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Fracture Est/Ouest sur les migrants : l’Europe doit-elle tenter de sauver son destin commun ou le moment est-il venu de faire du “conscious uncoupling” comme Gwyneth Paltrow et Chris Martin ?

Alors que l'Europe est confrontée à la première grave crise sécuritaire de son Histoire avec la question migratoire, les divisions apparaissent au grand jour entre les Etats de l'Est et ceux de l'Ouest. La Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie sont les pays les plus réticents à l’accueil des migrants.

Divorce à l'amiable

Publié le - Mis à jour le 25 Septembre 2015
Fracture Est/Ouest sur les migrants : l’Europe doit-elle tenter de sauver son destin commun ou le moment est-il venu de faire du “conscious uncoupling” comme Gwyneth Paltrow et Chris Martin ?

Des rixes à la frontière hongroise.  Crédit Reuters

Atlantico : Ce lundi se tenait la réunion entre  des chefs de la diplomatie du groupe de Visegrad (Pologne, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie) et leur homologue luxembourgeois - dont le pays préside l'UE - lundi à Prague.  Est-ce que cette première crise sécuritaire montre la fragilité de l'Europe ?

Roland Lombardi : Encore une fois l’Europe démontre qu’elle est un « nain politique » impuissant. Face à la plus grande crise de son histoire, il n’y a eu qu’incohérences et désunion. Les responsables européens sont complètement dépassés et ne maîtrisent absolument pas les évènements. Aucune stratégie, aucune autorité, aucune préparation et encore moins de clairvoyance, alors que cette situation était pourtant prévisible depuis plus de quatre ans et les fameux « printemps arabes » qui ont déstabilisé le Maghreb et le Moyen-Orient.

Avec autant de politiques migratoires que d’Etats membres de l’Union européenne, on assiste depuis à un spectacle véritablement affligeant. De plus, les frontières de l’Europe sont littéralement battues en brèche, niées, violées et enfoncées. Si certains continuent encore à y voir la tolérance et la générosité de l’Europe, beaucoup au contraire n’y voient que sa bêtise et surtout sa faiblesse. Il n’y a qu’à lire la presse internationale (hors Europe) pour s’en convaincre… Imaginez aussi l’image que donne alors cette Europe aux combattants de l’Etat islamique !

Devant la fracture Est/Ouest sur les migrants, quelle solution pour l’Europe ? Doit-elle travailler à sauver son destin commun ou le moment est-il venu de faire du "couscious uncoupling" ?

Guillaume Klossa : Il faut éviter à tout prix de tirer des enseignements rapides des désaccords actuels entre les pays de l'Est et de l'Ouest de l'Union européenne et de parler d'une fracture mortelle Est/Ouest comme certains sont censés le faire. C'est inexact et irresponsable.

La force du projet européen, c'est de créer les conditions d'un dialogue continu pour trouver des solutions à des problèmes dépassant la sphère nationale et souvent complexes, sans jamais que le dialogue soit rompu entre les partis. L'expérience montre que l'émergence de solutions communes prend du temps.

Pensons par exemple à la résolution de la crise financière de 2007, suivi de la crise grecque de 2010, les Européens, en raison notamment de divergences fortes entre les Français et les Allemands et non entre Est et Ouest ont mis près de deux ans pour aboutir à la création du mécanisme de stabilité financière et plus encore pour se mettre finalement sur la création de l'Union bancaire. La dernière crise grecque a plutôt montré des désaccords entre Etats de l'Europe du Nord et les Etats du Sud, mais finalement un mémorandum de compromis a été trouvé.

Plus récemment sur la question, il faut rappeler que c'est la Commission européenne qui a introduit avant l'été l'idée d'une stratégie globale pour gérer le défi migratoire et celle d'une répartition. La quasi totalité des Etats membres a alors réagi contre, France incluse avant de se rallier progressivement à un principe de répartition des réfugiés entre les différents Etats membres. 

Roland Lombardi : Le problème c’est qu’il n’y a pas de politique migratoire européenne commune. Par ailleurs, pourquoi n’y a-t-il pas eu de votes extraordinaires sur le sujet au Parlement européen ? Les sommets, non moins extraordinaires, n’arrivent-ils pas un peu tard ? A présent nous assistons à une véritable fracture Est/Ouest ou plutôt à une fracture entre les pays de l’Est européen et surtout l’Allemagne ainsi que la France. A l'Est nous avons un réalisme basé sur l'inquiétude légitime des autochtones, avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer... Et l'Ouest, nous avons les appels d'air, comme la politique des quotas (afin de répartir dans l’Union les 120 000 premiers réfugiés), et l'irresponsabilité basée sur les bons sentiments et la dictature de l’émotionnel, qui n'ont pourtant rien à faire en géopolitique et dans la conduite d’une nation. Notons au passage, qu’à l’Ouest, les craintes, là encore légitimes de la majorité silencieuse, sont totalement ignorées voire même condamnées et fustigées par un matraquage médiatique et idéologique quotidien orchestré par une minorité totalement déconnectée des réalités…

