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Espionnage, sexe, armes et influence… Il ne fait pas bon être citoyen russe aux États-Unis

La citoyenne russe Maria Butina, 29 ans, a été arrêtée le 15 juillet le jour de la rencontre Trump-Poutine. La jeune femme était surveillée par le FBI depuis son arrivée sur le sol américain en août 2016. Les écoutes de la NSA ont été fatales. Elle a été repérée alors qu’elle avait commencé à échanger avec des responsables de la National Rifle Association (NRA). Retour sur cette histoire d'espionnage qui passionne les médias américains.

Quand la réalité dépasse la fiction

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Espionnage, sexe, armes et influence… Il ne fait pas bon être citoyen russe aux États-Unis

 Crédit STR / AFP

Pour ceux qui connaissent un peu l’Histoire, les États-Unis semblent être revenus au plus chaud des années 1950 lorsque le Maccarthisme faisait régner la "Peur Rouge". Les services secrets US voyaient des espions communistes partout et, l’un des plus célèbres maîtres du contre-espionnage au sein de la CIA, James Jesus Angleton, déclenchait un vent de panique en particulier grâce aux révélations du transfuge soviétique Anatoli Mikhaïlovitch Golitsyne.

Une chasse aux sorcières était alors lancée dans tous les pays occidentaux. La France n’y a pas échappé et cela fera l’objet d’un best seller de Leon Uris, "Topaz" dont il sera tiré le film "l'Etau" (qui rencontrera un échec retentissant).

Cette période a considérablement marqué l’esprit des fonctionnaires servant dans les services de contre-espionnage. Depuis, ils soupçonnent tout le monde d’être des traîtres potentiels. C’est dans leurs gênes non seulement parce qu’ils ont été formés pour cela mais aussi parce qu’ils en sont intimement convaincus. Ce sont un peu les inquisiteurs modernes qui voient le "péché" partout. Combien d’officiers de renseignement, à la demande du contre-espionnage, ont ainsi été mis sur la touche parce que l’on appellerait aujourd’hui, un principe de précaution. Mais, jusqu’à la fin 2017, les preuves ont manqué pour pouvoir traîner en justice les suspects de trahison (depuis, il y a les deux cas "chinois" dont on ne connaît pas encore beaucoup de choses).
 
Les États-Unis sont aujourd’hui revenus à leurs fantômes d’antan et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, nombre d’hommes politiques US influencés par les lobbies militaro-industriels et du renseignement ont refusé d’admettre que la disparition de l’URSS et la dissolution du Pacte de Varsovie constituait la fin de la "menace rouge". D'ailleurs, il est à noter que les services américains ont durant toute la Guerre froide maximalisé la menace soviétique. Ces derniers étaient théoriquement capables de conquérir l'Europe en quelques jours (c'est pour cette raison que l'armée française se préparait alors à une guerre de courte durée. Dans les manoeuvres, elle ne s'attaquait qu'à l' "avant-garde" ou à la "flanc-garde" de l'ennemi "carmin" - ne pas dire "rouge" pour ne pas chagriner le PC - car le "gros" était bien trop puissant et seulement susceptible d'être détruit en partie par des frappes nucléaires tactiques de "dernier avertissement"). Les Occidentaux étaient bien obligés de croire les Américains puisqu'ils étaient les seuls a détenir des renseignements fiables particulièrement en raison de la puissance de leurs moyens techniques. Il a fallu attendre la guerre d’Afghanistan (1979/1989) pour se rendre compte que l’Armée Rouge était moins performante qu’annoncé et que peut-être Washington avait un peu exagéré la menace de manière à garder une place privilégiée en Europe.
 
Pour les Américains, s’il n’y avait plus de "danger mondial", pourquoi maintenir des budgets de la défense et du renseignement exorbitants. Il était peut-être alors temps de tirer les "dividendes de la paix" en se recentrant sur d’autres activités. Les importants lobbies évoqués plus avant ont donc tout fait pour que cette menace revienne sur le devant de la scène. Dans un premier temps les Russes n’ont pas réagi - faute de moyens - aux initiatives américaines menées par leurs services, mais aussi via des ONG financées en grande partie par des fonds publics, en Europe centrale. Les Américains ont alors décidé de pousser plus avant le cochonnet pour attirer enfin une réaction qui prouverait que Moscou était bien le "grand méchant" qu'ils recherchaient. L’OTAN s’est donc progressivement étendu aux marches de la Russie en particulier à la demande de la Pologne et des Pays Baltes qui gardaient, fort justement, un souvenir amer de l'occupation soviétique. Toutes les raisons étaient bonnes comme celle de la menace représentée par les missiles balistiques iraniens pouvait faire courir aux États-Unis - et plus accessoirement à l’Europe -. Cela nécessitait l’installation d’un système d’alerte avancé qui ne regarderait par vers la Russie - bien sûr - mais au cas où...
 
 
Commentaires

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  • Par A M A - 20/07/2018 - 18:02 - Signaler un abus Comme si la Russie et les

    Comme si la Russie et les Etats-Unis vivaient une idylle romantique soudaine depuis la chute du Mur. Un pacte Trump-Poutine, ce pourrait être grandiose et tranquillisant, comme le fut en son temps le pacte Molotov-Ribbentrop.

  • Par aristide41 - 20/07/2018 - 21:15 - Signaler un abus Vous avez l'air

    de dire que les citoyens russes sont persécutés aux USA. Mais la demoiselle a un sacré pédigrée. Ce n'est pas une petite russe lambda.

  • Par J'accuse - 22/07/2018 - 09:57 - Signaler un abus Sus à l'ennemi, quitte à l'inventer

    Le but de tout ça est de trouver un endroit où faire la guerre dans le monde, et de la justifier en instaurant un climat d'insécurité parmi les citoyens. Le Pentagone, la CIA, les industriels de l'armement, les sociétés de mercenaires, etc. sont en manque de leur drogue: ça fait trop longtemps que les États-Unis ne sont pas en guerre quelque part. Une vraie, pas quelques petites bombes par-ci par-là ou quelques commandos de forces spéciales, mais celle qui fait dépenser quelques centaines de milliards par an pendant au moins 5 ans. Manque de pot pour eux, Trump, malgré ses allures martiales et ses provocations, n'est pas un guerrier: il n'a même pas su faire la guerre à Kim, et ne cherche que le prix Nobel de la paix. Quel idiot !

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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