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Comment l’'Europe est sur le point de faire de la BCE un monstre incontrôlable

Le Parlement européen et les Etats membres de l'Union européenne sont parvenus à un accord permettant à la Banque centrale européenne de superviser la quasi-totalité des banques de la zone euro dès 2014.

La doctrine Draghi

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La toute-puissance de la BCE : a soumis les peuples de la zone euro en 6 étapes

 

1 Au commencement était déjà un pouvoir régalien, magistral, systémique et souverain, le pouvoir ultime de création monétaire, l’autorité sur les banques centrales nationales et de facto sur les banques commerciales.

Quand on y pense ce n’est pas rien, surtout quand il y a en face non pas 1 gouvernement mais 17, fort divisés dans leurs préférences, dans leurs structures, dans leur positionnement dans le cycle économique. 

2 Une nanoseconde après cette création ex-nihilo inédite et foudroyante (et fort peu démocratique, mais passons), la BCE se voit dotée des mêmes attributs que la Bundesbank, car sinon les Allemands n’auraient pas abandonné leur cher Mark :

Primo, une indépendance hyperbolique, quasi-religieuse, concrètement : la responsabilité du banquier central ne sera jamais engagée et le manque de transparence sera total (contrairement aux autres banques centrales, la BCE ne communique pas les minutes de son comité de politique monétaire, par exemple, donc concrètement on ne sait jamais ce qui s’y passe, qui vote quoi en interne ? y-a-t-il seulement un vote ?), autrement dit c’est l’immunité dans l’impunité, aucune évaluation n’est possible et l’article 15 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen se trouve violé au quotidien. Tout cela est scellé par un Traité qui est moins facile à modifier que les lois qui régissent les mouvements des planètes (en raison de l’hétérogénéité des préférences, évoquée plus haut), alors qu’il avait fallu attendre 1992 pour que l’indépendance de la Bundesbank ait une valeur constitutionnelle. Open bar.

Deusio, cette technocratie qui est aux commandes pourra choisir elle-même (le Traité est assez flou et presque américain sur ce point, qui évoquait l’inflation ET la croissance) son objectif. Sans surprise, ce sera la seule maitrise de l’inflation, alors même que celle-ci a été dans la pratique éradiquée partout en Occident depuis le début des années 80. Luxe supplémentaire, la BCE pourra choisir la mesure de l’inflation qui l’arrange le mieux (elle a choisit la mesure la plus maximaliste et celle qui a le moins de signification économique, l’indice des prix à la consommation), et pourra se référer aux agrégats monétaires seulement quand ça l’arrange (c'est-à-dire pas souvent depuis 2008). Free as a bird.

Tertio, les hommes de la BCE seront choisis exclusivement parmi la population croissante des européens non-économistes, c'est-à-dire parmi des fonctionnaires aux CV impeccables mais qui ne sont pas des spécialistes des questions monétaires (il ne faudrait surtout pas faire comme la Réserve fédérale ou la Banque d’Angleterre). Parmi les 20 ou 30 experts européens de ces questions, aucun n’a jamais travaillé pour la BCE, même à temps partiel. A Francfort il y a bien un staff d’économistes, mais ils sont recrutés sur des critères très Bundesbank (pas de lecteurs de Scott Sumner, pas de dissidents, autodafé des livres de Milton Friedman) et ils sont de toute façon peu écoutés. No debate, no problem.

3 Quelques mois après cette fondation ratée, la BCE a commencé son impérialisme institutionnel par le plus simple et le plus efficace : un anschluss sur la politique de taux de changes (« Mr euro, c’est moi, ma signature est sur les billets », disaient Duisenberg comme Trichet). Cette OPA hostile était certes assez prévisible : quand on fixe les taux d’intérêt courts, concrètement on a la main sur une partie des parités de changes, et il était illusoire de penser que le fantomatique Eurogroupe puisse un jour tenir le rôle équilibrant que joue le Trésor aux Etats-Unis. Ceci dit, étant donnée la « pensée » anti-Friedman qui règne à Francfort (on devrait plutôt appeler cette ville Mark-cher), cet abandon croissant des questions de changes a eu des conséquences tragiques, en particulier à partir de 2007 où l’euro est clairement devenu la monnaie des cocus à l’échelle globale.

