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Les selfies sont partout sur les réseaux sociaux.
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Auto-destruction

Et si l’obsession pour les selfies, les départs pour la Syrie ou les profanations de cimetières étaient les différentes facettes d’un même mal : le suicide de l’Europe par le triomphe du matérialisme ?

Publié le 10 août 2015
Pas une minute sur Internet sans tomber sur un selfie, pas une minute dans les journaux d'information sans entendre ou lire des récits de jeunes partis faire le djihad ou de cimetières juifs profanés : les effets néfastes du matérialisme, ce besoin immédiat d'assouvir ses désirs par la consommation, sont partout sans pour autant que l'on ne réagisse. Le consumérisme a remplacé sans vraiment que l'on ne s'en rende compte tous les repères collectifs qui soudaient autrefois nos sociétés.
Bertrand Vergely est philosophe et théologien.Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).  
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Gilles Lipovetsky est philosophe et sociologue. Il enseigne à l'université de Grenoble. Il a notamment publié L'ère du vide (1983), L'empire de l'éphémère (1987), Le crépuscule du devoir (1992), La troisième femme (1997) et Le bonheur...
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Gilles Lipovetsky
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Pas une minute sur Internet sans tomber sur un selfie, pas une minute dans les journaux d'information sans entendre ou lire des récits de jeunes partis faire le djihad ou de cimetières juifs profanés : les effets néfastes du matérialisme, ce besoin immédiat d'assouvir ses désirs par la consommation, sont partout sans pour autant que l'on ne réagisse. Le consumérisme a remplacé sans vraiment que l'on ne s'en rende compte tous les repères collectifs qui soudaient autrefois nos sociétés.

Quel est votre premier geste en vous levant le matin ? Attrapper votre smartphone ? D'après une étude du régulateur britannique des télécoms, reprise par le site "Quartz", outre-Manche, c'est le réflexe quotidien de la moitié des jeunes dans les cinq minutes qui suivent leur réveil. Pis, un jeune Britannique sur cinq le fait aussitôt réveillé. Mais le rapport, qui décrit la Grande-Bretagne comme étant désormais devenue une "smartphone society", montre aussi que le phénomène ne se limite pas aux jeunes. Un tiers des Britanniques voit désormais leur smartphone comme l'outil privilégié pour aller sur Internet, soit deux fois qu'il y a deux ans, et un cinquième ne voit aucun problème à jeter un coup d'oeil sur son téléphone pendant les dîners familiaux. La meilleure illustration de la puissance du smartphone dans la vie quotidienne n'est autre que l'omniprésence d'un phénomène décrié que ce type de téléphone faiclite grandement : le selfie. Environ 40% des Britanniques de 18 à 24 ans prennent un selfie par semaine, et 13% une photo par jour. Un pourcentage qui descend graduellement à mesure qu'on avance en âge : plus de la moitié des plus de 25 ans n'ont ainsi jamais pris de selfie. 

  • Dans une lettre ouverte, issue d'une intervention prononcée à la Fondation de Gasperi à Rome devant les représentants des communautés religieuses juives et islamiques, Fabrice Hadjadj, philosophe et directeur de l'Institut européen d'études anthropologiques Philantropos rappelait que l'islamisme profite d'une faiblesse spirituelle de l'Europe qui a tourné le dos à ses racines

  • Selon lui, la société "intégrante" est un leurre car elle repose sur un vide qui ne satisfait plus ceux qui ont besoin non seulement de raisons de vivre, mais surtout de raisons de "donner leur vie"

  • L'Europe est aujourd'hui incapable de porter une transcendance qui pourrait apporter du sens à nos actions

  • Cette incompréhension de ce vide nous empêche d'apporter des solutions à un malaise qui prend des formes multiples, et dont nous ne parvenons pas à saisir le rapport

Atlantico : Aujourd'hui, il n'y a pas un jour sans que l'on n'évoque des départs au djihad en Syrie ou des profanations de cimetières, laissant l'impression d'une jeunesse occidentale "paumée". Dans quelle mesure est-ce la manifestation d'une perte de sens dans nos sociétés occidentales ?

