agir). Le Traité de l’Atlantique Nord de 1949, qui crée l’OTAN, use, lui, du terme d’ "attaque armée". Et quand l’Accord d’Helsinki (1975), qui crée l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, l’utilise, il le précise en "attaque sur son territoire".

Plus qu’une querelle terminologique, il convient d’identifier les conditions d’une remise en cause de la souveraineté d’un Etat par la force armée. Les critères historiques de l’invasion sont ici réducteurs : la déclaration de guerre, la volonté de conquête ou l’occupation officielle d’un pays ne sont pas les seuls cas d’agression au regard du droit international. Le franchissement non consenti de la frontière par des forces armées étrangères, les actions visant à entretenir la guerre civile, les atteintes à la paix civile, ou encore les attaques cybernétiques et l’étouffement économique constituent tout autant des actes d’agression.

La bataille de mots a une grande et légitime importance en matière internationale mais ne doit pas masquer les divergences sur la réalité.

Du point de vue des mots, privilégier la terminologie de "l’incursion" à celle de l’invasion minore la portée de l’action de la Fédération russe : une incursion est partielle, provisoire et limitée, alors qu’une invasion est totale, pérenne et massive. Choisir ce terme permet également de ne pas se prononcer sur les intentions de la Fédération de Russie. Ceci explique que le terme de « gossudorstvennost’ », utilisé par le président Poutine lors de son interview du dimanche 31 août, conserve l’ambiguïté entre "entité étatique", "Etat fédéré" ou encore "République autonome"  ; de même, une "incursion" n’attribue pas à la Russie la volonté d’annexer le Sud-est ukrainien.

Sur la réalité du conflit, la situation n’est plus celle d’une incursion mais n’est pas encore celle d’une invasion : la présence de troupes et d’équipement russes dans le territoire ukrainien est avéré au moins à Donetsk et dans les environs de Mariupol’. Mais les quelques milliers de soldats russes engagés en Ukraine ne sont pas encore clairement engagés dans une dynamique de conquête. En effet, l’insurrection et son appui russe se concentre dans certaines zones géographiques stratégiques, mais ne se sont pas étendues à toutes les régions russophones. De plus, les intentions de Moscou ne sont pas nécessairement identiques à celles concernant la Crimée : le Sud-est ukrainien n’aurait le même intérêt stratégique que les bases de la flotte de la mer Noire que si l’OTAN menaçait de s’élargir à l’Ukraine unie, c’est-à-dire se portait aux portes de la Russie du Sud. 

En matière militaire, la Fédération de Russie dispose de structures de commandement, d’équipements, de traditions, d’aguerrissement et de technologies qui la rangent parmi les puissances militaires de premier plan, au moins dans la zone eurasiatique. Par définition même, tout outil militaire de premier ordre a pour vocation de préparer un large choix de scenarios à la disposition des autorités politiques. En un mot, d’un point de vue militaire, la Russie est assurément en capacité d’envahir tout ou partie de l’Ukraine. D’autant plus que l’armée ukrainienne ne lui est pas comparable et que les Occidentaux ne se résoudront pas à envoyer des contingents nationaux combattre des unités russes sur un champ de bataille européen comme durant la Seconde Guerre mondiale.

D’un point de vue politique, l’opportunité n’est pas évidente. Il faut rappeler que l’intérêt stratégique du Sud-est ukrainien n’est pas aussi poussé que celui de la Crimée. De plus, le coût économique serait considérable : intégrer une nouvelle entité dans la Fédération serait difficile pour des finances publiques grevées par les sanctions. Enfin, des solutions intermédiaires pourraient largement satisfaire Moscou, comme le montrent plusieurs des " conflits gelés " qui sont des " conflits non-résolus ". Un scenario ossète ou transnistrien pourrait retenir les faveurs des autorités russes : sans supporter les coûts diplomatiques et financiers d’une annexion, créer une entité étatique reconnue uniquement des pays alignés sur Moscou permettrait d’atteindre un avantage indubitable : affaiblir durablement l’Ukraine et empêcher l’extension de l’OTAN à cette zone.

 
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  • Par vangog - 02/09/2014 - 13:21 - Signaler un abus Les mots "incursion" ou "invasion" n'ont d'importance que

    pour les obsedés de sémantique... Plus graves sont les provocations des Russes, sur le terrain ( il est probable que le missile envoyé sur le vol MH13 faisait partie de ces provocations, mais n'a pas atteint sa cible), ou les phrases provocatrices de Poutine "si nous le voulons, nous pouvons traverser l'ukraine en deux heures..." et dont le sous-entendu est limpide: "Nous pouvons menacer l'Europe en deux heures". Ces rodomontades n'ont qu'un but: faire réagir l'Europe, afin de justifier l'invasion russe de l'Ukraine en représailles d'une hypothétique agression des occidentaux. Les Américains n'ayant pas répondu aux provocations puériles du petit KGBiste, alors il s'amuse maintenant a provoquer l'Europe: pitoyable pantin de ses oligarques qui ont perdu 12% de leurs actions et 10% de la valeur du rouble...too bad!

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective et est vice-président de Global Variations, un think tank travaillant sur les effets géostratégiques des innovations disruptives.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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