Pour une zone euro où la main d’œuvre est déjà chère et l’immobilier hors de prix, voir l’ensemble de ces valeurs libellées dans une monnaie maintenue artificiellement trop chère (par le refus de la BCE de faire comme les autres banques centrales des taux à 0% et des programmes d’achats massifs d’actifs) est un vrai problème, une source d’accélération des sorties de capitaux et des spirales déflationnistes à la périphérie. La BCE s’en moque comme de son premier symposium sur la compétitivité.

4 A partir de 2008, la BCE récupère de facto la surveillance budgétaire puisque le Pacte de stabilité explose et que son gardien (la Commission européenne) se retrouve démonétisé. Cela faisait longtemps qu’elle attendait ça : pouvoir exercer du chantage sur les gouvernements de son choix, ne plus simplement donner des leçons d’orthodoxie mais s’immiscer directement dans les processus budgétaires, et punir les fautifs via son influence déterminantes sur les marchés obligataires (qui font ce qu’elle le demande de faire : vous ne trouverez personne dans les salles de marchés modernes pour se positionner face à une banque centrale déterminée).

Elle invente donc la conditionnalité : je vous aide mais en contrepartie vous devez faire de l’austérité au pire moment (les économistes ne désignent pas ça comme de l’orthodoxie mais comme de la stupidité, passons), et des réformes structurelles au moins sur le papier (libérer l’offre productive en pleine crise de la demande, très malin), d’ailleurs si les décrets d’application tardent ce n’est pas grave car au fond l’objectif est 100% politique, un pur rapport de force (si par malheur la croissance revenait, l’inflation aussi peut-être). Sinon, bobo : coup d’Etat contre Papandréou, coup d’Etat contre Berlusconi, l’ordre règne quand on dirige les spreads de taux. Le pouvoir, c’est sympa, surtout quand on en abuse.

 
Commentaires

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  • Par troiscentsalheure - 21/03/2013 - 08:08 - Signaler un abus Les partisans du PS, de l'UDI et de l'UMP

    sont les ennemis de la démocratie. Le fédéralisme européen conduira à la dictature de l'oligarchie bruxelloise. Le peuple doit reprendre la souveraineté et pouvoir légiférer par le biais du référendum d'initiative populaire.

  • Par Rlilette - 21/03/2013 - 10:45 - Signaler un abus A méditer:

    "Donnez-moi le pouvoir de créer la monnaie et je me moque de qui fait les lois !" - Mayer Amshel Rothschild

  • Par mich2pains - 21/03/2013 - 12:26 - Signaler un abus Tout cela était " calculé " dés le début !

    Pour ceux qui ont de la mémoire et pour tous les autres qui peuvent relire via Internet , le " TRAITE de MAASTRICHT " tel que soumis au référendum populaire , rappelez-vous que .....certains articles dans ce traité , étaient volontairement vides de contenu !.... On pouvait trés clairement lire : " CET ARTICLE SERA REMPLI........ULTERIEUREMENT " (sic) . Bref , ce n'est plus l'heure de venir se plaindre , la gueule enfarinée : Jamais , les électeurs du "OUI" auraient dû signer un tel Chèque en blanc pour Maastricht ! Et maintenant , que peut-on faire pour sortir de ce Traité infâme ? Une seule solution reste possible : le vote MARINE , la seule à déclarer que " Quand un traité est mauvais pour le peuple , ce trtaité a vocation à être ....DECHIRE " !

