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Choc en toc : le grand bal des hypocrites autour des révélations sur les écoutes des présidents français par la NSA

Les présidents Chirac, Sarkozy et Hollande auraient été mis sur écoute par la NSA entre 2006 et 2012, selon WikiLeaks. Des révélations sur des pratiques qui n'ont pourtant rien de nouveau, puisque Angela Merkel avait déjà subi le même sort en octobre 2013, comme des milliers de discussions téléphoniques de citoyens français.

Secret de Polichinelle

Publié le - Mis à jour le 25 Juin 2015
Choc en toc : le grand bal des hypocrites autour des révélations sur les écoutes des présidents français par la NSA

Atlantico : La France après l'Allemagne ! Selon des documents de Wikileaks publiés ce mardi  23 juin par Libération et Mediapart, les Etats-Unis ont espionné les trois derniers présidents français en les plaçant sur écoute. Comment croire qu’ils n’étaient pas au courant des pratiques des services de renseignement américains ?

Alain Chouet : Depuis sa création dans les années 1950, la NSA est chargée tout à fait officiellement de l’interception à l’échelle planétaire de toutes les communications hertziennes ou filaires susceptibles de concerner la sécurité ou les intérêts nationaux des États-Unis.

Il n’y a donc là rien de nouveau et encore moins de surprenant. Les seules nouveautés sont que : 1/ le développement exponentiel des communications utilisant Internet - donc un support technique - a beaucoup élargi le champ des interceptions ; 2/ le Patriot Act, dans le sillage des attentats du 11 septembre, a fourni une justification à la fois morale et juridique à ces interceptions, même si elles ne concernent que très marginalement les menaces terroristes.

Michel Nesterenko : Bien sûr qu'ils ont toujours été au courant de ce qu'ils pensaient être des tentatives américaines sur des communications officielles. Je pense qu'ils n'ont jamais pu imaginer que le gouvernement américain soit disant démocratique puisse se comporter comme un groupe de vulgaires malfrats avec les moyens en sus. C'est l'ampleur et la systématisation de l'espionnage américain qui a surpris. En plus, nos dirigeants se sont rendus compte des possibilités de chantage tous azimuts du fait de l'enregistrement des conversations familiales privées, ce qui fait que même les enfants et la famille sont devenus des cibles de choix pour les services américains. Tout cela pendant que les services allemands et français aidaient les services américains sur des sujets similaires !

"Les Américains nous espionnent sur le plan commercial et industriel comme nous les espionnons aussi", a déclaré mercredi au Figaro l'ancien directeur central du renseignement intérieur Bernard Squarcini. Malgré leurs protestations, la France et l’Allemagne espionnent-elles effectivement leurs plus proches alliés par des procédés similaires ? Dans quelles proportions ?

Alain Chouet : En matière de renseignement, il n’y a ni ami ni allié. Si tous les États du monde entretiennent, souvent à grands frais, des services spéciaux, c’est pour pouvoir s’affranchir en cas de nécessité de leurs engagements et de la légalité internationale. De même qu’aux 17e et 18e siècle les rois de France et d’Angleterre armaient des navires corsaires pour aller piller l’or des galions espagnols. Le renseignement est considéré comme un moyen d’économie puisqu’il permet d’accroître son propre potentiel au moindre coût. Tous les États qui en ont les moyens le pratiquent d’autant plus volontiers que le renseignement technique, même si il est toujours indélicat, est rarement illégal. Si quelqu’un disperse ses secrets sur les ondes ou sur le net sans prendre des mesures de protection, il ne doit pas s’étonner que tout le monde les surprenne.

Cela dit, chacun fait les choses en fonction de ses moyens. En France, le renseignement technique est mis en œuvre par environ 2 000 personnes alors que la NSA compte plus de 50 000 fonctionnaires sans compter les sous-traitants. Les petits services, comme les services français ou allemands, ont donc tendance à concentrer leurs capacités techniques sur les menaces les plus immédiates comme le terrorisme, la criminalité ou l’espionnage.

 
Commentaires

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  • Par Ex abrupto - 24/06/2015 - 12:24 - Signaler un abus Rien de nouveau?

    Certes! Mais ça peut être l'occasion néammoins de faire comprendre à nos amis et alliés que nous n'avons pas aimé; C'est même l'occasion de les ridiculiser puisqu'ils se sont fait prendre la main dans le sac. Et même tant qu'on y est de les humilier: virer l'ambassadeur et son personnel proche pendant quelques temps....

  • Par zouk - 24/06/2015 - 12:34 - Signaler un abus Le bal des hypocrites

    La politique est-elle autre chose? Et quelle révélation de Wikileaks! Comme si chacun ne savait que tout le monde espionne tout le monde, alliés, c'est plus facile, et adversaires. Les "sanctions" de Ex abrupto? Peuh...., nous aussi espionnons nos alliés, réputés amis. Une maxime bien connue: 'Les Etats n'ont pas d'amis, ils ont des intérêts"

  • Par cloette - 24/06/2015 - 13:47 - Signaler un abus donner l'asile

    à Snowden, ce serait le plus classe et en même temps l'élus percutant !

  • Par J'accuse - 24/06/2015 - 15:57 - Signaler un abus Hypocrites pour le moins, mais plutôt faux-culs

    Avant, les espions suivaient des " règles de gentleman" ? Vous n'êtes pas sérieux, M. Nesterenko ! Le respect de la vie privée, de la vie humaine ou du Droit international, n'a jamais été une quelconque préoccupation pour les services de renseignements, pas plus hier qu'aujourd'hui ou que demain. On est écœuré par ces postures politiciennes, où les dirigeants ont des mines outragés en faisant semblant d'apprendre ce que tout le monde sait. Et que dire de Wikileaks et de Mediapart qui prétendent nous révéler les secrets les mieux gardés au monde ? Aucune honnêteté et aucun courage pour dire la vérité : c'est comme ça qu'ils comptent restaurer la confiance ?

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Alain Chouet - Michel Nesterenko

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français. Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002, et est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme.

Michel Nesterenko est directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne.

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