Bertrand Vergely : Il est beau de chercher du sens. Cela veut dire que l’on s’interroge sur soi comme sur le monde. Les jeunes qui partent en Syrie faire le djihad sont aspirent à la mort afin de ne plus s’interroger sur eux et sur le monde. Ceux qui se posent vraiment la question du sens sont ceux  ceux qui reviennent de Syrie, déçus. Là oui, il y a du sens. Il faut s’être interrogé sur soi pour être déçu et décider de quitter le djihad. Quant aux jeunes qui profanent des cimetières, eux aussi ne se posent pas la question du isens. La preuve, les profanations. Sauf quand, arrêtés par la police, on leur fait prendre conscience de l’énormité de ce qu’ils ont fait. En ce sens, le djihad et les profanations sont le reflet d’une incapacité contemporaine à poser la question du sens. Et pour cause. Quand toute une partie de la société est sceptique, voire désespérée, voire nihiliste en clamant qu’il n’y a pas de sens, comment voulez-vous vous poser une telle question ? Elle a été condamnée. 

Lire aussi : Sommes-nous prêts à mourir pour Kobané ? Sommes-nous prêts à mourir pour la France ? Sommes-nous prêts à mourir pour l’Occident ?

Cette perte de sens semble être à l'origine de l'engouement collectif pour les selfies, les déboires de Nabilla ou le dernier smartphone à la mode. Par ce matérialisme, essayons-nous de combler un vide ?

Bertrand Vergely : Il y a un point commun entre les selfies, les déboires de Nabila et les smartphones, : la faiblesse du moi et du fait de cette faiblesse la peur de rencontrer un autre que soi. D’où le fait, pour ce moi faible, de se perdre dans l’ivresse de sa propre image, de vivre par procuration la vie d’une autre, Nabila en l’occurrence, ou bien de vivre à travers des objets comme  le smartphone. Pascal l’a montré : l’être humain a peur de se retrouver seul avec lui-même. Ce n’est pas un vide que notre monde cherche à combler mais le vide. Notre monde a peur d’avoir une vraie relation avec lui-même. En fait, il a peur de lui. Par ignorance.  

Gilles Lipovetsky : Je pense que oui, même si cela n'épuise pas la question. L'hyper consumérisme avance pour des motivations diverses. Il y a dans la fièvre consumériste une quête de plaisir en tant que tel. Tout ne renvoie pas forcément à un manque, cela serait réducteur.  Il y a une quête de plaisirs renouvelés  et une volonté de combattre tout ce qui rappellerait des temps morts. On cherche à échapper à l'usure du temps, à la routine qui nous est devenue de plus en plus insupportable du fait de l'idéologie du bonheur et du plaisir. Nous avons un désir permanent de nouveauté. Nos sociétés sont anti-traditionnalistes car la tradition c'est la répétition, devenue synonyme d'ennui. Nous avons un rapport au temps tout à fait nouveau.

La consommation peut effectivement venir remplir un vide. Une publicité des années 1980 pour un coiffeur célèbre arborait le slogan : "Recoiffe-moi le moral". Ici l'acte de consommation vient occulter un malaise. C'est bien connu : quand on est déprimé, on va au cinéma, on fait du shopping ou on part en voyage. Les frustrations augmentent car les attentes sont très fortes.  On fait des études et on finit par faire un travail ennuyant alors qu'autrefois on travaillait dans les campagnes et c'était la tradition, c'était comme ça.  Aujourd'hui nous avons des aspirations que la réalité ne comble pas. La frustration ne vient donc pas de la consommation mais la consommation permet d'occulter ce malaise, qui vient de la vie professionnelle et de la vie privée, souvent conflictuelle. Dans une société individualiste, la vie privée est chaotique.

Aujourd'hui, vivons-nous dans une société matérialiste ? Est-ce que cette société est plus matérialiste qu'avant ? Qu'est-ce qui a changé ? Le marketing a-t-il comblé une brèche ?

Bertrand Vergely : Notre monde n’est pas matérialiste au sens où il aurait le sens de la matière, de la terre et de sa beauté. Il est matérialiste au sens où il ne voit tout que sous l’angle des apparences, de l’immédiateté, du consumérisme, de l’utilitarisme et du narcissisme. Ce matérialisme est bien pire que celui qui existait. Les hommes sont matérialistes. Jadis, cela ne les empêchait pas d’avoir une religion, une spiritualité, des cadres mentaux et moraux. Aujourd’hui, il n’y a plus rien qu’une barbarie mentale grandissante.  Malraux a dit que  nous sommes la première société  dans laquelle l’homme n’a plus de but et la vie plus de sens. Le marketing nourrit ce dérapage et s’en nourrit. 