  • Par gdv - 21/03/2013 - 12:44 - Signaler un abus L'europe c'est la solution pas le problème, n'en déplaise à MUCH

    Il suffit de voir comment la France règle le problème de l'immigration pour comprendre que notre élite politique n'a rien compris à l'ampleur du problème. Maintenant, pour être concret, comparez la composition de notre équipe de football à celle des autres pays Européens comme l'Italie, l'Espagne ou même l'Allemagne pour comprendre que la solution Nationaliste Française est d'une stupidité déconcertante. Nous sommes le ventre mou de l'Europe en matière de défense de nos valeurs et de notre identité, messieurs et mesdames les Frontistes, confiez le pouvoir à l'Europe et vous verrez vos revendications identitaires bien mieux défendus. Monsieur MUCHERIE est juste un trader qui, au mieux recherche à introduire un peu de volatilité sur les marchés et qui, au pire est un imbécile sans culture.

  • Par vaclav olmac - 21/03/2013 - 15:22 - Signaler un abus Les destins de l'Europe (1)

    La montée en puissance de la BCE est le corollaire de l’absence de strate politique puissante dans l’UE. L’UE n’a pas d’institutions politiques autonomes capables de définir une ligne politique spécifiquement européenne et de la mettre en œuvre. L’UE est dirigée sur un mode intergouvernemental intervenant sur des bouts de politique. Dans ce contexte, c’est souvent la nation la plus puissante et ses affidées qui ont le dernier mot. Et c’est pourquoi la BCE s’est modelée dans le moule de la Bundesbank après que l’Allemagne ait abandonné son Mark pour partager l’Euro avec ses partenaires à condition qu’il soit solide comme un roc. L’Allemagne, elle, a, semble-t-il, toujours eu une vision politique pour l’Europe. Elle a mené un projet européen qui, certes, ménageait ses intérêts (qui pourrait le lui reprocher ?) mais qui avait peut-être l’ingénuité de postuler que les Européens du sud et son « conjoint » français adopteraient son modèle parce qu’ils intégraient l’Eurozone.

  • Par vaclav olmac - 21/03/2013 - 15:23 - Signaler un abus Les destins de l'Europe (2)

    Ironiquement, l’histoire a montré l’inverse. C’est parce qu’ils ont adopté l’Euro que les Sudistes se sont éloignés encore plus du modèle allemand. Profitant de taux d’emprunt très bas, ils ont maintenu en vie sous perfusion bancaire des systèmes économiques inefficaces. Par la force des choses, la BCE est en première ligne, avec la garantie de l’Allemagne, pour tenter de garder ensemble les morceaux du puzzle européen. Son pouvoir a grandi car elle est techniquement la seule institution à pouvoir gérer la crise actuelle et qu’il n’y a en face d’elle aucune institution politique autonome capable de définir un projet cohérent, européen, de sortie de crise et de l’appliquer. Le contrôle démocratique des peuples comme remède à cette hyperpuissance de la BCE et comme source de solutions à la crise n’est pas pertinent dans la configuration actuelle. D’une part, la monnaie unique et son système ont été adoptés démocratiquement par referendum ou par des parlements élus. D’autre part, la crise des dettes souveraines dans l’Eurozone a été provoquée par des gouvernements démocratiquement élus et on pourrait même dire parce que démocratiquement élus.

  • Par vaclav olmac - 21/03/2013 - 15:24 - Signaler un abus Les destins de l'Europe (3)

    L’Europe n’a devant elle que 3 solutions à la crise : 1) elle se transforme en structure impériale avec un souverain unique, un gouvernement unique et un système de subsidiarité déléguant des pouvoirs du haut en bas de l’échelle (gouvernement central, nations, régions, sous-régions, communes avec à chaque niveau le pouvoir législatif correspondant) sur le modèle d’une monarchie constitutionnelle décentralisée de type austro-hongrois. 2) elle n’accomplit pas le saut institutionnel défini en 1. Elle ne peut alors résoudre les crises engendrées par les manques de gouvernance politique qu’en adoptant les solutions préconisées par le syndicat des nations les plus puissantes. 3) elle se disloque en groupes de pays aux intérêts convergents (bloc germano-nordique, ensemble latin, Mitteleuropa orientale et balkanique), les plus faibles tombant dans l’orbite des plus forts (devinez lesquels !). Dans cette perspective, le Royaume-Uni et l’Irlande s’arriment naturellement aux Etats-Unis.

