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Démocraties occidentales en danger
PIB, pauvreté, espérance de vie... : pourquoi les indicateurs moyens ne permettent plus de comprendre l’évolution réelle des pays développés
Publié le 29 avril 2019
Dans un monde de plus en plus inégalitaire et fracturé, les indicateurs moyens perdent progressivement leur sens.
Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son...
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Dans un monde de plus en plus inégalitaire et fracturé, les indicateurs moyens perdent progressivement leur sens.

 

Atlantico : Dans un article publié ce 24 avril consacré à la mondialisation, l'économiste Branko Milanovic écrit  : "les moyennes, mais lorsqu'elles sont justes, ont moins de signification dans un monde inégalitaire". En quoi serions nous dans une "ère" de la fin des moyennes ?

Alexandre Delaigue : Le problème de la moyenne se résume par une plaisanterie ; Bill Gates entre dans un bar, ce qui permet de faire augmenter la moyenne des revenus de tous les gens qui sont dans le bar alors que la situation de ces personnes ne s’est pas améliorée pour autant. Une société dans laquelle une moyenne a un sens est lorsque la situation moyenne est valable pour un nombre suffisamment important de personnes. Elle n’est plus valable lorsque nous avons énormément de disparités. Dans la pratique, et c’est ce que fait remarquer Branko Milanovic, quand on observe la croissance mondiale, on peut d’abord se demander si cette croissance mondiale liée à la mondialisation bénéficie vraiment à tout le monde, aussi bien au niveau des pays, mais également à l’intérieur de ces pays. Avec le fait qui est également décrit par Branko Milanovic avec son graphique de l’éléphant. L’évolution économique ne bénéficie pas à tout le monde de la même manière. Ainsi, quand on parle de l’augmentation moyenne des revenus, on se pose la question de savoir de quoi on parle. Le cas extrême est un pays comme l’Afrique du Sud, qui est extrêmement inégalitaire, avec un revenu moyen qui est proche de 10 000 $ par an et par habitant. Mais la caractéristique de ce pays est que personne ne touche ce revenu, il n’y a que des gens qui touchent beaucoup plus avec un niveau de vie proche de celui des Américains, et des gens qui touchent énormément moins qui ont un niveau de vie plus proche du standard de l’Afrique sub-saharienne. C’est typiquement le cas d’une moyenne dont la variation ne signifie vraiment pas grand chose pour comprendre la situation du pays.

Quand nous disons que le choses s’améliorent globalement, cela est vrai, avec un milliard de personnes qui sont sorties de l’extrême pauvreté lors de ces dernières années, mais cela ne suffit pas pour en conclure qu’en moyenne tout va mieux. Le raisonnement est un peu court parce que cela néglige la dimension distributive que l’on pouvait laisser de côté lorsque l’on raisonnait sur la question de la croissance des pays européens pendant les 30 glorieuses, qui bénéficiait globalement à tout le monde, mais nous ne sommes plus dans cette situation aujourd’hui avec une croissance mondiale qui est assez forte mais qui est très inégalitairement répartie.

Quelles sont les moyennes qui ont le moins de sens, dans les chiffres publiés de façon régulière par les médias, et quels sont les chiffres qui permettent une meilleure représentation de la réalité ?

Ce problème est de plus en plus général et touche de plus en plus de domaines concernant la mesure économique. L’exemple typique est celui de l’évolution des prix et du pouvoir d’achat. Quand on  mesure le taux d’inflation, on mesure l’évolution des prix d’une dizaine de milliers de produits qui sont représentatifs de ce que les gens achètent. Mais il suffit de voir le site de l’INSEE - qui le montre très bien - pour voir qu’il y a de plus en plus de divergences entre les types de produits. Pour les télévisions ou le matériel informatique, les prix s’effondrent littéralement avec une qualité qui augmente beaucoup et des prix qui diminuent : un téléphone que l’on achetait 1000 euros l’année dernière vaut 700 euros aujourd'hui. De l’autre côté, il y a toute une série d’autres prix qui augmentent, et c’est la moyenne qui nous donne le taux d’inflation actuel. Du coup, le problème est que le taux moyen d’inflation n’est plus perçu par personne et n’est plus caractéristique de l’augmentation du pouvoir d’achat. Et même lorsque nous fabriquons des moyennes qui touchent les prix des produits consommés par les classes populaires par exemple, ces moyennes ne sont pas toujours très significatives, pour les mêmes raisons. Ces indices donnent un poids plus important à la nourriture, mais lorsque l’on regarde les choix des personnes, on voit que des gens décident de réduire leur budget alimentation pour acheter un téléphone, c’est quelque chose qui existe aussi, même dans les classes populaires. La hiérarchie implicite des besoins dans la construction de ce type d’indices ne marche pas très bien non plus.

Ce problème se pose aussi sur la mesure du PIB, qui est mesuré en prenant des prix multipliés par des quantités, mais qui sont pris sur des économies dans lesquelles cela est de moins en moins significatif.  Quand on travaille sur le PIB et le taux de croissance, et même indépendamment des disparités que l’on observe, la réalité sous-jacente est de plus en plus compliquée à observer par rapport à cette unique unité de mesure dont on dispose. En conséquence, les économistes se posent la question de comment refonder ces indicateurs.

Il y a de plus en plus de secteurs d’activité dont on ne sait pas mesurer la performance économique. Quand on essaye par exemple de mesurer la contribution de Facebook à l’activité économique, on ne sait tout simplement pas bien le faire. Je ne dis pas cela pour dire qu’elle serait sur ou sous estimée, mais vraiment pour montrer qu’on ne sait pas bien le faire.  Donc, avant même ces questions d’inégalités, nous avons déjà un problème avec nos instruments de mesure. Et quand on se rapproche des pays africains, là aussi, nous avons de très gros problèmes. On a vu de nombreuses réévaluations du PIB dans des pays d’Afrique sub-saharienne, par exemple le Nigéria, ce qui a abouti à une réévaluation du PIB de l’ordre de 60%. Cette situation est la conséquence du fait que nos économies sont de plus en plus complexes et que ce que nous pouvons facilement mesurer est une partie limitée - très limitée dans le cas des pays pauvres -. Et tout cela pose aussi la question de ce qu’est l’expérience des gens, c’est à dire le décalage entre les mesures de revenus, des prix ou autres, et ce qui est perçu par les individus.

Le premier décalage est déjà de faire la mesure en elle-même et le second décalage est celui qui existe entre ce qui est mesuré et les perceptions qui sont elles-mêmes de plus en plus multiples. Une personne qui vit très pauvrement avec un petit boulot mais qui se nourrit exclusivement de pizzas surgelées et qui passe tout son temps sur des jeux vidéos, comment fait on pour mesurer son bien-être quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur ce type de vie ? Parce que c’est quelqu’un qui voit son pouvoir d’achat augmenter considérablement alors que tous les indicateurs vont montrer le contraire. Nous avons des de grandes divergences entre les pays et de grandes divergences à l’intérieur de ces pays au niveau des individus. Il est de moins en moins valable de parler de revenus moyens dans un pays. Quand on prend la Chine par exemple, avec 1.5 milliards de personnes, mais dans lequel 500 millions de personnes ont un niveau de vie qui ressemble beaucoup à celui des pays riches, et un milliard de personnes qui sont nettement moins touchés par la croissance, on comprend le problème. Cela est également vrai au Brésil ou en Inde.

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