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L’OTAN pourra-t-elle longtemps survivre à la montée des Orban et autres Erdogan en son sein ?

Alors qu'en Europe, émergent des dirigeants nationalistes et/ou autoritaires comme Viktor Orban en Hongrie ou Recep Tayyip Erdogan en Turquie, se pose la question de leur place dans l'OTAN, cette alliance censée rassembler les puissances démocratiques. L'organisation née au sortir de la Seconde Guerre mondiale a-t-elle encore de l'avenir ?

OTAN en emporte le vent

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L’OTAN pourra-t-elle longtemps survivre à la montée des Orban et autres Erdogan en son sein ?

 Crédit Attila KISBENEDEK / AFP

Atlantico : Alors que l'OTAN repose sur une alliance visant à promouvoir "les valeurs démocratiques", comment l’organisation peut-elle faire face à la montée en puissance de dirigeants comme Viktor Orban (la Hongrie ayant intégrée l'OTAN en 1999) ou Recep Tayyip Erdogan (depuis 1952), dont les dérives autoritaires et anti-démocratiques sont régulièrement dénoncées, tout comme cela peut également être le cas de la Pologne ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : La mission fondamentale de l’Alliance atlantique n’est pas la promotion des « valeurs démocratiques », mais la protection des pays membres de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord). Il est vrai cependant que l’OTAN n’est pas une simple alliance westphalienne qui regrouperait des pays unis par la seule existence d’une menace commune. Instituée le 4 avril 1949, l’Alliance atlantique a été pensée comme un système de sécurité collective. Elle n'est pas dirigée contre un agresseur déterminé, mais contre le fait d’agression.

Les signataires sont invités à résoudre pacifiquement leurs différends et à développer des relations amicales (articles 1 et 2 du traité de l’Atlantique Nord). Le texte du traité de l’Atlantique Nord s’ouvre sur un préambule aux accents wilsoniens et aux allures de profession de foi civilisationnelle. Ledit préambule stipule que les signataires sont « déterminés à sauvegarder la liberté de leurs peuples, leur héritage commun et leur civilisation, fondés sur les principes de la démocratie, les libertés individuelles et le règne du droit ». Les Etats parties doivent s’affirmer « soucieux de favoriser dans la région de l'Atlantique Nord le bien-être et la stabilité (et) résolus à unir leurs efforts pour leur défense collective et pour la préservation de la paix et de la sécurité ». Inscrit dans une logique de containment du bloc soviétique, le traité vise à préserver et conserver plus qu’à acquérir ou promouvoir. Défense mutuelle et sécurité collective priment sur la démocratisation.

Il est vrai que la logique profonde de l’Alliance atlantique va dans le sens de la démocratie libérale et l’économie de marché. Ainsi le soutien des Etats-Unis à la Turquie au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale a-t-il également eu des contreparties politiques (fin du monopole du parti-Etat kémaliste et ouverture du système politique). L’« ordre de la chair » (Pascal) étant ce qu’il est, il a bien parfois fallu s’accommoder de dérives autoritaires ou de coups d’Etat, en Grèce ou en Turquie. Face à l’impératif de sécurité, dans le contexte historique de Guerre Froide, nécessité faisait loi. Sur le long terme toutefois et dès que les conditions le permettaient, les démocraties occidentales soutenaient le retour à l’ordre constitutionnel. Dans l’après-Guerre Froide, les Occidentaux ont engagé une vaste entreprise d'«enlargement », ce qui signifie l’extension des principes et modes d’organisation de la démocratie libérale et de l’économie de marché, l’entreprise se traduisant par l’élargissement à l’Est de l’OTAN et de l’UE, ces deux piliers d’une « Europe une et libre ». L’OTAN comme l’UE ont été pensées comme les cadres d’action requis pour arraisonner les PECO (Pays d’Europe centrale et orientale), stabiliser la région et lui ouvrir des perspectives (la préparation à l’adhésion est un levier de modernisation et de pacification). Dans une telle perspective, les valeurs fondatrices de la démocratie étaient bel et bien mises en avant.

