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Israël face à un Hezbollah plus fort que jamais alors que le régime syrien est en passe d'en finir avec l'Etat islamique

Publié le 12 septembre 2017
La reconfiguration politique post-conflit ne signifie en rien un appaisement. Au contraire, les pièces sont déjà en place sur l'échiquier pour que se joue la partie suivante.
Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste associé au groupe d'analyse JFC-Conseil. Docteur en Histoire, il a soutenu sa thèse en 2015 à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) d’Aix-Marseille Université....
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La reconfiguration politique post-conflit ne signifie en rien un appaisement. Au contraire, les pièces sont déjà en place sur l'échiquier pour que se joue la partie suivante.

La reprise par les forces gouvernementales syriennes de l'aéroport de Deir Ezzor, aux mains de l'Etat islamique depuis 3 ans, semble être un nouveau signe de l'affaiblissement du conflit et de la défaite des fondamentalistes. Pendant ce conflit, le pouvoir de Bachar El Assad a pu compter sur son allié du Hezbollah, très actif militairement et diplomatiquement. Quel est l'état actuel et peut-on dire que le Hezbollah s'est renforcé lors de ce conflit ? 

Rolland Lombardi : D’abord sur le plan politique, le Hezbollah a surtout acquis une nouvelle dimension politique, notamment sur la scène libanaise. Depuis son implication dans la guerre civile syrienne aux côtés d’Assad et son rôle de véritable bouclier face à la menace jihadistes sunnite, la milice chiite est devenue assez populaire dans l’opinion publique libanaise et ce, dans toutes les communautés, qu’elles soient musulmanes ou chrétiennes. D’ailleurs, il est important de rappeler ici que des jeunes chrétiens libanais (une centaine d’après certaines sources) avaient rejoint leurs compatriotes chiites en Syrie afin de combattre et soutenir les forces loyalistes au régime de Damas…

Quoi qu’il en soit, l’organisation chiite apparaît dès lors comme incontournable et sa position s’est considérablement renforcée sur la scène locale. Notamment, depuis l’arrivée à la présidence du pays du Cèdre, en octobre 2016, de son allié politique, Michel Aoun, chef du Courant Patriotique Libre, le principal parti chrétien. Jusque-là et avant les dernières victoires de l’armée libanaise sur Daesh à la frontière syro-libanaise, le Hezbollah semblait être la seule force armée capable de protéger le pays et ses minorités (les sunnites compris) face à la menace de l’EI et des autres groupes islamistes.  

Sur le plan strictement militaire, il est vrai que le Hezbollah a grandement renforcé son arsenal militaire depuis ces dix dernières années. D’un groupe terroriste, il s’est depuis transformé en une véritable armée très organisée et structurée. Ses troupes sont estimées à environ 45 000 soldats. Au Sud-Liban, le Hezbollah disposerait de 100 000 missiles et obus (12 000 en 2006) et ses positions ont été fortifiées. D’autre part, les combats en Syrie ont permis à ses troupes (entre 5 000 et 10 000 combattants selon certains) d’acquérir une certaine expérience et une expertise opérationnelle conséquente. De plus, les combattants chiites, se sont souvent battus aux côtés des forces spéciales iraniennes et surtout russes. Ils ont donc beaucoup appris des méthodes de guerre de Moscou et se sont également familiarisés avec les dernières technologies des armes russes (drones, armes antichars...).

Cependant, il faut tout de même rappeler que si le Hezbollah a connu certains succès en Syrie, il a aussi subi des pertes relativement importantes proportionnellement aux forces engagées : depuis le début de la crise syrienne, la milice chiite aurait eu entre 1 500 et plus de 2 000 tués dans les combats. Sans parler des nombreux blessés... De fait donc, les troupes du Hezbollah (comme l’armée d’Assad d’ailleurs) sont littéralement épuisées par des années de conflit.

Récemment, Israël a organisé une simulation d'invasion par le Liban du nord de son pays d'une ampleur considérable, signe d'une réelle tension. La guerre en Syrie semble avoir été une accalmie pour Israël. Le pays hébreu a-t-il raison de se préparer à une offensive du Hezbollah aujourd'hui ?

