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Prévisions 2020

Tensions sur les ressources naturelles, choc persistant des empires et avenir incertain de l'Union européenne : les principaux défis géopolitiques pour les pays occidentaux et l'ensemble de la planète pour 2020

Publié le 04 janvier 2020
A l'occasion de la fin de l'année 2019, Atlantico a demandé à ses contributeurs les plus fidèles de s'interroger sur l'année à venir. Alexandre del Valle évoque les principaux défis géopolitiques pour 2020.
Alexandre Del Valle
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Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur...
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A l'occasion de la fin de l'année 2019, Atlantico a demandé à ses contributeurs les plus fidèles de s'interroger sur l'année à venir. Alexandre del Valle évoque les principaux défis géopolitiques pour 2020.

Pour 2020, les principaux défis géopolitiques pour les pays occidentaux et l'ensemble du monde seront plus que jamais, sans surprises, les tensions sur les ressources naturelles (Iran, Libye, Venezuela, etc), les rivalités autour des espaces maritimes contestés (Mer de Chine), le choc persistant des empires (chinois, américain néo-ottoman-turc/islamique, russe, indien), qui recoupe souvent un choc civilisationnel et le processus de "multipolarisation/ désoccidentalisation du monde; la cybersécurité (G5, Applications, Huaweï, etc), l'avenir incertain de l'Union européenne ("continent de l'impuissance volontaire") après le Brexit, le risque de guerre Etats-Unis-Iran, et, bien sûr, le terrorisme international de matrice islamiste-sunnite, en train de ravager l'Afrique qui accompagne un vaste phénomène d'islamisation-prédation dont les chrétiens, symbole honni des colonisateurs, sont les cibles privilégiées.

De Donald Trump à Boris Johnson

Parmi les événements très attendus de 2020, il y a bien sûr les élections américaines, or ce qui importe pour un géopolitologue, ce n'est pas tant le question son vainqueur en tant que tel ou même de son "bord", que sa capacité à repenser ou non la politique étrangère. De ce point de vue, le président de Donald Trump, au départ tenté par un "reset" avec la Russie de Vladimir Poutine, mais qui a vite été contraint de faire marche-arrière et dont l'entourage militaro-stratégique est encore plus anti-russe que l'Administration Obama, montre que le Deep State américain et son lobby militaro-industriel associés aux puissantes agences de renseignement et à l'establishment médiatique et judiciaire, constituent le vrai pouvoir aux Etats-Unis. Ce pouvoir peut imposer aux présidents même les plus "alternatifs" ou populistes, la constante géopolitique anti-russe, profondément inscrite dans la tradition stratégique américaine depuis Spykman, Foster Dulles et Kennan: précurseurs et concepteurs de la politique d'endiguement de la Russie continentale ("Heartland") au profit de la Thalassocratie américaine-anglosaxonne à travers le Rimland entourant l'Eurasie.

