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Comprendre les secrets de fabrication de la stratégie de sidération de l’EI pour résister à sa redoutable efficacité

Les "islamistes 2.0" ont une approche de la communication véritablement globale, à l’instar des nazis et d’autres totalitarismes, férus de propagande scientifiquement étudiée. Ils ont ainsi leur propre société de production vidéo, leurs webmasters, des cellules "marketing", etc...

Jihadisme 2.0

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Comprendre les secrets de fabrication de la stratégie de sidération de l’EI pour résister à sa redoutable efficacité

Les "islamistes 2.0" ont une approche de la communication véritablement globale. Crédit Reuters

La guerre livrée par le totalitarisme islamiste est au moins autant psychologique et médiatique que militaire ou terroriste. L’extrême efficacité marketing des insoutenables mises en scène ne doit pas être mise sur le compte de la simple folie. Car cette stratégie de la sidération explique comment des villes et régions entières de Syrie et d’Irak ont été conquises en quelques jours par Da’ech (Etat Islamique), très souvent sans que les jihadistes n’aient eu à combattre.

Elle explique aussi le pouvoir d’attraction de l’EI qui attire à lui tant de jihadistes venus des quatre coins du monde, y compris des pays occidentaux.

Contrairement à une idée reçue, le but des égorgeurs de l’EI n’est pas de faire le maximum de morts parmi les captifs locaux ou occidentaux, ce qu’Al-Qaïda faisait mieux qu’eux, mais avant tout de faire parler d’eux au maximum grâce au pouvoir multiplicateur quasi infini des réseaux sociaux qui fonctionnent sur la diffusion virale des informations et des images puis sur le principe du voyeurisme. Le but est avant tout de provoquer un "marketing négatif", de faire parler au maximum de soi, puis de saper le moral à la fois de l’ennemi "lointain" (Occidentaux) et de l’ennemi "proche" (musulmans "apostats").

Sidération et terreur

La stratégie de la sidération fit jadis les succès des Huns, des Mongols, mais aussi des premiers conquérants arabo-musulmans auxquels se réfèrent les "jihadistes 2.0" et Da’ech et qui parvinrent ainsi à détruire l’empire perse, prendre les possessions orientales et maghrébines de l’empire byzantin, puis d’arriver jusqu’à l’Espagne et à Poitiers entre 711 et 732, donc en à peine un siècle. Elle combine les tactiques de guerre éclair, les embuscades, les actes terroristes, les prises d’otages et la guerre psychologique fondée sur les ruses, les rumeurs noires et la publicité d’actes atroces visant à terrifier et fasciner en même temps grâce au choc visuel et émotionnel. Le choc a pour but de susciter une soumission immédiate et d’inhiber l’Autre en ôtant chez lui toute velléité de résistance et de combat.

La stratégie de la sidération est destinée à créer chez l’ennemi un état d’inhibition et de paralysie totale qui met ce dernier hors d’état de se défendre. On parle aussi de "terreur catalepsiante", paralysie conçue comme une réaction à un traumatisme psychique.

La sidération allie l’état de stupeur émotive paralysante à une forme de fascination masochiste et morbide. Elle est indissociable du principe de communication et de marketing qu’est l’identification. Les Jihadistes pourraient mettre en scène dans leurs vidéo des tas de cadavres et des charniers impersonnels. Mais cela serait moins efficace qu’une vidéo mettant en scène la décapitaton en direct d’un Occidental à qui l’on peut aisément s’identifier (base de la communication marketing et principe élémentaire de fonctionnement de notre psychisme qui est mimétique et qui a besoin de s’identifier).

Images d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards décapités, enterrés vivants, accrochés à des crocs de boucher, crucifiés, émasculés ; femmes et filles vendues comme bétail sur les marchés de Mossoul, etc…, l’objectif est de la sidération est de :

- dissuader les récalcitrants et les dissidents de son propre camp, toujours suspects d’être qualifiés de "traitres" à leur communauté, ce qui renforce le conformisme de groupe ;

- susciter la fascination et la mobilisation chez tous ceux qui ont une tendance sadique-perverse et psychopatique : l’EI leur fait savoir qu’ils pourront, moyennant une conversion rapide, venir assouvir leurs fantasmes chez Da’ech en toute impunité et même avec une prime…

- affaiblir psychologiquement "l’ennemi proche" (local) ou "l’ennemi lointain" (occidental) en culpabilisant l’otage égorgé que l’on oblige à lire avant sa mort en direct une profession de foi par laquelle il accuse son propre gouvernement (occidental) d’être responsable de ce qui va lui arriver.

- créer chez le public ennemi un "syndrome de Stockholm antérograde", c’est-à-dire une soumission volontaire par peur et anticipation. L’ennemi doit être à la fois terrifié et retourné par l’alliage redoutable qu’est la terreur visuelle et la culpabilisation-diabolisation. L’Occidental qui regarde terrifié l’image de l’otage en train de lire un message rendant l’Occident impérialiste-"croisé" responsable des égorgements d’Infidèles doit devenir un futur "complice" idéologique objectif qui relaiera par peur anticipatrice une partie des griefs des islamistes qui accusent les gouvernements "croisés" d’avoir "envahi des terres musulmanes", comme l’Irak, ou "d'opprimer" les musulmans, de sorte que la barbarie jihadiste de l’EI n’en serait que la conséquence. Le meilleur exemple passé de ce syndrome de Stockholm collectif fut le vote des Espagnols terrifiés par les attentats de Madrid (2004) en faveur de Luis José Zapatero alors que la droite était donnée vainqueur avant les attentats dont les jihadistes avaient rendu responsable le gouvernement de droite de José Maria Aznar.

Comme jadis les terribles Huns d’Attila, l’EI est toujours précédé de sa réputation barbare (crucifixions, décapitations, etc.) qui terrorise, sidère et crée des mouvements de paniques, à tel point que, souvent, les jihadistes n’ont pas besoin de combattre pour s’emparer de nouvelles positions… La guerre psychologique déployée par Da’ech est redoutablement efficace. Elle sert les batailles sur le terrain qui suivent elles-mêmes les stratagèmes. En médiatisant leur terreur barbare pour sidérer et démoraliser l’ennemi avant la bataille, les moujahidines de l’EI ont pu s’emparer de villes entières sans rencontrer de résistance. D’où la diffusion permanente par les communicateurs de l’EI de vidéos et photos d’ennemis décapités. Ainsi, lorsque les troupes de l’Etat islamique se sont emparées, le 8 août 2014, du camp de la brigade 93, une importante base de l’armée syrienne dans la province de Raqqa, et qu’elles ont massacré 300 soldats d’Assad, les webjihadistes ont mis en ligne la décapitation de soldats syriens afin de terroriser l’ennemi "infidèle". La chute de la base militaire fut d’ailleurs tactiquement menée d’une main de maître, grâce à la stratégie des kamikazes : un triple attentat suicide a ouvert la voie aux troupes jihadistes qui ont pénétré les lieux déjà endommagés. La prise de cette base a permis à l’EI de prendre possession de quantité de matériels et armement lourd.

 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 09/12/2014 - 15:43 - Signaler un abus Oui ok. mais n'oubliez pas que tout le matériel pris à Mossoul

    et laissés par les Américains aux Irakiens n'est pas entièrement entre les mains de ces nazis : ils ont même été obligés d'en détruire faute de savoir s'en servir !!!! Mais pas la peine d'avoir peur... comme les nazis, ils disparaitront et assez rapidement

  • Par langue de pivert - 09/12/2014 - 17:42 - Signaler un abus Cette "stratégie" n'est que l

    Cette "stratégie" n'est que l'application du "mode d'emploi" de l'islam à savoir le coran ! Rien de bien nouveau donc ! L'occident a loupé une occasion unique de laisser cette secte se cannibaliser ! Il suffisait de laisser les états du moyen-orient faire SEUL, leur cuisine chez eux, de refermer le couvercle et d'attendre 10 ans pour voir si l

  • Par langue de pivert - 09/12/2014 - 17:44 - Signaler un abus Zut ! Voilà ce que c'est de taper comme un dingue ! ☺

    si la soupe est bonne !

  • Par Texas - 09/12/2014 - 22:21 - Signaler un abus @ langue de pivert

    Quelques équations à n inconnues persistent cependant qui ont pour noms : Hydrocarbures , Centrifugeuses , Détroits ...

  • Par langue de pivert - 10/12/2014 - 11:30 - Signaler un abus @Texas

    Une guerre de religion entre les 3 sectes islamiques et entre pays du moyen-orient demandera du nerf (le nerf de la guerre c'est le fric et le fric c'est le pétrole ! J'ai sûrement déjà mis dans ma bagnole du pétrole venant de la contrebande de l'E.I., avec transit par la Turquie et je n'ai pas manqué de pétrole pendant la guerre Iran-Irak !) Ils auront plus besoin de le vendre que nous de l'acheter ! 1ère inconnue. Le deuxième : guerre nucléaire au moyen-orient ? C'est à eux de voir ! Ça me parait pas une bonne idée ! ☺ Vers l'occident (disons les pays "démocratiques") ? On a des surplus et ils savent qu'une seule attaque d'un seul pays de l'occident : c'est le "déstockage" et la vitrification de la région ! Troisième inconnue voir la première ! :-) Laissons faire la nature donc ! Nous économiserons du temps, des vies et du fric et si la soupe n'est pas bonne il sera toujours temps d'agir ! Le seul fait de les laisser entre eux ça va les calmer vous pouvez me croire ! Séparer 2 chiens en train de se battre n'est pas une bonne idée : 1) ils risquent de se retourner tous les 2 contre vous. 2) La hiérarchie n'ayant pu se mettre en place ils recommenceront à la première occasion !

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

 

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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