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Comment Donald Trump parvient à incarner l’Amérique qui gagne dans une société en perte de repères

Provocateur, xénophobe, milliardaire, Donald Trump, nouvelle coqueluche des électeurs républicains n'en finit plus de faire parler de lui. Dans le cadre des primaires républicaines, ce magnat de l'immobilier se positionne, contre toute attente, comme un concurrent sérieux.

Un peu plus qu’un show

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Comment Donald Trump parvient à incarner l’Amérique qui gagne dans une société en perte de repères

Atlantico : Candidat aux primaires républicaines, Donald Trump, qui faisait jusqu'alors figure de concurrent pas crédible, semble connaître un regain d'attention chez les électeurs républicains. Provocateur, ouvertement xénophobe et assez caricatural, comme expliquer que Donald Trump se retrouve ainsi sous le feu des projecteurs ? Est-il la seule incarnation du côté spectacle que la vie politique américaine peut parfois revêtir ? Qu'est ce qui vient alimenter sa soudaine popularité ? Est-elle partie pour s'inscrire dans la durée ?

Sylvain Cypel : Il est important de tenir un discours qui correspond à la fraction la plus dure et la plus conservatrice du parti républicain. D'abord parce qu'elle est importante, elle est la plus militante, la plus mobilisée, son impact sur le processus électoral des primaires est primordial. Il devient problématique pour le candidat élu, quand il s'agit d'élargir son électorat potentiel au centre. Mais pour se faire élire, il faut ne pas avoir cette fraction là du parti contre soi. Quand je dis cette fraction, c'est plus de la moitié du parti aujourd'hui. Ce n'est pas seulement le Tea Party, mais le Tea Party est un constitutif de cette fraction. J'ai lu une étude qui décrivait les gens attirés par Trump. Ce sont des gens, conservateurs américains, déçus par le parti républicain, qui trouvent que le parti n'en fait pas assez. Et enfin, voilà un homme qui souvent correspond à leur idéal type du succès professionnel. Voilà un homme qui a construit une fortune. Après, peu importe comment il l'a construite, que ça soit à Atlantic City, le Las Vegas de la côte Est américaine. Mais peu importe, le succès économique en soi est un très bon point pour lui. Et voilà un homme qui dit ce qu'on veut entendre, c'est à dire que tous les immigrés sont des assassines, des violeurs, ça ça leur plait, voilà ce qu'ils demandent à entendre. On est au début du processus, je lis ce que tous les chroniqueurs américains disent. Tout le monde dit que Trump ne sera pas désigné par le parti, car à un moment où à un autre, l'appareil du parti se mobilise. Il ne faut pas uniquement gagner la primaire, il faut gagner l'élection présidentielle. Un candidat comme Trump générera un rejet de la majorité de l'électorat américain. Mais on ne peut pas exclure que quelqu'un s'impose contre l'appareil du parti. Aujourd'hui, il plait à cette frange qui se sent la plus déstabilisée dans les Etats-Unis tels qu'ils sont devenus.

Chez qui Donald Trump jouit-il d'une importante popularité ? De quoi Donald Trump est-il le symbole ? Quelles parties de la population vient-il rassurer ? 

Sylvain Cypel : Je dirai plutôt qu'il vient "conforter". Il conforte cette partie de la population qui est essentiellement composée d'hommes, des mâles, qui sont très massivement blanc. Ils sont white only, rien d'autre que blanc. C'est parmi eux que l'on trouve l'immense majorité des adhérents du Tea Party, c'est parmi eux que l'on trouve l'immense majorité des partisans des politiques les plus conservatrices, c'est parmi eux que l'on trouve ceux qui veulent que l'état prennent des mesures répressives vis-à-vis des immigrés clandestins. C'est eux qui ont le plus le sentiment que l'Amérique va à vau-l'eau, que l'Amérique perd de son rayonnement, et que les valeurs de l'Amérique ne sont plus respectées au sein du pays. Ils adhèrent le plus au discours conservateur. Trump a quelques éléments supplémentaires qui font sa séduction auprès de cet électorat là. Je vais prendre un exemple qui fonctionne très bien au Etats-Unis, c'est sa grossièreté. Il s'exprime de manière grossière.Très récemment, Rick Perry l'a critiqué en le traitant de démagogue. La manière avec laquelle il a répondu, est d'une vulgarité terrible : "Rick Perry devrait commencer par passer un test de QI avant d'être candidat à, la primaire, il ne connait pas le sens du mot démagogue. " Il l'a rembarré de manière très grossière et l'a attaqué à titre personnel, et ça, ça plait dans une fraction électorale très anti-Washington, anti-Hollywood. Une fraction qui va détester les intellos, les beaux parleurs, et va admirer les self made man.