Pourtant, comme je l’écrivais déjà il y a plusieurs mois, la seule solution d’urgence et nécessaire aurait été celle de la fermeté. L’Europe, d’une seule voix, aurait dû interdire catégoriquement l’accès à son sol à tous les réfugiés. Tout en créant et finançant de grands centres d’accueil par exemple en Turquie, en Egypte, en Libye ou sur des îles grecques (cela aurait d’ailleurs évité les drames en mer que nous avons connus depuis). Ainsi, avec l’aide du HCR de l’ONU, les demandes auraient été traitées le plus sérieusement possible afin d’éviter toutes fraudes et afin de différencier les migrants économiques, des vrais demandeurs d’asile et des réfugiés de guerre.

Nicolas Sarkozy, dans sa dernière interview au Figaro, est un des rares responsables politiques français à avoir proposer de vraies solutions courageuses, réalistes et pragmatiques dans ce sens.

Autre chose : pourquoi ne pas obliger les monarchies du Golfe à accueillir, elles aussi, les réfugiés syriens ? Comme je le déclarais dans une précédente interview, ces Etats, qui ont pourtant une grande part de responsabilité dans les crises de la région, « refusent d’ouvrir leurs frontières », de « peur d’être déstabilisés ». Car comme le rappelle une militante saoudienne des droits de l’homme : "la responsabilité première de nos responsables, c’est de protéger leurs peuples"! On croit rêver !

En attendant, il faudrait pourtant que l'Europe soit unie et forte devant ce phénomène sans précédent et c'est malheureusement l'inverse qui se produit. Il ne faudrait pas que les déclarations menaçantes ou les diktats de « l'Ouest » annoncent un « divorce » alors qu'il faudrait comme vous le dites un conscious uncoupling entre les membres de l’Union qui prendrait en compte, enfin, les visions et les positions de « l'Est » mais aussi du « Sud » confrontés à une réalité autre que certains voudraient nous faire croire...

 
Commentaires

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  • Par borissm - 22/09/2015 - 08:36 - Signaler un abus S'il vous plaît, cessez de parler de "réfugiés"

    mais dites "immigrants". Ce sera plus clair. La Novlangue est inscrite dans vos têtes.

  • Par superliberal - 22/09/2015 - 08:39 - Signaler un abus Juste une bande de faux culs

    Si on demandait aux populations de l'Est et de l'Ouest je suis a peu près persuadé que la réponse serait la même. La différence c'est que nos politiques de l'Ouest sont des faux culs...

  • Par tubixray - 22/09/2015 - 09:10 - Signaler un abus Excellent contenu de R. Lombardi

    Seul le titre est tout à fait inadapté: Le Guardian peine à définir ce terme qui équivaut à un "divorce sans agressivité" et s'il y a fracture entre l'est et l'ouest c'est le fait de nos chefs d'état et non pas des peuples qu'ils sont censés représenter. Je fais ici allusion à Mme et son larbin Hollande.

  • Par zouk - 22/09/2015 - 10:02 - Signaler un abus Europe et Migrants

    Quel réquisitoire que cet article: Klossa comme Lombardi nous mettent en face des atermoiements, lâchetés, incompétences de quasiment tous les gouvernements européens, comme de la Commission ou du Parlement européen, dans une parfaite méconnaissance (volontaire?.....même pas) des problèmes très réels des pays de l'Est de l'UE

  • Par padam - 22/09/2015 - 10:36 - Signaler un abus invasion

    1/ Bonne analyse de la situation à ce jour de Monsieur Lombardi. En face, monsieur Klossa ne sait qu'anoner le sempiternel discours européo-technocrate dont il n'est jamais rien sorti et qui n'apporte rien, car sinon, depuis le temps ça se saurait... 2/ Des populations qui arrivent en masse dans un ou des pays sans y être invitées et sans l'accord des peuples concernés, en bon français ça s'appelle une invasion, et les individus des envahisseurs. Commençons par désigner les événements majeurs qui menacent aujourd'hui l'ensemble des Etats européens par leur vrai nom!...