Les Israéliens sont des gens extrêmement prévoyants et ils ne laissent jamais rien au hasard. Tsahal est en alerte quasi permanente à la frontière nord et nord-est dans le Golan. Tirant les leçons de la guerre de 2006, il y a 11 ans, la défense civile s’est grandement renforcée et améliorée dans le Nord du pays. De nombreux abris ont été construits et des plans d’évacuation de grande ampleur sont prévus. Les généraux et stratèges israéliens prennent donc très au sérieux toutes les menaces et tous les scénarios sont étudiés. Le principal risque pour l’Etat hébreu serait moins une vaste attaque terrestre qu’une pluie de missiles tirés à partir du Sud-Liban pouvant même atteindre, selon certains experts, Tel Aviv. Outre leurs infrastructures civiles, économiques et militaires, les forces israéliennes devraient aussi protéger leurs installations pétrolières et gazières en Méditerranée orientale. Même avec des systèmes anti-aérien et anti-missiles ultra-sophistiqués comme « Dôme de fer » ou « Fronde de David », le danger reste de taille et il n’est pas certain que les Israéliens réussissent à neutraliser totalement l’ensemble du système de défense du Hezbollah même s’il est certain, qu’en cas d’une nouvelle crise, la riposte (ou une attaque préventive) israélienne serait terriblement plus dévastatrice qu’en 2006…

C’est la raison pour laquelle, les exercices de défense civile sont fréquents et que de grandes manœuvres militaires se sont multipliées ces dernières années. D’ailleurs, depuis la semaine dernière, le plus grand exercice militaire de Tsahal se déroule en ce moment même au nord du pays et devrait durer une dizaine de jours. Plus de 10 000 soldats de toutes les armes y participent et depuis 20 ans, aucun exercice de simulation militaire des forces israéliennes n’avait atteint une telle ampleur.

Toutefois, outre le fait de se préparer, cet exercice est aussi un très bon moyen d’adresser un signal fort à la milice chiite libanaise. Israël montre ainsi ses muscles, au cas où…

Plus généralement, dans quel état se sortent de ce conflit Israël et le Liban. En quoi l'équilibre diplomatique a penché en leur faveur ou défaveur pendant cette période ?

L’Iran est le grand gagnant de la guerre en Syrie. Toutefois, en dépit de certaines déclarations alarmistes du côté israélien, la situation régionale actuelle n’a jamais été aussi favorable à l’Etat hébreu. D’abord, la Syrie est exsangue, l’Egypte et la Jordanie n’ont jamais été aussi proches d’Israël. Quant à la Turquie et à l’Arabie saoudite, fortement affaiblies et discréditées, elles se sont discrètement rapprochées, elles aussi, de Tel Aviv. Avec la nouvelle administration Trump, Israël ne pouvait rêver meilleur soutien. Enfin, et là encore, malgré les nombreuses bêtises que l’on peut entendre ou lire, il faut souligner les excellents rapports entre la Russie et l’Etat hébreu (cf. les nombreuses visites de Netanyahu à Moscou, les contacts quasi quotidiens entre les états-majors des deux nations ainsi que le silence et la non réaction russe lors de la dernière frappe israélienne sur un site stratégique syrien, il y a quelques jours…). Par ailleurs, Tsahal fait toujours partie des armées les plus modernes, les plus sophistiquées et surtout les plus efficaces de la planète, tant sur le plan conventionnel qu’asymétrique. Incontestablement, dans la région, elle garde une supériorité indiscutable et n’a véritablement aucun concurrent sérieux. Est-ce qu’une attaque préventive sur le Hezbollah ne bouleverserait pas négativement une telle situation ? Assurément. Les dirigeants israéliens le savent pertinemment…

En ce qui concerne le pays du Cèdre, mis à part le gros problème des réfugiés syriens, le Liban a retrouvé une relative stabilité politique notamment depuis l’élection d’Aoun comme président en 2016. Comme je l’ai évoqué plus haut, le danger islamiste et jihadiste, ainsi que les drames de la guerre civile dans la Syrie voisine, ont quelque part ressoudé la population libanaise. C’est pour cela, qu’un nouvel affrontement entre l’Etat hébreu et le Hezbollah risquerait de réveiller les tensions intercommunautaires puisque que tout le Liban, comme en 2006, serait pris en otage et en paierait le prix fort. Tous les Libanais en sont conscients mais les responsables du Hezbollah également …

Ce dernier, comme on l’a vu, n’a dorénavant plus besoin de la cause palestinienne et celle de « la Résistance face à l’entité sioniste » pour exister sur la scène libanaise. Ses responsables aspirent peut-être à devenir des acteurs et surtout des interlocuteurs pragmatiques, qui sait ?