Ceci dit, une seconde victoire électorale de Donald, non impossible, pourrait changer la donne, puisque Trump aurait survécu à l'impeachment (certes voué à l'échec depuis le début puisque impossible si non voté par la majorité du Sénat) et n'aurait plus de troisième mandat à préparer. Il est toutefois presque certain que, même devenu plus fort, il ne scellera pas d'alliance ni même de grande réconciliation avec la Russie de Poutine. Les Etats-Unis, en pleine guerre commerciale avec la Chine et l'Union européenne, puis en quasi guerre contre l'Iran, voit en effet toujours la Russie comme un "ennemi utile", un épouvantail dont la dénonciation des méfaits permettent de justifier la domination de l'Europe et de la diviser. La Russie est par ailleurs un allié des deux ennemis jurés de Trump et des faucons américains : l'Iran et la Chine. Enfin, si une guerre est impossible contre Pékin, une autre est possible, contre l'Iran cette fois-ci, et elle a bien été annoncée pour certains par l'élimination du général Suleymani, n° 3 du régime iranien, le 3 janvier dernier par un drone américain lors d'un raid le ciblant alors qu'il séjournait à Bagdad. Couplée avec les révoltes et nombreuses manifestations de jeunes irakiens et libanais chiites contre l'emprise des Mollahs iraniens et de leurs partis chiites locaux affiliés, ce "message" américain pourrait inaugurer une nouvelle stratégie US visant non pas forcément à renverser à tout prix le régime de Téhéran, mais à aller "jusqu'au bout" pour mettre fin à l'activisme militaro-politique du régime islamiste chiite au dehors de ses frontières: Yémen, Irak, Liban, Gaza, Syrie. Une stratégie assez logique, en tout cas plus logique que la politique de reset d'Obama avec l'Iran, puisque les alliés réels de Washington, Israël; les Émirats et l'Arabie saoudite notamment, ne supportent plus cet activisme irano-chiite à leurs portes qui s'est accentué depuis les guerres civiles syrienne et yéménite et qui confine pour eux à un encerclement existentiellement mortel. L'Année 2020 sera donc décisive: soit les Mollahs cesseront cet activisme régional ou le diminueront, sachant qu'il a été dénoncé par les jeunes manifestants iraniens eux-mêmes ces trois dernières années, soit la politique trumpienne de "pression maximale" débouchera sur une démonstration de force plus décisive encore... , surtout si les Mollahs et les Pasdarans commettent l'erreur d'attaquer la marine américaine dans le Golfe persique ou bloquer le détroit d'Ormuz et frapper des cibles pétrolières dans le Golfe à un niveau devenu insupportable pour l'économie mondiale...

Pour ce qui est de l'Union européenne, géant aux pieds d'argile, pris au piège de son élargissement sans fin qui la dilue et de son dogme utopique de désouverainisation (sous prétexte de fédéralisme), elle est durablement divisée, auto-discréditée, donc géostratégiquement faible, d'autant qu'elle n'a pas réussi à empêcher un Brexit qui risque de créer un précédent. "L'armée européenne" rêvée par Emmanuel Macron mais dénoncée violemment pas Trump et souhaitée par peu de dirigeants européens n'est pas pour demain, malgré le Brexit qui libère cette même Europe d'un empêcheur de tourner en rond. Certes, la nouvelle commission von der Leyen a été saluée comme une "commission géopolitique", sachant qu'elle ambitionne de relever le défis de faire face à l'offensive du dollar, arbitrer entre atlantisme et Europe de la défense et proposer une solution face à la concurrence chinoise forcenée puis de conjurer le fait que l'UE est prise en sandwich entre les Etats-Unis et la Chine en matière d'application et surtout de 5 G, si elle ne veut pas être définitivement sortie de l'Histoire géopolitique et technologique. Plus que jamais, cette Europe, que certains européistes sincèrement adeptes d'un projet fédéral cohérant d'Europe-puissance voudraient rendre forte en vain, demeure le Continent de "l'Impuissance volontaire" et du complexe identitaire, une Europe qui ne parvient pas à surmonter ses traumatismes et qui, croyant ainsi se faire pardonner ses démons totalitaires bruns de la seconde guerre mondiale, entend étrangement expier ses fautes passées et se faire pardonner le génocide des Juifs en laissant proliférer sur son sol un islamisme revanchard néo-impérialiste, anti-occidental, pourtant fanatiquement anti-juif qui prend en otage une immigration toujours incontrôlée de matrice extra-européenne-islamique.

Énième preuve de cette dérive "autolésioniste" qui confine à l"l'auto-racisme", pour paraphraser le philosophe italien Diego Fusaro, la Commission Von Del Leyen, du nom de la présidente allemande de centre-droit-chrétien-démocrate, a été inhibée dans l'œuf lorsqu'une polémique a éclaté autour de la proposition initiale d'intituler « Protéger le mode de vie européen » un portefeuille de commissaire. L'intitulé choqua la bien-pensance européenne scandalisée que l'Union puisse assumer une politique de civilisation: Ursula von der Leyen avait osé lier la question migratoire à la protection du "mode de vie européen" et elle dut elle-même faire amende honorable et se justifier.