  • Par Equilibre - 21/03/2013 - 17:21 - Signaler un abus L'UERSS est un monstre, une bête, une horreur

    Une erreur de la nature économique et politique. Elle n'est pas une zone monétaire commune optimum, d'où toutes les bouses qui sont en train d'arriver, de véritables chocs asymétriques qui ne peuvent être résolus. Elle n'a pas de tête, pas de cœur, pas d'âme Elle a grossi trop vite, fait rentrer tout et n'importe qui. Il n'y a RIEN de démocratique. Quand un vote ne lui plait pas, une nouvelle maladie apparaît: le revotage. Personne n'a jamais autant revoté depuis qu'elle est là. Ses valeurs sont pourtant simples: - faire rentrer autant d'immigrés que possible pour couvrir la chaine de Ponzi des retraites par répartition et se transformer en Babel - défendre le veau d'or, la nouvelle idole, le "patrimoine" que constitue le neuro et ce, à n'importe quel prix - ouvrir les marchés plus que n'importe qu'elle autre zone économique au monde, les ricains pouvant être taxés de communistes puisqu'ils n'ont pas ouvert les marchés locaux à la concurrence. - ... . Darwin nous a appris que tout ce qui ne sait pas s'adapter meurt. L'UE n'est pas adapté au nouveau monde qu'elle a elle-même contribué à construire. Adieu

  • Par emm2476 - 21/03/2013 - 18:53 - Signaler un abus C'est hallucinant écrire un truc pareil

    "La double tour mégalo de 45 étages que la BCE fait construire à Francfort dominera l’industrie financière européenne pour longtemps, comme les monuments dessinés par Hitler auraient dominé Munich et Linz."

  • Par mich2pains - 21/03/2013 - 19:17 - Signaler un abus à " gdv " !

    Ca serait presque ( !!!!) rigolo d'aller " comparer la composition de l'équipe de foot Française avec les autres équipes de foot européennes " (sic) , si cette comparaison n'était pas elle-meêm d'une STUPIDITE affligeante ! Quant à " confier le pouvoir à l'Europe pour voir nos revendications identitaires bien mieux défendues " (sic) , il me semble que les Français l'ont éssayé , avec le catastrophique résultat actuel que l'on constate de jour en jour . Prétendre le contraire est d'une STUPIDITE sans borne . Maintenant , NOUS , Frontistes voulons sortir de l' U.E , pour s'extraire de " la Bête immonde Bruxelloise " . Rien de plus légitime .

  • Par vspatrick - 21/03/2013 - 21:02 - Signaler un abus Avec ce genre de visionnaire .....

    18/01/2008, Trichet: "For a small, open economy like Cyprus, Euro adoption provides protection from international financial turmoil."

  • Par Benvoyons - 21/03/2013 - 23:49 - Signaler un abus Equilibre - 21/03/2013 - 17:21 Il n'y a pas besoin du FN pour

    sortir de l'Euro Pingouin le fait actuellement.

  • Par Equilibre - 22/03/2013 - 00:10 - Signaler un abus @ Benvoyons

    Si je puis me permettre, je préférerai une sortie négociée plutôt que l'éclatement. Ne pas oublier l'UERSS qui se sort toute seule du neuro avec les évènements en cours. Quant au FN, entre ce qu'il dit sur ce sujet et ce qu'il fera...

  • Par Gene - 22/03/2013 - 17:52 - Signaler un abus L'Euro et l' Europe?

    Il est évident que ce sont des désastre dont il faut sortir au plus vite!

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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