A la rigueur, une attaque contre Israël n’aurait peut-être qu’un simple et unique bénéfice pour la milice libanaise : redorer son blason dans le monde sunnite. Mais pour ma part, je doute fort que cela soit un succès. Loin de là !

Par ailleurs, ne perdons pas de vue que rien ne serait entrepris sans le feu vert du grand parrain iranien (qui ne souhaite pas une nouvelle guerre et préfère d’ailleurs faire profil bas face aux pressions américaines actuelles) et surtout, du nouveau et puissant juge de paix de la région, à savoir la Russie !

Les chefs d’Israël et du Hezbollah ont lu et lisent encore Sun Tzu. Le célèbre stratège chinois ne disait-il pas qu’un bon général doit toujours, avant de se lancer dans une bataille, évaluer les éventuelles conséquences et surtout, mesurer les pertes et profits ultérieurs à une quelconque aventure guerrière ? Dans notre cas précis, et au regard de toutes les raisons que j’ai traitées précédemment, les calculs, pour les uns comme pour les autres, sont rapidement faits ! 

Certes, il y aura encore et toujours des menaces et des déclarations belliqueuses de part et d’autre. Et les Israéliens, toujours très bien informés, poursuivront sûrement leurs frappes et leurs éliminations ciblées sur le groupe chiite comme ils le font depuis ces dernières années jusqu’en territoire syrien. Il est vrai, avec peut-être moins d’intensité, lorsque la guerre en Syrie prendra fin…

Mais, tout compte fait, même s’il est toujours difficile d’être prophète dans la région des prophètes, on peut raisonnablement penser, qu’à court terme, sauf grave incident imprévu, la situation restera figée et qu’une sorte de « paix froide » peut même s’installer à la frontière israélo-libanaise…

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Marie-E
- 12/09/2017 - 17:58
Rarement d'accord avec Roland Lombardi
Sur le PO. Peut-être parce que j'ai décidé de vivre à côté de la frontière israelo libanaise dans un coin où il y a de nombreux réfugiés chrétiens libanais et après avoir travaillé avec des Libanais sunnites. Évidemment je ne partage pas l'admiration de l'auteur pour la milice terroriste (je rappelle que les Chiites sont minoritaires au Liban) qui risque si elle attaque Israël de faire detruire entièrement le pays où elle a élu domicile. On connaît par coeur les rodomontades de Nasrallah planqué au plus profond de son bunker par peur d'un drone israélien. Il a tout de même réussi à faire fermer les stocks d'ammoniaque à 'Haïfa (meeci pour l'écologie) et mettre au chômage 8000 personnes. Le plus inquiétant ce sont les bases iraniennes qui risquent de s' installer sue les côtes syeiennes et libanaises ...en face l'Europe. Quand on aura des cinglés dans le genre du Kim ...... enfin bref Israël se prépare comme toujours car si la menace devient trop importante, il devra agir et gagner ....pas le choix et pas le temps de discuter. Toujours prêt maintenant que les juifs ont retrouvé le pays de leurs ancêtres. Et les Russes comprennent souvent les Israéliens ... et réciproquement.
Doulou
- 12/09/2017 - 15:50
Et vive le parti d'Allah et ses victoire divines à la Pyrrhus!
Ce monsieur me paraît étrangement admiratif devant la milice créée, armée, financée par l'Iran qui forme un véritable État dans l'État et paralyse les institutions vermoulues de l'État libanais.
Il rappelle benoitement que depuis 10 ans la milice est devenue une véritable armée avec un arsenal terrifiant et il oublie de dire que cela s'est fait au mépris de la résolution de l'ONU qui mettait fin à la guerre de 2006 avec Israel et dont l'objectif était de restaurer l'autorité de l'État et d'une armée véritablement nationale. Cela s'est fait avec la complicité de la France et de toutes les grandes puissances pour le plus grand bien de l'Iran à qui les occidentaux, d'Obama à Trump ont laissé carte blanche. Il serait intéressant de comprendre le jeu trouble et sans doute diaboliquement intelligent de Poutine allié indéfectible de Bachar et des Iraniens.