Durant cette période, l’OTAN était engagée dans deux directions : la transformation en une sorte de club politique réunissant le « top » de l’Occident d’une part, de l’autre une organisation expéditionnaire de lutte contre le terrorisme (voir l’engagement en Afghanistan). Les deux tendances s’affirmaient au détriment de la défense de la zone euro-atlantique. Considérant qu’il n’existait plus de menace à l’Est, l’OTAN, au grand dam des PECO, avait renoncé à la planification stratégique et à l’organisation de grands exercices de défense des frontières orientales. Simultanément, les alliés européens réduisaient continûment leurs dépenses militaires (une baisse d’environ un tiers en deux décennies). Dans le prolongement de l’invasion russe de la Géorgie (août 2008) et de son démantèlement territorial, l’OTAN et ses pays membres sont convenus de se recentrer sur la mission première de l’Alliance atlantique : la défense collective (l’article 5 du TAN). Cela a abouti au Concept stratégique de Lisbonne (2010). Les dirigeants américains ont également incité leurs alliés européens à consacrer davantage de ressources à la chose militaire. On se souvient du discours prémonitoire prononcé par Robert Gates à Bruxelles, le 10 juin 2011. Malheureusement, il aura fallu les agissements de la Russie en Ukraine (Crimée, Donbass) et les mauvaises manières de Donald Trump pour que ce discours porte enfin ses effets. Toujours est-il que l’impératif de défense a pris le dessus sur celui de l’enlargement, ce qui incite à trouver des accommodements avec des régimes à la dérive (voir la question suivante).

Florent Parmentier : L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord a été avant tout fondée en 1949 comme une alliance s’appuyant sur la défense collective pour faire face à l’URSS : toute attaque contre l’un des membres est une attaque contre l’ensemble.

Après la chute de l’URSS en 1991, elle a pu survivre à son but initial en véhiculant deux messages forts : le premier était que l’OTAN était prête à accueillir de nouvelles démocraties en son sein, afin d’aider à la consolidation du régime ; le second, implicite, était une manière de continuer à garder un œil sur la Russie afin qu’elle ne s’attaque pas aux anciennes démocraties populaires. Sur ce dernier point, on voit que les nationalistes russes et les partisans du néo-occidentalisme et du néo-conservatisme ont établi une relation contradictoire et dialectique, qui ne cesse de se dégrader. Les partisans de l’OTAN avancent que la Russie est désormais capable de frapper au-delà de ses frontières (Géorgie, Ukraine, Syrie) et qu’il faut donc dresser des lignes rouges fermes face à une Russie qui teste sans arrêt les limites. En Russie, le renforcement continue de la présence de l’OTAN aux frontières de la Russie conforte la majorité présidentielle : l’OTAN nous menace et nous devons augmenter nos forces pour garder un avantage, même face à une Europe dont pourtant les dépenses militaires sont parties à la baisse après la chute du mur de Berlin.

Si la tension grandissante entre la Russie et l’OTAN avait pu être anticipée, l’émergence de démocraties illibérales l’était moins tant la croyance dans le triomphe du libéralisme était forte dans les années 1990. Alors que l’OTAN se targuait de regrouper des démocraties, plus ou moins abouties ou tendant à l’être, cette revendication n’est plus crédible aujourd’hui avec des situations que l’on connaît en Turquie, mais aussi en Pologne et en Hongrie, avec un affaiblissement programmé des contre-pouvoirs, à savoir des institutions de l’Etat de droit. Plus que d’une attaque externe, c’est l’érosion interne qui suscite des inquiétudes de la part de l’OTAN.

A dire vrai, l’OTAN ne dispose pas de larges moyens en la matière puisqu’il s’agit essentiellement d’une organisation militaire. Son diagnostic n’est pas nécessairement adapté : attribué l’érosion des démocraties européennes à la seule Russie est probablement hors de propos, se méprenant sur la puissance réelle de la Russie et de ses objectifs ; les mouvements extrémistes, le rejet des élites, le sentiment de dépossession lié à la mondialisation peuvent être utilisés par la Russie, encourageant nos dysfonctionnements, mais on peut douter qu’elle soit à l’origine de ces phénomènes.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 10/04/2018 - 09:29 - Signaler un abus Bravo au peuple hongrois!

    Enfin un petit article sur la victoire de Viktor Orban...On sent qu’Atlantico à très peur de la victoire sans ombre du peuple en Hongrie! Malgré tous les médias europeistes contre lui, Viktor Orban réussit à rassembler 48,5 % des voix de son peuple , soit 4 points de mieux que la dernière élection législative, avec une participation record de 69,41%...l’Union européiste à la ramasse, qui infantilise ses peuples et manipule élections et référendums rêverait d’une telle démocratie, non? Bravo au peuple hongrois, qui se dresse en résistance contre la soumission! le début de la fin de l’invasion de l’Europe se prépare à l’est...

