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Libération des otages en Syrie : une piste turco-russe ?

Moins d’une semaine après la libération des quatre journalistes français retenus pendant onze mois en Syrie, le scepticisme grandit face à la version officielle du gouvernement français. Des médias turcs évoquent une intervention diplomatique combinée entre Moscou et Ankara. Une piste crédible ?

Nouvelle piste

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Les preneurs d’otages n’œuvrent jamais sans motivations précises. Qu’il s’agisse d’enlèvement ou de libération, leur logique est toujours identique : qu’ont-ils à gagner ou à perdre par leurs rapts ? Compte tenu de cette évidence, que j’ai plusieurs fois personnellement constatée notamment dans les années 1980 au Liban, la théorie officielle ne tient pas la route.

Il n’existe que trois leviers pour négocier avec des preneurs d’otages : des promesses, des actes (quelques fois sous forme d’argent) ou disposer de moyens de pression.

Ces trois leviers nécessitent de surcroit dans l’immense majorité des cas, de pouvoir disposer d’un intermédiaire ayant peu ou prou la confiance de toutes les parties en présence. Or, pour le Quai d’Orsay  les djihadistes syriens ont libéré leurs otages sans intermédiaire, ni contreparties ! Après onze mois de captivité !

Si le scénario officiel contient beaucoup de langue de bois et peu de vérité, la presse turque en propose un autre qui mérite observation et pourrait donner un début d’éclairage aux dessous de la libération des journalistes français. Selon le journal économique turc Dünya, généralement bien informé, le groupe nucléaire russe Rosatom aurait été un acteur majeur des négociations.

Que viendrait faire un groupe public russe dans cette affaire ?Il faut tout d’abord rappeler que la Turquie contrôle la frontière septentrionale de la Syrie, où se situent les foyers de rébellion au régime de Bachar Al-Assad et d’où les djihadistes reçoivent leurs ravitaillements et leurs soutiens logistiques. Dans ce contexte, Ankara est par excellence l’intermédiaire à même de faire pression sur les preneurs d’otages.

Mais les relations franco-turques sont très fortement dégradées (et c’est un euphémisme) depuis des années par la question arménienne… D’où la difficulté pour Paris de demander directement à Recep Tayyip Erdogan d’intervenir comme l’ont fait par exemple les Espagnols pour faire libérer leurs ressortissants détenus par les mêmes groupes.

La Russie en revanche, qui aimerait bien faire oublier aux Occidentaux (et notamment aux journalistes) son intervention en Ukraine, a d’excellentes relations avec la Turquie où le groupe public Rosatom s’apprête à construire la première centrale nucléaire du pays, perçue en Turquie comme un important pas en avant économique.

Et Moscou, indéfectible soutien de Bachar El Assad, n’aurait pas pu intervenir directement dans des négociations avec des factions rebelles qui vouent Vladimir Poutine aux gémonies.

Et quand on sait que le PDG de Rosatom, Sergueï Kirienko, est un ancien Premier ministre russe et très proche de Vladimir Poutine, la connexion devient d’autant plus crédible. La presse turque évoque d’ailleurs des pressions de Rosatom auprès des autorités turques pour faciliter la libération des journalistes français.

Si rien n’indique que cette piste soit la bonne, elle a le mérite d’être cohérente avec la psychologie des groupes preneurs d’otage et les forces en présence dans la région. Si comme l’assure le gouvernement français, aucune rançon n’a été directement ou indirectement versé, les preneurs d’otages ont dû recevoir d’autres garanties pour accepter de se défaire de leurs otages.

Mais alors pourquoi le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a-t-il assuré que la Turquie n’avait pas œuvré pour la libération de nos compatriotes ? Pourquoi ne pas évoquer l’intervention russe ? Peut-être que ce coup de pouce est un peu embarrassant à l’heure du bras de fer ukrainien.

Toujours est-il que la vérité, quelle qu’elle soit, finira par se savoir au fil des semaines et des mois. Intervention russe, qatarie, ou autre, il est évident que les otages n’ont pas été libérés par l’opération du Saint-Esprit. L’avenir proche nous dira avec plus de certitudes ce qui s’est joué en sous-main.