Sur la question de la prolifération nucléaire et du dossier iranien, l'Union semble tout aussi impuissante et regarde en spectateur divisé le croissant bras de fer iranien-américain... Il est clair que si les Iraniens confirment leur volonté de violer l'accord sur le nucléaire iranien de Vienne de 2015, les Européens pourront difficilement continuer à jouer les médiateurs et devront définitivement s'assoir sur leurs intérêts industriels en Iran puis s'aligner sur les positions-sanctions renforcées américaines, donc renoncer à faire obstacle aux lois extraterritoriales américaines. Rappelons que l'Iran ne vend plus que 200 000 barils jours, que sa populations souffre de plus en plus du manque d'argent, et que la lutte entre "conservateurs" et "modérés" n'a jamais été aussi intense en Iran sur fond de prochaines élections que les durs risquent de remporter sur fond d'indignation générale face à l'assassinat du très dur mais populaire général Qassem Suleymani.

Dans le "voisinage" européen, les protestations populaires, au Maghreb, en Afrique de l'Est ou ailleurs, montrent que le processus des "révolutions colorées" inaugurées en Serbie en 1999, poursuivies dans l'espace post-soviétique entre 2004-2005 puis exportées dans les pays arabes dans les années 2010-2013, en Iran (2009), en Espagne (2010), et récemment l'Afrique du Sud, le Soudan et plusieurs pays d'Amérique latine ou Hong Kong, confirment le phénomène "post-démocratique" de protestations populaires au niveau planétaire. Il s'agit là d'un terrible défi pour tout pouvoir institué, car cela démontre qu'à l'heure des réseaux sociaux, des applications smartphone, des politiques d'austérité et du ralentissement général de la croissance mondiale, aucun gouvernement souverain, démocratiquement élu ou non, n'est à l'abri des contestations latentes de tout ordre et de tout pouvoir en place, par une jeunesse mondialisée qui supporte de moins en moins l'autorité et ne croit plus que la démocratie se limite à des élections. D'où l'obsession de la Chine néo-confucéenne-maoïste de Xi Jinping de contrôler totalement le Web national et de créer des applications et technologies 5G et IT totalement chinoises non connectées aux réseaux sociaux occidentaux puis de fliquer et hyper-contrôler la populations par les caméras et les "systèmes à point" afin que la jeunesse chinoise demeure échappe au virus de la déconstruction porté par la culture américano-occidentale McWorld et ses GAFAM. D'une certaine manière, les Gilets jaunes en France rentrent aussi en partie dans cette nouvelle catégorie politique que sont les révoltes asymétriques et la délégitimation croissante de toute forme d'ordre en place. Et ce défi de la contestation systématique de la hiérarchie et de l'ordre est l'un des plus graves défis pour les nations occidentales et pas seulement pour les régimes autoritaires arabes, africains ou latino-américains qui ont été récemment touché.

