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Frédéric Micheau : "Il y a toute une partie de l'électorat qui est faiblement politisée, qui voit dans les sondages quelque chose qui facilite l'accès à la politique"

Dans son livre "La Prophétie électorale", Frédéric Micheau, directeur du département Opinion à OpinionWay, revient sur l'impact des sondages sur les comportements électoraux des Français.

Sondages

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Frédéric Micheau : "Il y a toute une partie de l'électorat qui est faiblement politisée, qui voit dans les sondages quelque chose qui facilite l'accès à la politique"

 Crédit Benjamin CREMEL / AFP

Atlantico : Votre livre, « La Prophétie électorale », analyse un des éléments devenus incontournable de nos démocraties, les sondages. Pourquoi observe-t-on un tel engouement progressif pour les sondages ?

Frédéric Micheau : Il y a différents facteurs qui expliquent cette évolution, qui est historique et n’est pas propre à la France. Quand on regarde aux Etats-Unis, les évolutions sont même plus marquées qu’en France. En France, on a un élément de quantification, ce sont les rapports de la commission des sondages pour les élections présidentielles. Lors de la dernière élection présidentielle, on était à 560 sondages, contre 111 en 181. Cela a été multiplié par 5 en une quarantaine d’années. Cela s’explique d’abord par le fait que le monde médiatique a évolué.

Il y a plus de médias qu’auparavant. Il y a de nouveaux supports (internet, réseaux sociaux). Et donc autant de commanditaires. On a donc aussi davantage d’instituts de sondage, qui ont besoin de publier des études dans la presse en partenariat avec des médias pour augmenter leur notoriété et se faire connaître auprès d’éventuels clients.

Il y a aussi des raisons techniques. L’apparition des sondages par internet a permis de baisser les coûts de production donc les coûts de vente et a accéléré les temps de production. Les sondages peuvent être plus élastiques face à l’actualité et répondre aux contraintes des médias. On peut aussi citer l’apparition des chaînes d’information continue.

Et plus largement, il y a une évolution générale des sociétés occidentales vers un accroissement du nombre de données produites, et ce dans tous les domaines. Le sondage participe de ce phénomène, ou en tout cas n’y échappe pas.

Cet engouement s’accompagne d’une méfiance grandissante. On se méfie de la capacité d’influence ou de manipulation même que peuvent avoir les sondages. Quels sont les biais qui peuvent participer de cette manipulation ?

Tout d’abord, la méfiance n’existait pas au début des sondages. Quand les sondages étaient publiés sous la IVe ou sous la Ve République, on saluait toute une série de succès techniques. Les intentions de vote ont correspondu aux différents référendums qui ont été faits. Et le fait d’armes des sondages est l’élection présidentielle de 1965 qui a prévu, contre toute attente, le ballottage du Général de Gaulle. C’était un événement impensable alors pour les observateurs politiques. Et ce, au point près.

Initialement, les sondages étaient jugés infaillibles. C’est seulement à partir des années 1970 qu’on a observé un retournement, avec des polémiques et des tentatives de manipulation par le pouvoir politique - notamment lors des municipales de 1977. La loi de 1977 traduit sur ce point un renversement des perceptions, en passant d’une situation de confiance aveugle à une situation de méfiance extrêmement répandue, et qui persiste. Et évidemment, quand il y a des erreurs de prévision (on peut citer l’exemple du Brexit ou celui de l’élection de Donald Trump - même s’il faut regarder les choses de façon plus nuancée.), tout cela accroît la méfiance du public, mais aussi du décideur politique - du législateur - mais cela ne les empêche pas de commander et de continuer à commander des sondages.

Les biais sont multiples. Il faut cependant distinguer deux types de sondages. D’abord les sondages d’intention de vote, qui sont l’objet de mon ouvrage. Là, c'est simple, on cherche à placer la personne interviewée dans la situation du vote. Si l'élection avait lieu dimanche pour lequel des candidats suivants voteriez-vous ? L'intitulé est le même partout, on teste tous les candidats, il n'y a pas de risque de biais. Cela ne concerne que les sondages d'intentions de vote. En revanche pour les sondages d'opinion, là, il peut y avoir des biais dans la formulation des intitulés, des items, dans l'agencement du questionnaire, on peut conditionner la personne interrogée qui peut être amenée à répondre de telle ou telle façon. C'est d'autant plus dommageable pour le débat public que ce sont des pratiques qui ont historiquement existé. Il y a des médias qui n'ont pas la neutralité qu'ils prétendent avoir et les périodes politiques sont des périodes de tensions et qui sont toujours promptes à susciter des polémiques. Certaines sont exagérées par des acteurs politiques qui ont intérêt à dénoncer des sondages. Mais par ailleurs, il y a aussi des sondages mal faits, tendancieux.

 
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  • Par J'accuse - 20/05/2018 - 15:59 - Signaler un abus Les sondages influencent plus que les réseaux sociaux

    Les sondages sont bien une manipulation de l'opinion publique, même si ça ne marche pas toujours dans le sens espéré. Ils se prétendent neutres mais ne le sont jamais. Est-il démocratique d'annoncer le vainqueur d'une élection avant qu'elle ait lieu ? Est-il démocratique de poser des questions permettant d'interpréter les réponses comme l'on veut ? Est-il démocratique d'aiguiller les électeurs non politisés en leur donnant "le sens du vent" ? Les sondages vont à l'encontre de la vie démocratique en enfermant les électeurs dans des prévisions et des chiffres supposément objectifs.

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Frédéric Micheau

Frédéric Micheau est directeur du département Opinion d'OpinionWay depuis juillet 2014

 

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