Gilles Lipovetsky : Un courant il y a quelques années a qualifié notre époque de post-matérialiste car les aspirations des gens seraient désormais l'accomplissement personnel. Ce qualificatif ne me semble pas satisfaisant car le consumérisme s'est infiltré partout, c'est-à-dire pour satisfaire vos désirs il est difficile d'éviter l'acte marchand. Aujourd'hui, les élites passent par les écoles de commerce. Dans la première modernité, jusqu'aux années 1970, il y avait un secteur marchand mais en même temps il y avait un cran d'arrêt qu'étaient les entreprises d'Etat, le sport ou l'art. Tous ces secteurs sont aujourd'hui pris dans une logique de rationalisation. Ils recherchent tous les bénéfices, par des produits dérivés, par exemple. Aujourd'hui, quand on parle d'œuvres d'art, on parle surtout de leur prix. Même dans le domaine médical, tous les médicaments sont aussi des produits de consommation. Il y a sans doute un nouveau matérialisme car il est devenu envahissant et, peut-être par contrecoup, il génère des aspirations post-matérialistes.

Le consumérisme grossit à mesure que les grandes espérances politiques ont chuté. Il n'y a plus de grands buts collectifs. La révolution, la Nation… Tous ces grands référentiels qui ont mobilisé l'homme moderne sont caducs. Il suffit de regarder ce qu'est devenue l'Europe. D'où le recentrement sur la sphère privée.

En définitive, avons-nous fait du présent notre seul souci et finalité ?

Bertrand Vergely : Il est beau de vivre au présent. Cela veut dire que l’on est capable d’aimer ce que l’on vit au lieu de vivre dans le regret du passé en cherchant à s’évader dans l’avenir. Le présent que nous connaissons est autre. Nous sommes esclaves de l’actualité en répétant la dernière nouvelle que nous avons entendue à la radio, le dernier buzz glané sur le twit ou bien encore la dernière image choc vue à la télé. Nous sommes scotchés aux apparences comme les prisonniers de la caverne de Platon qui prennent l’obscurité pour la lumière. Nous prenons le monde pour un spectacle. On nous le fait prendre pour un spectacle afin de nous le vendre comme un spectacle. De ce fait, on comprend pourquoi il y a une crise du sens dans notre monde. Il y a sens quand il y a quelque chose considéré comme essentiel derrière les apparences.  Quand on considère qu’il n’y a plus rien à chercher derrière celles-ci parce qu’elles sont devenues l’essentiel, il y a perte de sens.  Bien sûr, tout le monde ne vit pas ainsi. Mais, quand le culte des apparences devient ce que l’on a le droit de dire  officiellement en étant la norme mentale  autour de laquelle il a été décidé de "faire société", il est possible de dire que ce vide caractérise notre monde.

Gilles Lipovetsky : Le seul, non. Mais le présent est le temps social dominant. Les gens veulent être heureux maintenant et cela n'a pas toujours été ainsi. Le mariage forcé, par exemple, se faisait dans une logique du futur : la famille, pour la perpétuation de la lignée. Dans les sociétés religieuses, c'est l'éternité qui est le temps. Il faut vivre pour gagner l'éternité. Pour les révolutionnaires et les grands nationalistes, les générations présentes devaient se sacrifier pour les générations futures. A part les djihadistes, il n'y a plus d'idéologie sacrificielle. Le temps du présent, celui des plaisirs et du bonheur, est désormais le temps dominant.

La dimension du futur n'est toutefois pas morte. Si vous avez des enfants, vous pensez à leur futur. Quand vous achetez une maison, vous pensez à l'avenir. Derrière les grandes recherches scientifiques il y a quand même la préparation d'un avenir. Mais nous ne sommes plus dans une idéologie du futur, c’est-à-dire que l'on pense que demain ne pourra qu'être pire. On ne veut donc pas se priver.

Deuxième nuance : le passé n'est nullement caduc. Il y a un réel essor des commémorations et des musées, mais sous forme effectivement, d'une consommation du passé.

On observe également un retour du religieux. Même si les référentiels religieux reviennent sous une forme personnelle, c'est la preuve que malgré tout le passé n'a pas été enterré. Il se recycle sur la puissance des logiques d'individualisation. 