Questions énergétiques et nouvelles routes commerciales

C'est à raison que l'on parle de plus en plus du projet chinois extrêmement ambitieux de la Route de la soie, qui témoigne d'une double volonté de l'empire chinois renaissant: contrer la thalassocratie anglosaxonne par le contrôle des routes commerciales de l'Eurasie (nouvelle route de la soie terrestre), tout en inaugurant un nouvel activisme maritime en "reprenant" la Mer de Chine (après avoir récupéré Macao et Hong-Kong). C'est dans cette perspective néo-impériale régionale que Xi Jinping a annoncé officiellement la "reprise" de Taïwan, tout en collaborant avec les alliés russes dans la mise en valeur des routes commerciales et stratégiques du pôle Nord ("nouvelles routes de la soie maritimes"). L'objectif est pour le tandem russo-chinois de se "désencercler" face à la politique américano-occidentale-maritime en contrôlant de plus en plus les grands pôles énergétiques et les voies de communication alternatives. Bien que fragile à long terme, voire contre-nature, puisque la Chine a toujours rêvé de récupérer la Sibérie russe, Moscou et Pékin revalorisent les routes de l'ancienne URSS en créant des pôles logistiques et énergétiques en Asie centrale afin d'atteindre Europe et dans le contexte d'une requête d'un ordre international multipolaire, moins occidental et anti-atlantiste. La nouvelle route commerciale terrestre est certes moins efficace que les routes maritimes, privilégiées pour les exportations-importations, mais elles offrent des garanties de sécurité et permettent de ne pas dépendre des routes navales et détroits/canaux contrôlés jusqu'à peu de façon quasi générale par des puissances thalassocratiques ennemies occidentales. Pékin a donc comme obsession son autonomisation via les gigantesques liaisons ferroviaires qui passent par des pays énergétiquement très bien dotés comme le Kazakhstann, l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan, etc. La Chine convoite les gisements kazakhs et son influence en Asie centrale, en rivalité et ou en partenariat avec la Russie. Mais pour le moment, la priorité des deux puissances rivales des Etats-Unis est de contrer l'empire maritime anglo-américain et l'influence délétère idéologique et civilisationnelle de McWorld. Le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan mais aussi l'Iran vont devenir des pôles clés stratégiques pour les débouchés de l'empire chinois en Europe de l'Ouest, et la Chine semble être avec la Russie, depuis la reddition de l'Inde, l'un des seuls pays capables de résister aux pressions américaines sur l'Iran.

L'Afrique, continent le plus frappé par les guerres civiles meurtrières, la mauvaise gouvernance, le terrorisme et les heurts intertribaux, interethniques et interreligieux...

