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"Impossible n'est pas français" : avons-nous besoin d'un Napoléon en 2015 ?

A l'heure du bicentenaire de Waterloo, Dimitri Casali décrypte cet épisode fondateur de l'histoire européenne pour mieux le mettre en résonance avec notre époque.Si la victoire décisive des armées anglo-prussiennes sur les troupes françaises est un fait, une majorité de personnes reste pourtant persuadée que c'est Napoléon qui a remporté la bataille. Dès lors, en étudiant le mythe napoléonien, l'auteur s'interroge : mais qui a vraiment gagné Waterloo ? Et si la défaite n'en avait pas été une ? Extrait de "Qui a gagné Waterloo ? - Napoléon 2015", de Dimitiri Casali, publié chez Flammarion (2/2).

Bonnes feuilles

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"Impossible n'est pas français" : avons-nous besoin d'un Napoléon en 2015 ?

Napoléon à cheval.

Si horrible que fût le carnage de Waterloo, les guerres suivant cette bataille se révéleront infiniment plus affreuses et dévastatrices encore. Il faut dire que le gaz moutarde, les bombardements aériens, les exécutions de masse feront franchir à l'homme les frontières de la barbarie. Waterloo, comme toutes les batailles, visait la destruction de l'ennemi, mais on assista dans les deux camps – comme je l'ai raconté – à des manifestations d'esprit chevaleresque. C'est avec l'apparition des guerres totales du XXe siècle que cet état d'esprit disparut définitivement des conflits militaires.

Certes, aujourd'hui, le sens de l'honneur, mourir pour la patrie ne font plus sens. Ces valeurs, à l'instar de l'esprit de sacrifice, du sens du devoir, de la discipline, sont à replacer dans le contexte de l'époque tant, pour comprendre, il ne faut jamais plaquer nos visions sur celles de nos aïeux. Waterloo s'inscrivit dans une époque aux valeurs bien différentes des nôtres, époque où la guerre s'imposait comme l'horizon quotidien. Ne l'oublions pas : l'espérance de vie des Français ne dépassait pas trente-cinq ans !

Forcément, les générations actuelles, élevées dans le confort matériel du XXIe siècle, ne peuvent comprendre que les soldats de la Grande Armée aient été capables de mourir pour la patrie. Waterloo, comme la Moskowa ou Eylau sont des boucheries – et on ne le répétera jamais assez –, mais résumer ces batailles à cela occulte des pans de la réalité historique. À cette époque la valeur première était le patriotisme. Non seulement celui-ci s'ancrait de génération en génération, mais il était défendu et enseigné par la société. Qui plus est, l'Église jouait un rôle fondamental et des notions comme l'obéissance, la discipline concernaient toutes les catégories sociales. Ce qui n'est plus le cas et rend la perception des modes de pensée de XIXe siècle bien complexe.

Autre question fondamentale : comment les soldats de l'Empereur, hommes simples, sont-ils parvenus à supporter et affronter des conditions aussi atroces ? Là encore, retirons nos lunettes de 2015 pour tenter de (les) comprendre. Et n'oublions pas que la mort est omniprésente à l'époque, que les exécutions capitales sont très répandues et se font sur les places publiques, que les exécutions militaires pour exactions ou pillages sont courantes, qu'au final la chute de Napoléon a mis fin à un monde bien plus cruel que le nôtre. Hugo ne disait-il pas : « Le nom grandit quand l'homme tombe », expliquant ainsi que l'honneur des hommes, leur rédemption tenaient aussi à leur manière de mourir ?

Deux siècles plus tard, évidemment – et heureusement –, la gloire et la destinée de chacun ne tiennent pas à un trépas héroïque. Les rêves qui propulsent et forgent ont changé de nature. Pour autant, il me paraît indispensable de préserver le souvenir de la dernière grande épopée nationale. Au nom de la mémoire, de l'Histoire comme de l'avenir. Pour bien marcher vers le futur il faut connaître et respecter ses racines. Or Napoléon symbolise à lui seul trois mots trop galvaudés dont le sens tend désormais à s'estomper voire disparaître au sein de notre monde globalisé. Il s'agit de : France, honneur et mérite, termes dont la définition évolue et se transforme.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 11/05/2015 - 10:40 - Signaler un abus Napoleon, qui s'est?

    L'EN " oublie" cet horrible personnage, non conforme à la bien pensance socialiste. Il n'est pas le seul à etre ostracisé par l'Histoire vue par la gauche; Clovis, le génocide vendéen, en un mot tout ce qui gêne les socialo- fascistes.

  • Par Anouman - 11/05/2015 - 12:37 - Signaler un abus Napoléon

    C'est un Napoléon qu'il nous faudrait. On pourrait mettre l'Europe à feux et à sang et aller se faire battre en essayant d'envahir la Russie, rétablir l'esclavage dans les iles, et avec un service militaire de sept ans, plus de chômage... Quel bonheur...

  • Par Deudeuche - 11/05/2015 - 14:44 - Signaler un abus "Certes, aujourd'hui, le sens de l'honneur,

    mourir pour la patrie ne font plus de sens" Comme si cela était lié à la bayonette, au sabre et à la poudre noire! Il faut dire cela à nos militaires qui pratique encore ce "sens" au 21eme siècle. Encore un monsieur de HAUT NIVEAU qui ne sort pas de son cercle parisien et ne connaît que du politico-culturel de salon.

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Dimitri Casali

Dimitri Casali, historien et directeur de collection, est l’auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages historiques, notamment : Qui a gagné Waterloo ? Napoléon 2015 (6 mai 2015, Flammarion), L’Histoire de France de l’Ombre à la Lumière (Flammarion 2014), le manuel Lavisse-Casali (Armand Colin, 2013), L’Histoire interdite (JC. Lattès, 2012), L’Altermanuel d’Histoire de France (Perrin) - prix du Guesclin du livre d’histoire 2011. Il est le co-auteur de l'ouvrage L'Empire colonial français (éditions Gründ, 2015).

Plus d'informations sur son site : http://dimitricasali.fr/

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