 
Commentaires

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  • Par Liberdom - 26/04/2014 - 16:25 - Signaler un abus Scandale (un de plus)

    La France ne paie pas de rançon dixit Fabius tout pénétré de l'importance qu'il n'a pas... Pas de rançon, certes, mais 18 millions d'euro de "dédommagement" pour les preneurs d'otage... via les services secrets Turcs qui ont dû se servir au passage. Tout ça pour que le fessu puisse se montrer devant les caméras avec les otage libérés. C'est y pas à vomir ?

  • Par lamicahoute - 26/04/2014 - 18:56 - Signaler un abus la libération des otages??????

    Moi je crois vraiment ce que nous dit notre gvt. les otages , ont du tellement faire chier les raquetteurs, en leurs quémandant tous les jours du jambon et du porc,

  • Par pave777 - 26/04/2014 - 22:41 - Signaler un abus et hop !

    18 millions d' euros dans la poche des muslims, pour récupérer des journaleux, qui pourtant leur cirer les bottes avec le bout de la langue. A la louche, 150 millions d'euros, payés tous les ans, en rançons et en logistique diverse et variée, à nos amis barbus. Plus l'entretien désormais sur notre sol de 700 à 1000 djihadistes en herbes. Il reste la conversion mes frères, faites vite, l'armée du prophète avance ses pions chaque jour.

  • Par Baskerville - 26/04/2014 - 23:33 - Signaler un abus Paiement comptant

    Je ne comprends pas toute cette agitation verbeuse. il est évident qu'une rançon a été payée, et que ce soit par les Turcs, les Russes, les Moldaves ou les Tatars n'a aucun intérêt. il est aussi évident que le gouvernement ne peut pas dire autre chose que "nous n'avons pas payé de rançon". Que voulez-vous qu'il dise ? Aux prochains preneurs d'otages, "s'il vous plaît, envoyez-nous un R.I.B., ça ira plus vite". Tous ceux qui réclament que la vérité soit dite publiquement sont des naïfs.

  • Par Geolion - 27/04/2014 - 00:15 - Signaler un abus Pas de rançon ? Mon oeil !!

    Quelle compétence et quels informations a un des es-otages pour prétendre qu'il n'y a pas eu versement d'une rançon ? Aucune ! Car tout le monde sait qu'il y a toujours versement d'argent ou de matériel et tout le monde sait aussi que les chefs d'Etat démentent toujours de tels versements pour tenter de freiner ou dissuader les enlèvements. Il n'y a, certes, certainement pas d'argent ou de matériel fourni directement par le pays d'où est originaire l'otage, mais l'argent ou le matériel suivent des circuits tendant à faire croire qu'il n'y a pas eu de rançon versée ce qui est bien évidemment faux !! Il ne faut pas prendre les citoyens pour des billes !!

  • Par Odidole - 27/04/2014 - 00:16 - Signaler un abus Bonne nouvelle !

    Les otages ont été libérés uniquement pour les beaux yeux de Monsieur Hollande... ou sa force de persuasion hypnotique peut- être ! Et les Français ne seront plus jamais pris en otage puisque cela ne rapporte rien. Alors pourquoi s'encombrer de bouches à nourrir ...

  • Par Jean-Pierre - 27/04/2014 - 04:29 - Signaler un abus Incroyable !

    . La République socialiste Française accepterait de se faire aider par : . 1/ Les descendants directs des responsables du génocide arménien, négationnistes notoires - une commémoration vient de nous le rappeler... . 2/ L'infâme Poutine, celui la même que Monsieur Hollande chasse des institutions internationales et menace de représailles épouvantables pour avoir violé le territoire Ukrainien... . Il y a quelque chose de pourri au pays qui ne rachète jamais aucun otage depuis qu'il est enfin libéré de Nicolas Sarkozy... .

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Jean-Yves Ollivier

Jean-Yves Ollivier est un homme d’affaires français engagé depuis plus de quarante ans en Afrique qui, au-delà de ses activités commerciales, a entrepris de nombreuses médiations de paix.

 

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