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Les erreurs médicamenteuses ne diminuent pas : a-t-on trop banalisé le médicament en France ?

Depuis quelques dizaines d'années, les ministres de la Santé proposent des plans de lutte contre les erreurs médicamenteuses, sans succès pour autant. Ces erreurs font pourtant des milliers de morts chaque année.

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Les erreurs médicamenteuses ne diminuent pas : a-t-on trop banalisé le médicament en France ?

 Crédit Reuters

Atlantico : Depuis quelques dizaines d'années, les ministres de la Santé proposent des plans de lutte contre les erreurs médicamenteuses, sans succès pour autant. Ces erreurs font pourtant des milliers de morts chaque année. Qu'est-ce qui explique selon vous que l'on n'arrive pas à endiguer ce phénomène massif d'erreurs médicamenteuses ?

Stéphane GAYET : Les médicaments sont des produits de santé voulus, pensés, fabriqués - nonobstant le fait que beaucoup d'entre eux proviennent encore de plantes, dans l'esprit de la doctrine de Galien -, prescrits et administrés par l'homme ; pourtant, il est permis d'utiliser le terme de fléau à propos des erreurs médicamenteuses, tant ce phénomène est ravageur et difficile à maîtriser. En effet, les ministères chargés de la santé qui se succèdent depuis des décennies ne parviennent pas à faire baisser de façon significative le nombre d'erreurs médicamenteuses qui surviennent chaque année en France.

Une erreur médicamenteuse est une situation où une personne a reçu un médicament de façon inadéquate à ce qu'elle aurait dû recevoir. On peut y inclure les situations où une personne n'a pas reçu de produit alors qu'elle aurait dû en recevoir un. Les causes et les personnes pouvant être impliquées dans des erreurs médicamenteuses sont assez nombreuses. Une erreur peut produire un accident médicamenteux ou non ; en particulier, elle peut être récupérée lors de l'une des étapes du circuit du médicament. Par ailleurs, un accident médicamenteux peut être dû à une erreur ou non : certains accidents sont évitables et d'autres le sont beaucoup moins.

Les erreurs médicamenteuses se produisent surtout aux extrémités du circuit

Le médecin

Le circuit du médicament commence en principe par la prescription médicale. Les risques d'erreur y sont très nombreux. À côté des erreurs évitables que peut faire un médecin qui prescrit un traitement médicamenteux, il existe aussi des événements indésirables, plus difficiles à éviter dans la mesure où le médecin prescripteur ne dispose pas toujours des informations voulues (allergie, sensibilité excessive à un effet secondaire toxique, prise à l'insu du médecin d'un médicament incompatible, terrain particulier ou pathologie chronique inconnus du médecin, mais qui peuvent interférer avec la prescription, etc.). Le dictionnaire VIDAL, encyclopédie officielle des médicaments français, contient dans sa 94e édition 2018, plus de 4600 spécialités, c'est-à-dire de noms commerciaux de médicaments. Il est inutile de préciser que la taille de cette base de données est source de difficultés pour la mémoire d'un médecin. Il est déjà difficile pour un spécialiste de connaître de façon exhaustive les produits de son domaine, a fortiori pour un généraliste qui est dans l'incapacité de tout connaître. Les médicaments génériques ont contribué à aggraver la situation à partir de 1996, date de leur vrai début à la suite du décret ministériel signé par Jacques Barrot. Car les génériques se sont multipliés avec des dosages variés et différentes présentations, tout en coexistant avec les médicaments princeps ou originaux. Chaque médecin n'a pas d'autre choix que de se constituer un répertoire médicamenteux personnel, contenant un nombre raisonnable et en principe suffisant de spécialités médicamenteuses qu'il connait assez bien et de s'en tenir à cette liste pour soigner ses patients. Mais il arrive de plus en plus souvent que ses patients prennent d'autres médicaments prescrits par d'autres médecins (spécialistes). Il paraît donc évident que les médecins – surtout les généralistes – ont besoin de systèmes experts d'aide à la prescription. Mais beaucoup de patients considèrent encore qu'un médecin compétent doit tout connaître et que le recours à l'informatique est un signe péjoratif qui indique un savoir insuffisant. Alors que ce recours est en faveur de leur sécurité. Il est indispensable. On peut remarquer que le contexte n'est pas du tout le même en établissement de santé et en cabinet libéral. L'exercice en établissement de santé est en général plus confortable, en raison des réseaux informatiques avec accès à des bases de données et des plateformes professionnelles, ainsi que d'un environnement pluriprofessionnel et pluridisciplinaire.

 
Commentaires

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  • Par Stéphane Gayet - 20/08/2018 - 17:25 - Signaler un abus Initiative de l'OMS pour réduire les erreurs médicamenteuses

    http://www.who.int/fr/news-room/detail/29-03-2017-who-launches-global-effort-to-halve-medication-related-errors-in-5-years

  • Par cloette - 21/08/2018 - 11:10 - Signaler un abus Erreur de prescription

    S'il y a erreur de diagnostic, si si ça existe .

  • Par Stéphane Gayet - 21/08/2018 - 13:54 - Signaler un abus Les erreurs de diagnostic, sources de prescriptions erronées

    En effet, les erreurs de diagnostic existent, évidemment ; mais elles sont beaucoup moins fréquentes quand le diagnostic est porté de façon collégiale (au moins deux personnes), d'où l'intérêt de travailler en équipe ou en groupe. D'où l'intérêt également des logiciels experts d'aide au diagnostic. Une erreur de diagnostic est bien sûr source de prescription médicamenteuse en inadéquation avec l'état et les besoins réels du patient. C'est donc une autre circonstance d'erreur médicamenteuse, en effet.

  • Par cloette - 21/08/2018 - 18:06 - Signaler un abus Les maladies à leur début

    qui ne sont pas déterminées par aucune analyse en labo ,ni aucune radio ou scanner ( en neurologie je suppose ) sont difficiles à diagnostiquer .....( une tumeur, on la voit, un cancer se détecte, mais si quelqu'un a des troubles inexplicables, on dit "c'est psy ", ou on donne un verdict , mais on peut se tromper! )

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 24/08/2018 - 17:38 - Signaler un abus Les erreurs médicamenteuses sont très nombreuses

    La première cause d'erreur médicamenteuse est l'absence de dossier médical électronique propriété du patient. la deuxième est le défaut de transmission de l'information: liste des médicaments en cours la troisième est le non recours aux données de la littérature quant à l'utilisation de certaines classes médicamenteuses difficiles. Nous n'avons jamais eu autant de possibilités de traiter efficacement avec un très bon bénéfice/risque mais en revanche nous prescrivons trop et à tort et à travers sous la pression des patients qui est facilitée par la gratuité.

  • Par Dr Guy-André Pelouze - 24/08/2018 - 17:41 - Signaler un abus Le médicament "banalisé"?

    Non mais gratuit et prescrit pour satisfaire la demande et non guérir c'est certain. Je ne considère pas comme "banal" de lire des rescriptions de 15-20 voire 30 lignes chez des personnes âgées.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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