 
Commentaires

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  • Par Texas - 23/07/2015 - 14:42 - Signaler un abus Cette incroyable detestation..

    ....de l' Establisment Mediatique et Politique pour les candidats dans lesquels le Peuple se reconnâit . L' electorat Democrate est superieur en intention de vote à celui des Republicains d' environ 10% . Ce ne sont pas les 16 candidats Republicains aux Primaires qui changeront la donne ( encore que ..) . Quand à Jeb Bush , je crains , sans vous decevoir , qu' il prenne un rateau face à Trump ( Neither Clinton nor Bush ...) .

  • Par Texas - 23/07/2015 - 14:52 - Signaler un abus Maintenant Mr Clemenceau...

    .... si regulariser 11 Millions d' illegaux fait de vous un plus grand démocrate que les Mâles Blancs du GOP ou du Tea Party , vous pourriez peut-être leur expliquer pourquoi après les meurtres de Chattanooga , le drapeau Americain n' a pas été mis en berne à la Maison-Blanche , alors que l' Empire State Building s' illuminait de vert pour la fin du Ramadan . Je suis sûr qu' ils comprendront vos arguments de Progressiste intellectuellement superieur .

  • Par valencia77 - 23/07/2015 - 15:40 - Signaler un abus immigration?

    800 muslims accepted as immigrants everyday, legally, in the US. Trump is needed. I am totally allergic to the P.C. speech after 8 years of Obama.

  • Par adroitetoutemaintenant - 23/07/2015 - 17:12 - Signaler un abus Examen superficiel et gauchiste

    La capacité des américains à ne pas aller voter quand les candidats ne leur plaisent pas est extrême. Oubliez les noirs américains. Ils se sont fait avoir par le faux noir et vrai muzz de la maison Blanche et ils ne voteront pas pour une femme blanche au passé plus que douteux ! Les hispaniques en ont marre de l'invasion hispanique au travers de cette frontière et seront bien départagés. Quant au centre, il est comme en France, inconséquent. D'ailleurs le centre a voté pour Mitt Romney et il n'a pas gagné. Et il a perdu car les républicains n'ont pas assez voté pour lui, dégoutés qu'il se laisse marcher sur les pieds par le menteur de la maison Blanche. Quant à Rick Perry, Trump a été plutôt gentil avec lui pour ne pas révéler le fait qu’il ait un Alzheimer.

  • Par vangog - 23/07/2015 - 22:21 - Signaler un abus Les prises de paroles de Trump sont stigmatisantes...

    mais cette stigmatisation correspond à une réalité américaine dégradée par une immigration inconséquente, une délinquance hors de contrôle dans les ghettos de clandestins, de nouvelles menaces islamistes...cette dégradation est la conséquence directe des derniers gouvernements démocrates. Je pense que Trump peut faire un bon President, car il est un des seuls en phase avec cette Amérique dégradée qui a besoin de trouver fierté et sécurité.les immigrationnistes gauchistes sont finis...partout!

  • Par Liberte5 - 23/07/2015 - 23:10 - Signaler un abus Obama a la responsabilité des problèmes que connaissent les USA.

    Sa présidence est une catastrophe pour cette nation. L'histoire le jugera comme le plus mauvais président des USA.. La gauche française aussi mauvaise qu'Obama reste un soutien à tout ce qui peut nuire à l'occident. Obama comme la gauche française est un bon collabo de l'islam.Devant des collabos, la résistance doit s'organiser, en France et aux USA.

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François Clemenceau

François Clemenceau est rédacteur en chef International au Journal du Dimanche. Il était précédemment rédacteur en chef de la matinale d’Europe 1 après avoir été correspondant de la radio à Washington pendant sept ans. Son blog USA 2008 sur la campagne présidentielle américaine a reçu la Coupe de l’Info 2009 du meilleur blog politique et économique.Son quatrième livre sur la politique américaine, Hillary Clinton de A à Z vient d'être republié dans une édition augmentée (éditions Du Rocher). 

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Sylvain Cypel

Sylvain Cypel est journaliste, spécialiste des Etats-Unis. Après avoir été rédacteur en chef de Courrier International, il a été le correspondant du Monde à New-York. Aujourd'hui, il collabore à l'hebdomadaire le 1 et au site d'information Orient XXI. Il a notamment publié Les emmurés (La Découverte, 2004).

 

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