  • Par Bretondesouche - 22/09/2015 - 11:02 - Signaler un abus Pas de bonne politique avec de bons sentiments

    La dictature de l émotionnelle sera censurée aux élections à venir ,les pseudo élites le savent mais ne veulent pas le reconnaitre Il faut s attendre à des surprises

  • Par D'AMATO - 22/09/2015 - 11:45 - Signaler un abus Fracture est/ouest OUI. Mais...

    Fracture franco-française car: -après nous avoir farci une democratie de plus en plus minuscule, deagradée et sans échine où le peuple qui paye, n'a pas son mot à dire, tant il est manipulé et où la pensée unique celebrée par les élites et quelques ésprots repus de sagesse innée vous apprennent que la seule chose que vous avez à faire c'est de cracher sans cesse au bassinet sous n'importe quel pretexte... -vous nous avez faite une Europe étudiée et concoctée par l'onc le SAM et qui sze délite parce-que ce n'est pas le coeur des gens qui vibre en son sein, mais la monnaie sonna&nt et trébuchante qui rebondit dansi les poches des politicccss de ioutes sortes et en tout genre et leurs accoquineés et qui tous se sont octroyés des avantages dégoutants au ppoint qu'un député à Strasbourd s'est autorié à predire la PENDAISON POUR TOUS p

  • Par D'AMATO - 22/09/2015 - 11:51 - Signaler un abus Suite...

    par les peuples écoeurés... -et puis ça aété la course ç l'extension: LA COURSE EN AVANT/:mais les faits sont lêtus et montrent l'ineptie de tous ces strategas; -et puis : votrz votez MAASTRICHT...allez on fait l'Euro...et le vote des peuples est méprisé.... etc,etc,etc.................................................................................................................................................

  • Par l'enclume - 22/09/2015 - 17:20 - Signaler un abus Un fond de commerce pour les médias et le F.Haine

    Qu"ils arrêtent de nous les briser menus, les migrants, les réfugiés, ne veulent pas venir ou rester en France. Ceux de Calais lorgnent vers l'Angleterre, les réfugiés veulent soit rester ne Allemagne où aller en Suède. Voir les mecs de l'OFPRA qui sont allés à Berlin, ils n'en ont convaincus, à peine 600, après moults et moults palabres.

  • Par Texas - 22/09/2015 - 22:01 - Signaler un abus @ l' enclume

    Laissez tomber le Marteau ! . Dans un espace économique commun européen vous allez nous expliquer qu' un million de réfugiés offrent plus d' opportunités pour le futur du continent , que ses 5 Millions de jeunes chômeurs indigènes ? . Désolé de vous le dire , mais vous partagez la même myopie que les burnes qui nous gouvernent .

  • Par vangog - 22/09/2015 - 23:57 - Signaler un abus La responsabilité première de nos dirigeants...

    "...c'est de protéger leurs peuples". Cette militante saoudienne des droits de l’homme a parfaitement raison et paraît plus intelligente que nos dhimmis-lécheurs-de-babouches et autres immigrationnistes gauchistes." la responsabilité première de nos responsables, c’est de protéger leurs peuples"...tout est dit, c'est tellement vrai, tellement simple, et tellement loin du mode de pensée idéologique de nos dirigeants déshumanisés! J'ajouterai qu'en détruisant l'Europe, par cet immigrationnisme irresponsable, ces europeistes détruisent aussi le Moyen-Orient et l'Afrique, en provoquant l'hémorragie de leurs forces vives...double-effet kiss-pas-cool d'une politique technocratique sans vision et sans âme...no future, UE! comme le rappelle : "la responsabilité première de nos responsables, c’est de protéger leurs peuples"! On croit rêver !

  • Par Gré - 23/09/2015 - 00:06 - Signaler un abus Avons-nous encore du temps ?

    Il est possible que " l'émergence de solutions communes prenne du temps", mais la question est justement là : avons-nous encore du temps ? Espérons que l'émergence de la guerre civile qui couve ne surgira pas avant une solution commune. Et ce n'est pas gagné. Aujourd'hui, la moindre étincelle mettra le feu aux poudres. Autour de nous, on n'entend parler que de réfugiés, et cela avec des mots qui ne laissent aucun doute sur la rage de la population. Mais ceux qui nous imposent ces réfugiés, ne nous fréquentant pas, ils ne s'en rendent pas compte. Comment a-t-on pu arriver à un tel déficit démocratique dans l'UE ?

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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Guillaume Klossa

Guillaume Klossa est fondateur du think tank EuropaNova et a été son président de 2003 à 2015. Ancien conseiller spécial du ministre en charge de la présidence française de l'UE et ancien conseiller du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe (Conseil européen), il anime un blog consacré à l'Europe. Il est aussi l'auteur de Europe, la dernière chance ? (2011) et Une jeunesse européenne (2014). @GuillaumeKlossa

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