Du côté de l'Afrique, on assiste à une intensification des phénomènes de séparatisme, de guerres intertribales, de terrorisme islamiste, de contestations électorales et successions de pouvoir violentes, sans oublier la persistance action prédatrice de puissances étrangères européennes, asiatiques ou islamiques, le choc civilisationnel Islam/chrétienté, et l'endémique mauvaise gouvernance. Selon le Centre d’études stratégiques de l’Afrique lié au Département de la Défense américain, et d’après les forces françaises présentes sur place, le Sahel est aujourd’hui la zone où le terrorisme islamiste connaît la croissance la plus rapide. Le Burkina-Faso est par exemple, avec le Mali, le Niger et le Nigeria voisins, confronté depuis 2015 à des attaques jihadistes de plus en plus meurtrières et récurrentes, perpétrées notamment par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Ansar Dine, le Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), Al-Mourabitoune, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, lié à Al-Qaïda), l’Etat islamique au Grand Sahara, la Katiba Macina ou encore Ansar-ul Islam, lié à Daech. Dans tout le continent africain, on constate une augmentation de tensions entre les communautés, la plupart du temps attisée par des groupes islamistes salafistes/jihadistes. Depuis quelques années, le jihadisme progresse non seulement en pays musulmans (Mali, Burkina-Faso), mais aussi de plus en plus en pays mixtes chrétiens/musulmans, comme on le voit au Nigéria, avec l'assassinat barbare de 11 Chrétiens en décembre dernier, mais aussi, ce qui est nouveau, dans des pays comme la Côte d’Ivoire, pays certes tiraillé entre tribus antagonistes et entre musulmans au Nord et chrétiens au sud, mais où les attaques jihadistes sont très récentes. Depuis le recul de Daech en Syrie et en Irak, 90% des chrétiens tués dans le monde l’ont été au Nigeria. Les chrétiens font face à la menace du groupe djihadiste Boko Haram et des éleveurs peuls. En fait, le problème (jihadiste) en Afrique sub-saharienne réside dans le vaste phénomène d’exode des nomades africains musulmans des ethnies Peuls ou Foulani, venues du nord et en proie à la sécheresse, qui descendent de plus en plus vers le centre et le sud en pays mixtes musulmans/chrétiens ou majoritairement non-musulmans. Parallèlement, l’autre grand fléau « concret » de l’Afrique subsaharienne, la surnatalité incontrôlée (le Sahel est la seule région du monde qui n'a pas entamé sa transition démographique) conduit les agriculteurs à rechercher quant à eux de nouvelles terres, ce qui est de plus en plus problématique. Un autre phénomène amplificateur est le délitement de l'État qui s’observe depuis les années 1980. On observe en particulier ce phénomène par exemple au Nigéria, pays le plus dangereux pour les chrétiens (musulmans pauvres au Nord et chrétiens mieux lotis puis détenteurs d’eau et d’hydrocarbures au sud), au Mali, au Burkina-Faso ou en République Centre-africaine (victime de razzias massives depuis plusieurs années). Dans leur pérégrination visant à retrouver du pâturage pour leur bétail, les prédateurs nomades musulmans attaquent les villages des chrétiens, des animistes ou des musulmans modérés non peuls ou hostiles à l’islamisme. Ces razzieurs sont « bénis » par des prêcheurs islamistes qui s’appuient sur la tradition légale du jihad et de la razzia contenue dans la Charia et héritées des « empires » islamistes peuls du passé. Du fait de cet héritage « impérial » théocratique, les Peuls se vivent eux-mêmes comme les tenants d'un « islam pur », dans le sillage de la confrérie soufie Qadiriyya, très rigoriste, ce qui les rend très perméables à la propagande salafiste actuelle. Rappelons aussi que l’empire du Macina lança comme les jihadistes d’aujourd’hui des jihads destinés à « purifier » les sociétés musulmanes de la région, et que l'enseignement islamique ultrarigoriste alors dispensé dans cet « empire » était central. La Katiba Macina est aujourd’hui le groupe jihadiste qui perpètre le plus grand nombre d’attaques terroristes au Mali, au Burkina Faso, au Niger et à la frontière béninoise. Et bientôt peut-être aussi en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo, en Guinée Conakri et équatoriale, puis partout où des groupes tribaux peuls sont perméables à la contagion idéologique du jihadisme irrédentiste peul. Et cette organisation est d’autant plus redoutable qu’elle n’est pas seulement terroriste, mais dispose, comme Daesh en Syrie-Irak ou les Talibans en Afghanistan, de bases ethno-claniques et populaires en milieu peul. Comme on le constate, les attaques anti-chrétiennes sont devenues monnaie courante au Burkina-Faso et surtout au Nigeria et en République centre-africaine, avec l’émergence et la radicalisation d’une multitude de groupes jihadistes locaux tous plus ou moins rattachés aux deux grandes centrales islamo-terroristes mondiales, Daech et Al-Qaïda. Les attaques anti-chrétiennes meurtrières sont régulièrement lancées par des groupes jihadistes dans toute l’Afrique, du Nigeria à la Somalie, en passant par le Burkina-Faso, la République centre-africaine, le Mali, le Niger, le Bénin, et même, ce qui est nouveau, la Côte d’Ivoire... Au moment où l'on dénonce les persécutions de musulmans en Chine, en Birmanie ou même en Inde, où récente loi a été dénoncé dans tous les médias occidentaux comme "islamophobes" puisque le Premier Ministre Narenda Modi a soutenu une loi qui exclut des mesures de naturalisations indiennes les immigrants de confession musulmane, qui dénonce la christianophobie aux Nations Unies ou dans les enceintes des gouvernements occidentaux? Une christianophobie pourtant bien plus meurtrière et plus étendue.

