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Corée du Nord : les discrets messages de la parade militaire de Kim Jong-un à l’égard du monde

Pour célébrer les 70 ans de la fondation du régime nord-coréen, une très spectaculaire parade militaire et populaire était organisée à Pyongyang.

Le bruit des bottes

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Corée du Nord : les discrets messages de la parade militaire de Kim Jong-un à l’égard du monde

 Crédit Ed JONES / AFP

Atlantico : Pour célébrer les 70 ans de la fondation du régime nord-coréen, une parade militaire et populaire était organisée à Pyongyang. A quel point cet événement est important en terme de politique intérieure, le régime et pour les Nord-Coréens ? 

Barthélémy Courmont : Ce défilé militaire organisé chaque année est une tradition très importante pour le régime nord-coréen, qui montre ses capacités, à la manière de ce que faisait l'Union soviétique, dont il s'est inspiré. Il l'est plus encore à l'heure des célébrations du 70ème anniversaire de la fondation de la République démocratique de Corée, sachant que le régime est pour sa part en place dès 1945, avec le soutien de Moscou. L'armée est l'un des piliers du régime, et l'un des principaux garants de sa légitimité autant que sa force et sa résistance.

On se souvient notamment que dans les années tumultueuses qui suivirent la fin de la Guerre froide, et en marge des sanctions internationales de plus en plus musclées, Pyongyang faisait état de sa capacité de résistance en affichant ses forces armées. De même, ces défilés furent l'occasion, au cours des dernières années, de voir exposés les missiles balistiques nord-coréens, considérés par le régime comme la meilleure garantie de survie. En matière de politique intérieure, l'armée est au service du régime, et on voit régulièrement les dirigeants s'afficher en compagnie de militaires. C'est un moyen de contrôler et de couper court à toute forme d'opposition, et c'est aussi l'une des caractéristiques propres à un régime totalitaire. Et sur la scène internationale, c'est une arme diplomatique, un message sans cesse rappelé au reste du monde que le pays est soudé derrière son dirigeant et son armée.

L'absence des missiles balistiques nord-coréens a également beaucoup fait réagir et était pointé comme "un gage de bonne volonté de Pyongyang" immédiatement salué par le président américain. Mais n'est-ce pas aussi à interpréter comme la preuve que la Chine exerce une pression suffisante sur Pyongyang?

C'est de fait un gage de bonne volonté, qui s'inscrit dans la volonté de Pyongyang de renforcer le dialogue et d'apaiser les tensions. D'ailleurs, c'est un signe à la fois dirigé vers Washington et Séoul, tandis que la prochaine rencontre entre Kim Jong-un et Moon Jae-in, prévue à Pyongyang, approche. Le régime sait pertinemment que l'affichage de ses missiles balistiques aurait été immédiatement interprété comme une provocation, et risquait de mettre à mal le processus de dialogue. De son côté, la Chine a toujours condamné les essais nucléaires nord-coréens, et critiqué les tirs de missiles. Aussi on peut sans doute voir dans ce geste du régime la réponse à une demande de Pékin. Mais ne surestimons pas non plus l'influence chinoise sur le régime nord-coréen, qui a appris à gérer son agenda de manière très autonome. Kim Jong-un sait parfaitement ce qu'il fait, et sa priorité est de renforcer le dialogue avec Séoul, tout n bénéficiant sur ce point de la bénédiction de Washington et du soutien de Pékin.

Même si l'accent de la parade semble avoir été mis sur le développement économique du pays est-ce pour autant que cela signifie que la dénucléarisation est en bonne voie ? 

Malheureusement non. De récentes déclarations d'inspecteurs de l'AIEA ont fait état d'avancées très limitées, voire nulles, dans le processus de dénucléarisation. Cela n'est pas surprenant. Jusqu'à présent, le régime nord-coréen n'a obtenu aucune garantie concrète, notamment de la part de l'administration Trump. Les intentions sont là, des deux côtés, et elles sont louables, mais elles ne s'accompagnent pas encore à ce stade d'une feuille de route validée de part et d'autre. Nous restons dans le symbole, et soyons clair, c'est déjà un premier pas, et pas des moindres. Pour la première fois depuis plus de dix ans, Pyongyang ne cherche pas à mettre de l'huile sur le feu à l'occasion de ce défilé hautement symbolique. Ce n'est pas anodin, et à défaut du reste, il faut pour l'heure s'en contenter, et pourquoi pas s'en réjouir. En ce qui concerne le développement économique, rappelons simplement que c'est une réalité. La Corée du Nord connait depuis quelques années une croissance qu'elle n'a jamais observée depuis al fin de la Guerre froide, conséquence de réformes assez habiles et en grande partie inspirées du modèle chinois. Pour la première fois, le régime peut mettre en avant les résultats positifs de ces réformes, et là aussi, ne boudons pas notre plaisir. Cela vaut mieux que de faire défiler des missiles intercontinentaux.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 11/09/2018 - 17:35 - Signaler un abus Pas mieux qu'El-Assad, mais Kim est sympa, paraît-il

    Ce qui a changé est que Kim devient un dirigeant fréquentable. C'est le résultat de son chantage nucléaire. On ne s'étonnera pas qu'il soit de plus en plus invité, ailleurs qu'en Chine, et on fait comme s'il n'était pas un effroyable dictateur, le troisième d'une dynastie. Ne doutons pas que s'il y avait des soulèvements populaires (et sans doute y en a-t-il eu), les répressions seraient sanglantes, comme en Syrie. Kim a su échanger une guerre qu'il n'aurait pas déclarée contre une reconnaissance internationale. Bien joué.

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Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est maître de conférences l’Université Catholique de Lille, directeur de recherche à l’Iris, et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il est l'auteur de L’énigme nord-coréenne (Presses universitaires de Louvain) et Mémoires d’un champignon. Penser Hiroshima (Lemieux éditeur).

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