En direct
Best of
Best Of
En direct
© PHILIPPE DESMAZES / AFP
Atlantico Business
La colère des "gilets jaunes" démontre que la transition énergétique ne se résumera pas à une simple question fiscale
Publié le 07 novembre 2018
La grogne des automobilistes a pris tout le monde de court : les responsables politiques et les organisations syndicales.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Sylvestre
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La grogne des automobilistes a pris tout le monde de court : les responsables politiques et les organisations syndicales.

Vous avez aimé le mouvement des bonnets rouges, vous adorerez la colère des gilets jaunes. Elle est de même nature. Imprévisible au départ, spontanée mais puissante.

Face au mouvement des bonnets rouges porté par les jeunes entrepreneurs en signe de protestation contre des mesures fiscales touchant le transport routier, le gouvernement de l’époque (c’était en 2013) avait dû reculer et mettre à la casse les grands portiques qui devaient assurer le péage sur les grandes routes nationales. A l’époque, il s’agissait déjà d’un projet dont on disait qu’il devait servir à lutter contre la pollution du diesel. Ce mouvement, a priori totalement spontané, n’avait été ni préparé, ni organisé, ni géré par les organisations syndicales assez désemparées.

Aujourdhui, près de 80% des automobilistes considèrent que lappel à bloquer les routes le 17 novembre prochain est justifié. Officiellement, il s’agit de protester contre l’alourdissement de la facture énergétique dans la mesure où la hausse du prix du pétrole et la majoration de la fiscalité sur le diesel ont encore accentué la hausse. Officiellement, le gouvernement explique vouloir ainsi dissuader les automobilistes de rouler au diesel, mais comme en 2013, il va devoir reculer. Emmanuel Macron le sait, puisque son gouvernement prépare un certain nombre de mesures afin de dédommager ceux qui seront les plus pénalisés. Chèque-énergie comme il existe des chèques restaurant, prime au remplacement de la voiture ancienne pour une voiture neuve fonctionnant à l’électricité etc. En général les fonctionnaires d’Etat ont assez d‘imagination pour trouver le moyen de calmer cette colère.

Le problème, c’est que cette colère des gilets jaunes révèle comme celle des bonnets rouges, il y a 5 ans, un dysfonctionnement beaucoup plus profond que la seule overdose fiscale.

Cette colère révèle la difficulté que va avoir ce pays à assumer collectivement la mutation écologique.

Le gouvernement a évidemment raison de vouloir faciliter la transition énergétique. C’est de sa responsabilité que de préparer l’environnement à long terme. Mais les automobilistes et tous les acteurs du système de production ont raison de protéger leur condition de fonctionnement tant qu‘il n’ont pas sur le marché des solutions alternatives aussi compétitives. Les acteurs du système se préoccupent certes du long terme. Mais comme disait JM Keynes, « occupons-nous dabord du court terme, parce qu’à long terme nous seront tous morts. »

Les termes de l’équation à résoudre sont très simples :

1er, le prix du gazole en France est dans la moyenne européenne. Si le prix du litre à la pompe est de 1,50 euros en France, il est de 1,57 euros en Italie, de 1,54 livres en Grande Bretagne, et en Belgique. Il est moins cher en Allemagne, en Hollande et au Portugal, à 1,42 euros, moins cher en Espagne 1,28 euros.  

Par ailleurs, comme le prix du carburant hors taxes est identique dans tous les pays d’Europe (en moyenne 50 centimes d’euros), le montant des taxes est équivalent. La répartition est un peu différente en Allemagne et en Espagne au profit du consommateur.

Ces chiffres démontrent que la situation française n‘est pas anormale par rapport à celle de nos voisins.

2e point, la France possède le plus gros parc de véhicules diesel en Europe. Donc le diesel a représenté 75% du marché des carburants. A partir de 2012, les ventes de véhicules diesel ont très rapidement baissé. Ceci dit, la consommation reste élevée. Cette situation explique évidemment l’ampleur du mécontentement des automobilistes.

3e point, le mouvement des gilets jaunes exprime très clairement la contradiction entre la politique fiscale et les contraintes à long terme. Si le parc des voitures diesel est aussi important, si les automobilistes victimes de la hausse sont aussi nombreux, c’est parce que depuis très longtemps, les gouvernements successifs ont incité les constructeurs à produire du diesel. Quand on est en 1974 en pleine crise pétrolière, Valery Giscard d’Estaing n’a qu'un mot à la bouche « si la France n’a pas de pétrole, elle doit avoir des idées». Le PDG de Peugeot, Jacques Calvet (ancien directeur de cabinet de VGE), en a une une : faire des voitures roulant au diesel. Ça va peut-être polluer un peu plus que les moteurs à essence, mais ça consomme deux fois mois de carburant. L‘automobiliste n’hésite pas une seconde. D’autant que si le moteur brule moins d’énergie, le gouvernement va en plus écraser la fiscalité.

Les trois quarts des automobilistes vont s’équiper de diesel et ils avaient mille fois raison.

Aujourd’hui, on vient leur dire que la fiscalité du diesel va s’aligner sur l’essence, que les constructeurs ont amélioré le rendement des monteurs essence et qu‘ils vont produire en grande série des voitures électriques.

4e point : Si l’opinion souhaite globalement la transition énergétique, l’opinion se rend bien compte que le problème ne se résume pas à limiter la circulation automobile. Or, il faudrait aussi préparer les transports en commun adaptés, modifier les habitats et s’inscrire dans une politique d’aménagement du territoire qui puisse raccourcir la distance entre le logement et le travail. Parce que dans beaucoup de régions de France, on a incité avec des aides fiscales à la clefs les Français à devenir propriétaire. Pour que les logements coutent moins cher, on a construit des lotissements en dehors de la ville.

Plus grave, la crise économique à tuer beaucoup d’entreprises moyennes installées en province. Du coup, la crise a allongé la distance entre les zones d’habitat et les zones d’activité. D’où l’obligation d’avoir une voiture et souvent deux, pour aller travailler. Le diesel à prix allégé permettait de rendre la facture mobilité supportable. Maintenant que le diesel est remonté à un niveau plus normal, la facture explose .

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
03.
Rokhaya Diallo va (peut-être) nous quitter pour les Etats-Unis
04.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
05.
Grand débat en péril ? Les trois erreurs politiques que semble s'apprêter à commettre Emmanuel Macron
06.
Electricité : le record de production par les éoliennes battu le 14 mars est un faux espoir
07.
MBS, le prince héritier saoudien dépossédé d’une partie de ses pouvoirs par le Roi Salman
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
03.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
04.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
05.
Et Marine Le Pen éclata de rire…
06.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
01.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
02.
Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?
03.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
04.
Christchurch : de la théorie du Grand Remplacement à ses travaux pratiques
05.
Grève mondiale des élèves pour le climat : 5 éléments pour déterminer s’il faut s’en réjouir ou... s’en inquiéter sérieusement
06.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires