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Esprit du 11 janvier, es-tu là ?

Les Français ne sont plus que 46% à faire confiance à l’exécutif pour lutter contre le terrorisme, contre 51% au moment des attentats de janvier

Publié le 25 février 2015
Si au lendemain des attentats de janvier, certains commentateurs prévoyaient une montée de l'islamophobie, un sondage Ifop réalisé pour Atlantico juste après montrait au contraire que l'heure était véritablement à l'unité nationale. Un nouveau sondage exclusif pour Atlantico confirme cette survivance de l'esprit du 11 janvier. Par contre, les Français sont plus réservés sur l'action menée par l'Etat contre le terrorisme.
Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.
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Si au lendemain des attentats de janvier, certains commentateurs prévoyaient une montée de l'islamophobie, un sondage Ifop réalisé pour Atlantico juste après montrait au contraire que l'heure était véritablement à l'unité nationale. Un nouveau sondage exclusif pour Atlantico confirme cette survivance de l'esprit du 11 janvier. Par contre, les Français sont plus réservés sur l'action menée par l'Etat contre le terrorisme.

Atlantico : Ce sondage Ifop réalisé pour Atlantico consiste à se demander si, plus d'un mois après les attentats contre Charlie Hebdo et l'Hyper Casher, le consensus national est toujours d'actualtié. Sur le plan de la confiance accordée au gouvernement et aux forces de l'ordre dans la lutte contre le terrorisme, qu'en est-il ?

Jérôme Fourquet : L'idée était de mesurer le niveau de confiance pour chacun de ces deux types d'acteurs qui sont très différents. On voit que la hiérarchie qu'on observait juste au moment des attentats, 24h après les premiers, se retrouve presque deux mois après. Deuxièmement, on voit que le niveau a un peu baissé à la fois vis-à-vis des forces de l'ordre et du gouvernement, mais que pour ce qui est des premières, le niveau de confiance reste très élevé. L'idée était de reprendre cette interrogation que l'on retrouve dans le débat public : l'esprit du 11 janvier est-il encore là ? Celui-ci était caractérisé par un climat d'unité nationale et de cohésion autour d'un certain nombre de valeurs. On peut se demander si l'état de l'opinion sur cette question sensible de la confiance accordée dans la gestion du risque terroriste a augmenté ou pas un peu plus d'un mois après. On voit qu'on reste dans un pays relativement stable et figé, malgré une érosion mais qui est relativement limitée, et une hiérarchie qui se retrouve de nouveau. Là où on a, néanmoins, un élément d'interpellation ou de vigilance à avoir, c'est quand on constate que sur la question "faites-vous totalement confiance aux forces de gendarmerie, de police et renseignement ?", nous sommes aujourd'hui à 24% contre 38% début janvier. Peut-être que ce 38 % s'expliquait par le fait que nous étions dans le feu de l'action ; aujourd'hui nous sommes dans une période plus apaisée, les réponses sont donc moins intenses. Soit il s'agit d'un phénomène temporel logique, soit les évolutions qui ont eu lieu après les 8 et 9 janvier, par exemple les attentats au Danemark ou bien les menaces d'attaques, ont nourri l'idée que la menace était réelle et qu'il y avait des failles dans les dispositifs.

Lire également : L’élection présidentielle de 2017 est-elle bien partie pour se jouer autour de la question de l’Etat islamique et des angoisses identitaires françaises ?

Sur le constat général, on a une baisse de 5 points pour les forces de police et le gouvernement. Ce dernier était au-dessus du seuil symbolique des 50% et tombe maintenant en-dessous, à 46%, alors que le gouvernement a tout fait pour essayer de se montrer en pointe sur ces questions. Pour autant, en dépit de cet "activisme", cette érosion a eu lieu. Quand on regarde maintenant dans le détail, on constate qu'on a un niveau de confiance maximale dans les forces de l'ordre au centre de l'échiquier politique, 93% chez les sympathisants PS et 91% chez ceux de l'UMP, 92% chez les Verts, 89% au Modem et 91% à l'UDI. En gros, du PS à l'UMP on trouve 90% de confiance. Aux extrêmes, pour des raisons différentes, on fléchit, au Front de gauche on est à 68% et au Front National à 66%. Sans doute faut-il y voir un côté un peu libertaire et toujours méfiant envers ce qui porte un uniforme, du côté de la gauche de la gauche. Du côté du FN, il faut plutôt invoquer l'idée que le pays est affaibli et n'est pas à la hauteur et que nous ne sommes pas assez protégés face à l'imminence de la menace que fait peser le fondamentalisme islamique. En ce qui concerne la confiance accordée à François Hollande et au gouvernement, on ne retrouve pas du tout le même schéma que pour les forces de l'ordre. Là, on a un clivage gauche-droite très clair et très net, avec au sein de la gauche une confiance un peu moins forte chez les non-socialistes, 68%  au Front de gauche, 69% chez les Verts contre 87% au PS. On voit que pour ce qui est de l'unité nationalité, dont on a beaucoup parlé, on a quand même un niveau de confiance qui est à 61% au Modem, ce qui n'est pas négligeable, 50% à l'UDI. Cela montre que le centre est encore un peu dans cet état d'esprit, quoique partagé. En revanche, à l'UMP on a clairement basculé dans la défiance, avec seulement 25% qui le soutiennent ; au Front national la situation est pire encore avec seulement 14%, avec 86% qui n'ont pas confiance et 62% qui ne font pas confiance du tout. Là on voit en filigrane tout le débat qui a eu lieu sur "Je suis Charlie", "Je ne suis pas Charlie", "Je suis Charlie Martel" etc. Mais aussi sur les lectures à faire de ces évènements, sur la participation ou non à la manifestation du 11 janvier, et on voit que l'électorat du FN est très dissonant et en marge.

Un sondage Ifop précédent, réalisé pour Atlantico au lendemain des attentats, montrait qu'une large majorité des Français refusait l'amalgame entre les musulmans et ces actes terroristes. Cette situation s'est-elle maintenue ?

Force est de constater que oui, à la lecture de nos chiffres, puisqu'il y a très peu d'évolution : on perd quatre points d'un côté et on en gagne trois de l'autre. On se trouve toujours sur une logique de deux tiers / un tiers. Précédemment, lors du dernier sondage, on se disait qu'il fallait être prudent car on pouvait être face à une réaction à chaud et que lorsque les esprits auraient digéré toutes ces informations exceptionnelles, le climat d'opinion se modifierait peut-être. Nous sommes un mois plus tard, et on peut se dire qu'en termes de latence la réflexion a eu le temps de faire son chemin et on est toujours sur des rapports qui sont très stables vis-à-vis de cette question, certes un peu binaire, mais qui colle à la problématique qui avait émergé à la sortie de ces attentats. Une fois qu'on a dit cela, on voit qu'on est toujours, aux deux tiers, dans le refus de l'amalgame. Néanmoins, on a quand même un tiers des Français qui estiment aujourd'hui que l'islam représente une menace. Ce n'est pas neutre ni anecdotique. Là on voit bien une fracture politique très claire, même si elle n'est pas complètement gauche-droite, l'UMP joue le rôle de zone de transition puisqu'on a plus de 80% de l'électorat de gauche qui affirme qu'il ne faut pas faire d'amalgame, et trois quarts de l'électoral du FN qui soutient que l'islam représente une menace. L'UMP est, elle, dans une position intermédiaire avec 58% de ses sympathisants qui disent qu'il ne faut pas faire d'amalgame, et 38% que l'islam représente une menace. On voit donc que sur la question de la confiance, on retrouvait un clivage gauche-droite très classique, avec une frontière au niveau des centristes, autant sur la question du rapport à l'islam la frontière ne passe pas au centre mais à l'UMP, avec une majorité dans le refus de l'amalgame et une forte minorité qui est sur des positions communes à celles du FN. Ce n'est pas sans poser de questions et on voit bien toute la difficulté idéologique dans laquelle la droite se trouve actuellement, par exemple sur la question des alliances avec le Front National mais aussi sur l'orientation idéologique à donner, le choix entre une ligne basée sur une "identité heureuse" chère à Alain Juppé, défense du vivre-ensemble? etc;, et une ligne beaucoup plus dure, proche d'une droite décomplexée. Cependant, cette question-là n'est pas forcément la meilleure pour évaluer le rapport de force entre droite modérée et décomplexée, il s'agit seulement d'une illustration. On voit également que sur cette question, deux autres variables jouent très fortement : la variable d'âge - plus on est âgé plus l'islam est perçu comme une menace - et la variable homme-femme qui marque un fort clivage, renvoyant à certaines notions de conflictualité et au rapport au consensus ; chez les hommes 38% pensent que l'islam est une menace contre 27% chez les femmes.

Finalement, ces faibles variations tendent-elles à prouver que plus d'un mois après les terribles attentats, "l'esprit de janvier" est toujours vivace dans le pays ?

Les questions n'étaient pas forcément calibrées pour mesurer la permanence de ce climat d'union nationale. Ce que cela dit c'est que nous n'avons pas d'évolution majeure sur deux thématiques clefs : la confiance dans la lutte contre le terrorisme, et d'autre part le rapport à l'islam. Ce qu'on a mesuré à chaud se retrouve conforté et validé par ce que nous avons mesuré à froid. Si ces évènements ont vraiment marqué la société française, cela ne se traduit pas forcément par un bouleversement qui serait en train de se faire sous nos yeux. Le deuxième point c'est que sur la question de confiance dans le gouvernement en matière de lutte contre l'insécurité, alors même que celui-ci en a fait un de ses axes de communication et d'actions majeures depuis un mois, on assiste à une baisse de 5 points pour un clivage gauche-droite qui s'est clairement reformé. Troisièmement, sur le rapport à l'islam, il y a plusieurs façons de formuler les questions, mais ici nous avions retenu l'angle concernant l'idée d'amalgame, on voit que là-aussi la situation est stable, avec 6 français sur 10 environ qui sont sur une position faisant la part des choses, mais qu'il y avait quand même un tiers de la population pour laquelle l'islam est une menace.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Commentaires (7)
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cloette
- 26/02/2015 - 10:21
Clavier farceur
Se méfie pas mémé fié ! Grrrrr
cloette
- 26/02/2015 - 10:19
Commentaire des commentaires
On a parlé de Mayotte : Pourquoi diable l'a-t-on fait département ? Si on se penche sur les motivations réelles , on se mémé fié de Sarkozy c'est à dire de l'UMP, Faire confiance à Hollande ? C'est exactement la même chose que l'UMP avec un emballage différent bien plus inquiétant , comme le dit Cadi , aucune confiance en Cazeneuve au visage figé et à la voix monocorde, les voix dans tout ce gouvernement sont absolument extraordinaires ! Celajun fait remarquer qu'aucun attentat n'a été empeché. Il dit que les sondages sont truqués , ce qui est sûr c'est qu'il y en a tous les jours , au prix des sondages qui coûtent très chers, en ces périodes de dette publique énorme , on comprend que certains trouvent qu'il faut investir dans les sondages , décorticons les interprétons les ils doivent avoir un sens . Lequel ,?
cadi67
- 26/02/2015 - 08:39
Confiance aux forces de l'ordre
Je fais tout à fait confiance aux force de l'ordre en tant qu'individus. En revanche, comme tout corps constitué, elles sont tenues d'obéir aux ordre de leurs supérieurs, en l'occurrence M Cazeneuve... en qui je n'ai aucune confiance