La menace néo-ottomane turque en Méditerranée

Du côté de la Méditerranée, un phénomène que j'avais annoncé dès 2002 mais qui a longtemps été sous-estimé par les Occidentaux est la menace croissante d'une Turquie post-kémaliste redevenue islamiste-néo-ottomane et décidée à élargir ses zones d'influences et intérêts énergétiques au détriment de presque tous ses voisins... Trois mois après l'opération militaire anti-Kurdes dans le Nord de la Syrie, le président turc/néo-Sultan Erdogan a notamment fait voter début janvier, par son Parlement turc, la décision d'envoyer des troupes turques en Libye dans le cadre d'un accord avec le gouvernement pro-islamiste de Tripoli de Fayez al-Sarraj en Libye. Comme en Syrie, le néo-Sultan entend profiter du chaos post-révolutionnaire pour poursuivre sa politique irrédentiste en soutenant les forces islamistes en général et les Frères musulmans en particulier. Bref élargir la "profondeur stratégique" de la Turquie dans les anciennes provinces arabes, officiellement au nom de "l'unité des musulmans" menacés par les "ennemis" de l'islam, en réalité afin que la Turquie retrouve sa grandeur impériale au détriment des nations souveraines et de leurs ressources pétro-gazières convoitées.

La "Turquie national-islamiste" n'a jamais été aussi menaçante au niveau régional, tant en Afrique du Nord, de l'Ouest (Soudan-Somalie-Egypte) qu'au Proche-Orient, et même, on l'oublie trop souvent, au détriment de deux Etats de l'Union européenne: Chypre, la Grèce et les Balkans. Depuis la date charnière de 2013, après la crise du parc de Gezi, à Istanbul, lorsque Erdogan avait révélé son vrai visage autoritaire, Ankara menace de façon de plus en plus violente la République de Chypre, que l'armée turque empêche manu militari de poursuivre des activités de forage pétrolier et gazier au sud de l'île et au large de Famagouste, alors que la Turquie n'y a aucun droit internationalement reconnu. L'armée turque occupe ainsi de façon illégale 37 % de Chypre, au Nord, et Ankara menace de façon récurrente les iles grecques de la Mer Égée, qui appartiennent à Athènes, mais que la Turquie revendique de plus en plus ouvertement. Le pays d'Erdogan viole d'ailleurs chaque jour l'espace aérien et les eaux territoriales grecques, puis a récemment lancé une campagne de forages pétroliers et gaziers dans le sud de Chypre en violation totale de la souveraineté de Chypre, et des accords des pays riverains de la région scellés avec la République de Chypre. Depuis que de considérables réserves d'hydrocarbures ont été découvertes au large de Chypre, de la Grèce, d'Israël, de la Syrie, du Liban, de l'Egypte et de la Libye, la Turquie a en fin de compte une "raison d'Etat" supplémentaire d'intensifier son irrédentisme et de trouver des prétextes d'ingérence : ennemis kurdes en Syrie, minorités turcophones "persécutées" en Grèce, en Syrie, en Libye, en Irak ou dans les Balkans, intérêts et minorités turcs et musulmans d'Europe "brimées" ou victimes "d'islamophobie", etc.

Le chantage aux migrants et le mépris affiché envers la faiblesse européenne

Avec son soutien aux mouvements islamistes frères-musulmans partout dans le monde aux côtés de son nouvel allié du Golfe qu'est le Qatar, puis par son chantage aux migrants clandestins exercé de façon toujours plus agressive sur les pays de l'Union européenne, qu'il sait divisés et culpabilisés, le Grand Turc ne dissimule plus son mépris envers les Européens psychologiquement, démographiquement et politiquement affaiblis. Il ne cache plus son dessein (partagé avec le Projet des Frères musulmans) de "rétablir le Califat-Sultanat ottoman dès 2024, soit un siècle exactement après son abolition par le laïque anticlérical et "apostat" Atätürk. Erdogan veut l'égaler, voire le dépasser en gloire, mais à l'envers: en réislamisant son pays - jadis laïque - et en tentant de faire de la Turquie à nouveau le pays-leader du monde musulman, notamment des pays arabes. Or pour, séduire les Arabes, Erdogan a compris depuis la première crise avec Israël surgie en 2008 puis depuis l'affaire du Navi Marmara, qu'il faut "taper" sur les Juifs, conspuer Israël et soutenir ceux qui l'attaquent : des Frères musulmans en général, du Hamas en particulier.