  • Par cagnotte - 10/04/2018 - 09:53 - Signaler un abus l'OTAN est un faux nez du Pentagone

    Les guerres qu'elle a entrepris sur la base de mensonges montrent que les principes "démocratiques et droitdelhommistes ne sont que des prétextes pour cacher les objectifs réels ; ceux de Washington.

  • Par Cha - 10/04/2018 - 10:02 - Signaler un abus Un biais panurgiste?

    Notre presse adore, avec un unanimisme un peu louche, détester Orban, mais de là à l'aligner dans un titre avec Erdogan ? Franchement...

  • Par Ganesha - 10/04/2018 - 10:54 - Signaler un abus Amalgame grotesque

    Comment lire calmement un article surmonté d'un titre aussi grotesque ? Comme tous les grands médias, Atlantico est financé pour publier de la propagande capitaliste libérale. Cependant, les deux points positifs, c'est d'abord, qu'au moins, on ne nous assomme pas avec des pleurnicheries dégoulinantes sur l'impérieuse nécessité d'accueillir toute la misère du monde, comme le font en permanence Arte ou France 5 ! Ensuite, remercions Atlantico d'accepter de publier des commentaires qui seraient refusés sur Le Figaro !

  • Par Ganesha - 10/04/2018 - 10:59 - Signaler un abus La question stupidement hilarante

    Quant la question stupidement hilarante : ''faut-il exclure l'OTAN tous les pays souverainistes, opposés à l'immigration ?'' rappelons que cette définition regroupe déjà les USA (Trump), l'Angleterre, la Hongrie, la Pologne et l'Autriche. Avec son prochain gouvernement, l'Italie devrait bientôt se joindre au club. Quant à la France, pas facile de savoir ce que pense vraiment son président ''arc-en-ciel'', mais le ministre de l'intérieur ne semble pas très accueillant envers les ''chances pour la France'' !

  • Par Lepongiste - 10/04/2018 - 11:40 - Signaler un abus Surtout ne pas confondre

    Un conservateur de droite et un islamiste !! Vous le faites exprès ou quoi ?

  • Par A M A - 10/04/2018 - 12:24 - Signaler un abus Les turcs et les Balkans.

    Les turcs et les Balkans. Retour à la vieille question d'Orient avec une cinquième colonne sunnite largement répandue en Europe avec la complicité de Bruxelles. Un ensemble OTAN-USA qui se désagrège et une Russie qui monte en puissance. Voilà le tableau d'une situation qui a l'air de s'aggraver de jour en jour. A chacun de prédire l'évolution. Moi, je suis pessimiste.

  • Par vangog - 10/04/2018 - 22:11 - Signaler un abus @A M A pas de pessimisme, car l’Europe des Nations se construit

    sur les décombres de la défunte UE. Et cette Europe des Nations qui éclôt, conquerra sa liberté en s’affranchissant de l’OTAN et de ses multiples erreurs. Fin du vieux monde bipolaire hérité de la guerre froide et bienvenue dans le monde multipolaire, qui respectera autant les peuples d’Europe, que la Russie et que le monde anglo-saxon...avançons!

  • Par Deudeuche - 11/04/2018 - 07:24 - Signaler un abus Qui a dit que l’avenir de l’OTAN c’est

    Macron?

  • Par wwmat - 11/04/2018 - 08:48 - Signaler un abus L'OTAN

    n'a plus de raison d'etre depuis la fin de l'URSS et represente une trahison de plus de l'occident envers la Russie (promesse faite a Gorbatchev par les USA)

  • Par AUSTRAL98 - 25/06/2018 - 00:30 - Signaler un abus Comme les articles de l'ex URSS

    Avec un titre si caricatural et lorsqu'un article commence par l'énoncé d'une vérité imposée: " L'OTAN défenseur des valeurs démocratiques" on se demande s'il y a lieu de continuer la lecture. L'OTAN a été fondée pour contrer l'URSS ce qu'elle fit parfaitement, actuellement elle s'est transformée en outil de la seule domination Etatsunienne. En quoi la Russie menace t-elle l'europe?... des âneries pour simplets. L'europe peut parfaitement appliquer une économie libérale sans pour autant être le vassal apeuré des USA.

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective et est vice-président de Global Variations, un think tank travaillant sur les effets géostratégiques des innovations disruptives.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

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