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"J’ai toujours aimé la France, mais"... : les relations très paradoxales qu’entretiennent certains djihadistes avec leur pays natal

Ni fous, ni ignares, les « soldats de Dieu » n’en sont que plus dangereux. Cet ouvrage présente les cadres cognitifs (idéologies, doctrines, visions du monde, valeurs) développés par des acteurs islamistes djihadistes. Alors que beaucoup a été dit sur les trajectoires de ces militants islamistes, on sait finalement peu de choses des discours qui les animent, des haines qui les habitent et de leur rapport à la France, à la démocratie, à la politique, au monde qui les entoure. Extrait de "Soldats de Dieu" - Paroles de djihadistes incarcérés, de Xavier Crettiez et Bilel Ainine, co-édité par l'Aube et la fondation Jean-Jaurès (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le
"J’ai toujours aimé la France, mais"... : les relations très paradoxales qu’entretiennent certains djihadistes avec leur pays natal

Ibra déclare très vite, en s’étonnant de notre étonnement, son amour pour la France : « Pour revenir au foyer, et tout ça, honnêtement, dans le foyer, j’étais heureux, j’allais en vacances, je partais au ski avec mes amis, j’ai fait le tour de la France grâce au foyer. Je ne peux rien reprocher au foyer, je ne peux que remercier la France qui a pris soin de moi. Parce que je n’ai rien contre la France. S’il n’y avait pas eu ces institutions, je ne sais pas ce que j’aurais pu faire avec ma mère quand elle me maltraitait, et tout ça.

Honnêtement, je pense avoir eu une enfance assez heureuse. »

Bassil va dans le même sens lorsqu’il évoque sa chance d’avoir immigré en région parisienne : « En fait, je n’avais pas les mêmes intérêts que les autres, surtout que j’étais né en Afrique, j’étais venu pour la réussite. C’était une chance pour moi d’être venu en France, chez nous on adorait la France, ça aurait pu être un autre de mes frères ou mes cousins, voilà. J’ai grandi avec cette idée. J’étais bon à l’école. Au niveau du comportement, ce n’était pas vraiment ça, mais pour les résultats, il n’y avait rien à dire. J’avais des facilités, j’ai toujours eu entre… La plus mauvaise note que j’aie eue, c’est 13. »

Choukri, tout en manifestant son adhésion aux valeurs de la France, insiste sur sa souffrance en tant que musulman, comparant le musulman à une « bête de foire » au service d’une élite distante : « Je me suis toujours senti français. J’ai toujours voté. J’ai toujours respecté les valeurs de la France. Mais là, avec tout ça, ça devient plus dur, et j’utilise peut-être un terme excluant. Disons que je distingue plusieurs groupes en France  : les musulmans qui sont des bêtes de foire, l’élite qui s’en fout de tout le monde et qui se barrera dans ses hélicos dès que ce sera la merde, et les Français en général. Ça, c’est pour faire simple, on peut distinguer d’autres catégories, mais c’est pour aller vite. Donc voilà. J’ai toujours aimé la France. Je connais même La Marseillaise. Et je suis sûr que plein de Français ne la connaissent même pas. J’ai toujours aimé la France, mais avec ce qu’elle m’a fait [son incarcération très mal vécue]… J’aurais sans doute du mal à travailler. »

Omar évoque pareillement une véritable affection pour la France, dont il admire l’aura internationale. Mais son projet universel lui semble en concurrence avec l’islam : « Je n’ai jamais détesté la France, je pensais que c’était vraiment un beau pays qui offrait de multiples opportunités. Mais maintenant, je pense qu’il n’y a plus les mêmes libertés qu’avant. Peut-être que ce n’est pas mon idéal, mais pour moi ça reste un grand pays. La France n’a jamais été connue comme une grande puissance militaire et économique. La France, c’est plutôt les idées. Elle brille par ses idées et sa culture dans le monde. Bien sûr, ça me parle, et pour moi, d’ailleurs, l’islam est un modèle universel également. Donc c’est quelque chose qui me parlait parce qu’il y avait une certaine ressemblance […]. Pour moi, ce sont des systèmes en concurrence. Je n’ai jamais pensé qu’ils devaient être en confrontation. C’est comme une concurrence entre deux constructeurs de voitures, il n’y aura jamais un choc. »

 
Commentaires

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  • Par vangog - 16/09/2017 - 11:11 - Signaler un abus Colonisation à l'envers!

    sous l'effet calamiteux de l'idéologie écolo-gauchiste, ces "amoureux de la France", comme ils sont "amoureux de leur femme sous burqa", croient pouvoir la coloniser, et ils y arriveront, avec l'aide des lois gauchistes et des éternels collabos gauchistes des envahisseurs...ils confondent amour et possessivité, comme le gauchiste Macron-Rothschild confond conservatisme et fainéantise...

  • Par gerint - 16/09/2017 - 11:28 - Signaler un abus Ils aiment une France revue et corrigée à leur sauce

    pas LA France républicaine et laïque

  • Par moneo - 17/09/2017 - 09:43 - Signaler un abus Takyia

    https://www.polemia.com/les-porte-voix-de-la-takiya/

  • Par Hieros888 - 17/09/2017 - 10:03 - Signaler un abus Faut reconnaître...

    ... qu'on a perdu une couille ou deux et que la tendance est au pire (des toilettes spécifiques pour les "ni hommes ni femmes"?). Nous sommes notre meilleur ennemi et si j'étais islamiste, je condamnerai fermement le djihad terroriste : il attire des ennuis et il est inutile. Nous vaincrons parce que nous croyons. Vous mourrez parce que même la vérité est pour vous devenue un symbole d'autorité discriminant, fascisant (occidental, blanc, hétéro, etc.). C'est bien un problème de virilité qui détermine nos possibles.

  • Par Pharamond - 17/09/2017 - 13:02 - Signaler un abus L'Histoire

    Des populations venues de l'extérieur,qui ne reconnaissent pas l'autorité du pays d'accueil,qui veulent imposer leur loi, réserver leurs quartiers,leur mode de vie,cela s'appelle:une colonisation. Que faire?L'Histoire est là pour nous rappeler qu'à une colonisation,succède immanquablement une décolonisation (voir les colonisations grecque,romaine,anglaise,soviétique,par exemple) Quel est le processus qu'y conduira? On ne peut le dire,mais on peut être sur qu'il se produira.

  • Par ISABLEUE - 17/09/2017 - 14:21 - Signaler un abus ha ha ha

    en France on est "incarcérés abusivement"... retournez au bled, vous y serez mieux, vous n'y irez pas en prison....

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Xavier Crettiez

Xavier Crettiez est professeur de science politique à Sciences Po Saint-Gemrain-en-Laye et à l'UVSQ. Il est l'auteur de nombreux livres et ouvrages consacrés à la violence politique : Les formes de la violence (Paris, La découverte, 2010), Violence et nationalisme (Paris, Odile Jacob, 2006), La violence politique en Europe (Paris, La découverte, 2011) et Murs rebelles (Paris, Khartala, 2014). Il est actuellement en charge d'une recherche sur les processus de radicalisation pour le compte du ministère de la Justice.

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Bilel Ainine

Bilel Ainine est docteur en sciences politiques, chercheur au Cesdip (CNRS) et chargé de mission à la MIVILUDES.

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