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Azerbaidjan, Nigeria, Vénézuela... les premiers dominos de la crise pétrolière commencent à tomber et ce n’est pas fini

Après l’Azerbaidjan la semaine dernière et le Nigeria ce week-end, les pays producteurs de pétrole sont en train de tomber les uns après les autres.

A qui le tour ?

Publié le - Mis à jour le 4 Février 2016
Azerbaidjan, Nigeria, Vénézuela... les premiers dominos de la crise pétrolière commencent à tomber et ce n’est pas fini

Atlantico : Au cours de la semaine passée, Azerbaïdjan et Nigeria, deux producteurs de pétrole, ont demandé une aide auprès du FMI. Ceci faisant suite à l'incapacité de ces pays à faire face budgétairement à la baisse du prix du pétrole ayant eu lieu ces derniers mois. Assistons nous au début d'une chute en cascade des pays producteurs de pétrole ?

Stephan Silvestre : Oui, on peut dire que la persistance des cours très bas produit les effets délétères que l’on pouvait redouter sur les pays les plus fragiles. Mais tous les producteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Certains sont mieux armés pour traverser cette tempête, soit parce qu’ils sont suffisamment riches, soit parce que leurs économies sont suffisamment diversifiées. Mais pour les pays les moins développés, tels que l’Azerbaïdjan et le Nigeria, la dépendance au pétrole s’avère économiquement catastrophique. 

Jean-Pierre Favennec : Les grands  pays producteurs de pétrole dépendent largement des recettes pétrolières pour équilibrer leurs budgets.

Plus de 50 % des recettes de l’Etat russe viennent des hydrocarbures. Dans les pays OPEP, plus de 90 % des exportations sont des exportations de pétrole et de gaz. La chute du prix du pétrole, de 115 dollars par baril en juin 2014 à un peu plus de 30 dollars actuellement a donc des effets très négatifs sur ces pays.

Certains pays, et en particulier l’Arabie Saoudite, le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Qatar ont constitué des réserves financières importantes (sommes accumulées dans des « fonds souverains » contrôlés par les gouvernements) au cours des dernières années. L’Arabie Saoudite a voté un budget en déficit de près de 100 milliards de dollars mais dispose de 750 milliards de réserves. Sa situation est délicate mais n’est pas préoccupante à court terme. 

Quels sont les pays les plus menacés à ce jour ? N'est il pas déjà trop tard pour certains de ces pays ? Une remontée des cours du pétrole, même à court terme, permettrait elle réellement une amélioration de la situation pour ces pays ?

Stephan Silvestre : Les plus menacés sont les pays africains, tels que l’Angola, le Gabon, la République du Congo, le Tchad ou le Cameroun, sans oublier l’Algérie. Tous avaient construits des budgets 2015 sur des bases de prix du pétrole bien trop élevées, entre 70 et 90$ le baril. Dans ces conditions, il leur est impossible de boucler leurs budgets et se sera pire en 2016. Mais ils ne sont pas les seuls : le Venezuela, l’Irak, Kazakhstan et, dans une moindre mesure, le Mexique souffrent aussi. Il ne faut malheureusement – pour eux – pas espérer de forte hausse à court terme. Toute hausse sera bonne à prendre, mais on a vu que, même lorsque le pétrole culminait au-delà de 120$, ces pays n’ont guère baigné dans l’opulence. Une amélioration de leur situation économique ne peut passer que par le développement de nouveaux secteurs industriels. Malheureusement, la faiblesse des cours va aussi entraîner la frilosité des organismes financiers et leur accès au crédit sera très amoindri. 

Jean-Pierre Favennec : Les pays les plus en difficulté sont sans doute la Russie ou le Venezuela. La chute du rouble en Russie témoigne des difficultés. Le Venezuela est tout simplement asphyxié. D’autres pays de l’OPEP connaissent des déficits qui menacent leur stabilité.

Une remontée du prix du brut est certainement nécessaire pour ces pays. Les budgets ont souvent été établis sur la base d’un baril à 50 ou 60 dollars. Ce peut être un objectif.

En quoi ce phénomène de dominos pourrait menacer la stratégie actuelle menée par l'OPEP ? Peut on envisager de nouvelles formes d'alliances répondant à ce contexte?

Stephan Silvestre : Actuellement, l’OPEP n’a plus de stratégie. C’est justement l’un des facteurs de l’effondrement des prix. Seule l’Arabie Saoudite, avec ses alliés du Golfe, a une stratégie. Au sein de l’OPEP, on ne doit pas s’attendre à grand-chose. Les pays en situation de détresse, comme le Venezuela et l’Irak, demandent déjà à cor et à cri des mesures d’urgence, en vain pour le moment. En revanche, l’Arabie Saoudite devrait, elle, changer de stratégie. Ou, plus exactement, entamer une nouvelle phase, en se tournant vers la Russie pour tenter de reprendre le contrôle du marché, au détriment des États-Unis et de l’Iran, espère-t-elle. 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 04/02/2016 - 15:23 - Signaler un abus Giscard nous avait vendu la crise et le chômage

    à cause du "choc pétrolier" de 1973...mais il semble que le contre-choc pétrolier soit encore pire, en économie socialiste...

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Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en physique appliquée, Professeur à la Paris School of Business et spécialiste des risques énergétiques. Il est membre de la chaire des risques énergétiques de PSB et anime le blog Risk Energy.

Il est le co-auteur de Gaz naturel : la nouvelle donne ? à paraître en février chez PUF.

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