Toujours est-il que la politique turque de soutien aux jihadistes et aux milices des Frères musulmans menace directement la sécurité de l'Union européenne, notamment en supervisant, depuis l'invasion du nord de la Syrie par l'armée turque et ses milices islamistes alliées, au détriment des Kurdes, le transfert centaines de jihadistes vers la Libye, où ces derniers vont se faufiler inévitablement parmi les masses incontrôlables de migrants qui gagneront le Sud de l'Italie ou Malte depuis l'Ouest libyen via des passeurs avec le soutien actif des ONG pro-Migrants illégaux. Erdogan est parfaitement conscient des pouvoirs de nuisances dont il dispose: le caractère stratégique de son territoire, son statut de pays de transit énergétique pour les hydrocarbures de la Caspienne et du Moyen-Orient; sa capacité à faire déverser des millions de migrants vers une Europe incapable de bloquer les flux en raison de sa mauvaise conscience; la croissance des minorités turques et musulmanes d'Europe instrumentalisables par Ankara et ses réseaux islamistes; ses nouvelles bases militaires au Qatar, en Libye, en Afrique de l'Est; et le fait que le territoire de son pays, membre stratégique de l'OTAN depuis la guerre froide, abrite des bases américaines extrêmement stratégiques, dont 50 ogives nucléaires américaines...

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philippe de commynes
- 05/01/2020 - 20:58
Bombardement Iran (suite )?
Par contre la fin de la production d'hydrocarbures Iraniens signifierait une forte hausse des prix :
Tout bénéfice pour les Usa désormais plus qu'autosuffisants.
Tout bénéfice pour les pétromonarchies donc là encore tout bénef pour les USA qui pourraient vendre encore plus d'armes.
Par contre pas du tout bénéfice pour l'Europe et la Chine, rivaux stratégiques des USA hautement dépendants des importations d'hydrocarbures.
La chose qui serait susceptible de l'empêcher :une triangulation Europe/Iran/Russie.
L'Europe essayerait de sauver l'accord sur le nucléaire, l'Iran exigerait une contrepartie, qu'il aie au moins un armement défensif conséquent : le système anti-missile Russe, les Russes seraient d'accord , à condition d'avoir une contrepartie à la dégradation prévisible de leurs relations avec les USA : la fin des sanctions Européennes .
Et cerise sur le gateau pour les Russes : ils enterreraient les théories complotistes comme quoi ce sont eux qui ont élire Trump, et ils prépareraient dans les meilleurs conditions les relations avec le futur président démocrate.
philippe de commynes
- 05/01/2020 - 20:46
Bombardement Iran ?
Et si Trump mettait en pratique ses menaces, que pourrait il advenir ?
Trump est un psychopathe, mais pas un fou, et à ce titre il n'est pas si imprévisible que cela.
L'élimination de Soleimani était nécessaire pour passer à un autre stade de la "pression maximale" (il était l'homme fort susceptible de s'imposer , en dernier ressort, pour tenir tête aux USA)
Maintenant Trump pense déjà à la suite de son plan, qu'il a dévoilé : bombarder l'Iran.
Rendre les infrastructures d'hydrocarbures Iraniennes inutilisables avant longtemps serait largement suffisant
Ce ne serait donc pas ,comme en 2003, envoyer des troupes au sol pour faire un régime change.
Surtout pas, si une telle opération de regime change serait un succès, alors rien ne s'opposerait à la normalisation des relations entre Iran et reste du monde, et donc à que l'Iran puisse atteindre son potentiel.
Auquel cas l'Iran pourrait contester à Israël son statut de grande puissance régionale économique, industrielle, technologique.
Ce dont l'on veut aussi peu en Israël qu' à la maison blanche.