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Au-delà du scandale des e-mails démocrates piratés aux Etats-Unis, Poutine est-il en train de se réinventer en grand manitou masqué des élections occidentales ?

Alors que le piratage des emails du parti démocrate fait beaucoup jaser aux Etats-Unis, l'influence de la Russie dans les élections occidentales passées ou à venir est sujette à de nombreuses interrogations. Si Vladimir Poutine possède assurément des soutiens en France notamment, il convient de ne pas surestimer l'influence de ce dernier dans le processus électoral.

En sous-main

Publié le - Mis à jour le 29 Juillet 2016
Au-delà du scandale des e-mails démocrates piratés aux Etats-Unis, Poutine est-il en train de se réinventer en grand manitou masqué des élections occidentales ?

Atlantico : Juste avant la Convention du Parti Démocrate devant entériner la candidature d'Hillary Clinton à l'élection présidentielle américaine, près de 20 000 mails internes au parti ont fuité sur le site Wikileaks, semant la discorde dans le parti et déstabilisant la candidate. De nombreux médias pointent aujourd'hui la responsabilité de la Russie dans cette fuite. Ce "coup politique" est-il plausible de la part de Vladimir Poutine selon vous ?

Cyrille Bret : Une précaution tout d'abord : Wikileaks a bien annoncé qu'il ne souhaitait pas et ne pourrait pas connaître la source véritable des mails publiés. C'est d'ailleurs à la base de son fonctionnement. Deuxièmement, les mails publiés indiquent que la candidature d'Hillary Clinton dans cette primaire démocrate aurait été favorisée par rapport à celle de Bernie Sanders. Cela conviendrait à la fonction fondamentale des deux grands partis américains : constituer un vivier de candidats et tenir la balance égale dans la compétition interne qu'ils se livrent.

Quant à l'origine de ce coup, je ne la connais pas précisément et il faut prendre des pincettes avec ce que les médias relaient. Ce qui est certain, c'est que le bilan d'Hillary Clinton en tant que Secrétaire d'État dans la première partie de l'administration Obama a été assez largement hostile à la stratégie et aux prises de positions russes (en Europe et au Moyen-Orient). Ce fut en soi une position très classique : Hillary Clinton a été une fervente partisane de l'Otan et d'une stratégie réactive de celui-ci en Europe. Son positionnement a été clairement défavorable à la géostratégie russe.

Pour finir, il faut tout de même garder en tête que la position de la Russie en matière de circulation de l'information et des mails est à géométrie variable. La Russie a donné asile à Edward Snowden au moment où il a fait fuiter un certain nombre de correspondances confidentielles voire secrètes, mais pour ce qui est de la liberté de l'information à l'intérieur de la Russie, les autorités sont beaucoup moins libérales !

Florent Parmentier : il est certain que Vladimir Poutine a une attitude hostile envers Hillary Clinton, dans la mesure où il lui attribue les manifestations de décembre 2011. Selon le Président russe, ces dernières étaient en réalité manipulées par le Département d’Etat. Cette affaire pourrait donc marquer la revanche de Vladimir Poutine sur Hillary Clinton, et ce d’autant plus que Donald Trump lui semble de loin préférable.

Donald Trump n'a pas caché son ouverture envers Vladimir Poutine lors de la campagne des primaires, se démarquant de la ligne traditionnellement en place ces dernières années à la Maison Blanche. En France, quels sont les partis qui relaient le plus les intérêts politiques de la Russie ? Qui pourrait-il être tenté de favoriser ? Parmi les présidentiables français actuels, lesquels présenteraient le plus d'avantages pour la Russie s'il était élu ?

Cyrille Bret : Premièrement, Donald Trump se donne des airs de bons partenaires pour la Russie, mais la ligne qu'il défend peut très facilement devenir atlantiste. Quand il demande aux Européens d'assumer eux-mêmes le coût de leur défense, il ne réclame rien d'autre qu'un renforcement des capacités européennes au sein de l'Otan, donc un renforcement de l'Otan. Ce n'est pas du tout une ligne que la Russie souhaite voir aboutir. Ce qu'il a déclaré en tant que candidat, c'est simplement qu'il admire Vladimir Poutine. En réalité, il y a fort à parier qu'une fois au pouvoir, sa politique sera assez peu différente de la politique d'Hillary Clinton, voire plus musclée.

Pour ce qui est de la France, il ne faut pas nécessairement raisonner en termes de partis, mais plutôt en groupes d'influences. Il y a des parlementaires qui ont fait voter ou ont voté durant le premier semestre des résolutions à l'Assemblée nationale puis au Sénat demandant la levée des sanctions économiques à l'égard de la Russie, sanctions qui ont été maintenues récemment. Cette position n'est clairement pas en accord avec la position des pouvoirs publics et de la diplomatie française. Ces parlementaires soutiennent moins les intérêts russes que les intérêts français et européens dans le commerce avec la Russie.

Ils appartiennent largement au groupe Les Républicains, et notamment tous ceux qui sont apparentés au courant de Thierry Mariani, qui favorise depuis très longtemps le dialogue franco-russe, essaye de développer au maximum les liens entre les deux pays et adopte une position classique de la diplomatie française : la Russie est un partenaire naturel de la France en Europe.

 
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Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective et est vice-président de Global Variations, un think tank travaillant sur les effets géostratégiques des innovations disruptives.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

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