Dans une telle situation, faut-il vraiment s'étonner que des jeunes adoptent des comportements irrationnels, comme de la violence gratuite ou une alcoolisation à outrance ?

Bertrand Vergely : Je n’arrive pas à m’habituer à la violence, car je ne suis pas cynique. Mais, il faut dire que ce qui se passe n’est pas étonnant. Qui sème le vent récolte la tempête. Nous semons du vent. Notre monde serait heureux s’il connaissait l’ivresse spirituelle et si tout était fait pour qu’on la connaisse, comme c’est le cas dans certaines sociétés vraiment spirituelles comme la société bouddhiste ou certaines communautés musulmanes. N’oublions pas que les musulmans prient cinq fois par jour. Comme nous n’avons pas l’ivresse intérieure liée à la plénitude de l’esprit, nous allons chercher cette ivresse à l’extérieur comme des orphelins assoiffés.

Gilles Lipovetsky : La société consumériste a déstructuré l'ensemble des encadrements collectifs. Autrefois, les individus avaient une identité reçue par la religion, la famille ou la politique. Aujourd'hui, elles ne sont plus prescriptives, elles n'arrivent plus à imposer quoi que ce soit. Les individus sont renvoyés à eux seuls mais ce monde-là est un monde anthropique qui fait perdre les certitudes. Il ne faut donc pas s'étonner de ces comportements et cela va évidemment continuer.

La religion a perdu énormément de terrain durant ce siècle, et pourtant il en a rarement été autant question qu'aujourd'hui. Cela traduit-il un besoin de religiosité et de transcendance inhérent à l'humain ?

Bertrand Vergely : Aucun peuple ne peut vivre sans religion, celle-ci signifiant le lien que nous entretenons avec les trois dimensions de notre être à savoir la Nature matérielle, la réalité personnelle et humaine et enfin le mystère et la transcendance.  En chassant le sens du mystère et de la transcendance, notre société a tué non seulement la religion  qui vient de Dieu mais celle qui vient de la Cité et celle qui vient de la Nature. Résultat, l’homme qui n’est plus relié à rien vit un cauchemar et fait comme il peut pour soulager son angoisse et sa solitude. Nous sommes fous d’avoir rompu tous nos liens avec la religion, la vraie religion signifiant le sens de la plénitude avec le respect de l’homme dans toutes ses dimensions. Résultat, nous fabriquons des jeunes qui, en faisant le djihad, font la guerre contre nous. Nous fabriquons également des jeunes qui se détruisent en faisant la guerre contre eux. 

Gilles Lipovetsky : A une échelle anthropologique, la religion est une permanence de l'être humain. La religion a organisé et structuré la vie sociale de toutes les sociétés. Dans la modernité, i l y a eu ce que l'on appelé des religions séculaires comme le marxisme, la révolution ou le socialisme, qui sont devenues des substituts laïques aux religions de la transcendance. Dans notre société, les individus ont besoin de reconnaissance, d'être fiers d'eux-mêmes, de faire des choses qui les satisfont. Lorsque cela ne fonctionne pas, la religion peut-être une planche de salut. Tout ce que nous voyons là n'est pas le signe que la religion est indépassable. Les aspirations des gens d'aujourd'hui, notamment l'estime de soi et la création, que l'on ne voyait même pas pendant les Trente Glorieuses, sont souvent inatteignables. Certains fuient, on l'a dit, avec la consommation, alors que d'autres ont besoin de quelque chose de passionnel  qui les fait tomber dans un gouffre mortifère. Il y a les candidats au djihad mais aussi les sectes, qui montrent la désorientation profonde de la société hyper individualiste. Notre société, dépourvue d'encadrements collectifs, est anxiogène.

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vangog
- 11/08/2015 - 00:52
Oh putain! ça c'est de l'enculage de mouches...
en vol et en formation serrée...ça pue le think-tank terranoviste et novlanguiste: "donner du sens au sens"...
Anouman
- 10/08/2015 - 23:36
Triomphe du matérialisme
C'est tout le contraire, on a un retour du religieux, et c'est ça le problème. La religion sous quelque forme que ce soit est un poison qui ruine l'âme de ceux qui tombent dans son piège, et n'arrivent pas à se relever.