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La France stagne alors que l'Allemagne enregistre une croissance de 1.6% pour 2014.
Euro-bilan
Reprise en Allemagne ou dans le sud de l’Europe, stagnation en France : le match des politiques menées en Europe depuis 2008
Publié le 16 février 2015
Sept ans après 2008, il est temps de faire le match des politiques menées en Europe face à la crise. Et les résultats sont disparates : la France stagne alors que l'Allemagne enregistre une croissance de 1.6% pour 2014. De son côté, la Grèce, avec 0,8%, renoue avec la croissance face à un Royaume-Uni qui se hisse au-dessus de la mêlée, à 2,6%. Des différences de taille, qui s'expliquent par l'attitude des différents Etats.
Alain Fabre est Conseil indépendant en Fusions & Acquisitions. Il est aussi expert économique auprès de la Fondation Robert Schuman, de l'Institut de l'Entreprise et du mouvement ETHIC. Il a récemment publié Allemagne : miracle de l'emploi ou désastre...
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Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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Sept ans après 2008, il est temps de faire le match des politiques menées en Europe face à la crise. Et les résultats sont disparates : la France stagne alors que l'Allemagne enregistre une croissance de 1.6% pour 2014. De son côté, la Grèce, avec 0,8%, renoue avec la croissance face à un Royaume-Uni qui se hisse au-dessus de la mêlée, à 2,6%. Des différences de taille, qui s'expliquent par l'attitude des différents Etats.

Atlantico : Lorsque la crise s’est produite en 2008, quelle politique les différents Etats européens ont-ils décidé de mettre en place ? Sept ans après, quels bénéfices en retirent-ils, avec quel coût pour leur population ?

Alain Fabre : Pour comprendre les politiques qui ont été adoptées sous la contrainte européenne - le risque étant la dislocation de la zone euro et l’effondrement économique et financier des économies nationales concernées – il faut énoncer le problème qui se posait. La crise violente qui a frappé les économies qui se trouvaient au bord de la faillite est le résultat de politiques visant à capter les avantages de l’euro en tant que bien collectif à des fins de constitutions de rentes sociales nationales. Techniquement ces phénomènes ont pris la forme de bulles qui ont explosé avec le choc externe de la crise : bulle de l’endettement public en Grèce au service du renforcement du clientélisme, bulle immobilière en Espagne, bulle financière en Irlande. Implicitement il s’agit toujours de soustraire à l’obligation du travail productif par accumulation des gains de productivité. La richesse ainsi créée en Grèce, en Espagne, en France est d’une certaine manière fictive ; elle leurre ses bénéficiaires.

Grèce

En Grèce, on a assisté à une bulle de l’endettement public clientéliste. Ainsi entre 2000 et 2010, le salaire des fonctionnaires a augmenté de 110% en Grèce, contre 20% en France et quasiment rien en Allemagne. Ce n’est ni Madame Merkel ni Monsieur Junker qui ont "obligé" les Grecs à s’octroyer de tels avantages en déconnexion complète avec la productivité générale de l’économie. D’une certaine manière ça revient à obliger les contribuables de Barcelone, de Toulouse ou de Hambourg à payer les fortes augmentations des fonctionnaires grecs sans avoir leur mot à dire. C’est un des mécanismes les plus puissants de la monnaie unique ; dans le cas du système monétaire européen, la dévaluation protégeait le contribuable d’Amsterdam des avantages unilatéraux que s’adjuge le fonctionnaire grec. Quand on a construit une richesse fictive, la conséquence c’est l’obligation de constater une amputation du niveau de vie. C’est le retour au réel qui a été imposé par les responsables de la zone euro au gouvernement grec. La solidarité de tous a comme contrepartie les efforts de ceux qui en bénéficient. Or ces politiques ont fonctionné. La Grèce a retrouvé après une longue purge, le chemin de la croissance et de la maîtrise de ses comptes publics. Son excédent primaire (avant intérêt) est proche du niveau allemand (près de 2% du PIB). En 2014, la croissance est revenue : +0,5%. En 2015, la croissance en Grèce – à politique constante – devrait être le double de ce qu’elle est en Allemagne, soit 3%. En 2016, elle devrait continuer à accélérer et atteindre 3,7%. La courbe du chômage a été inversée. Le taux de chômage est revenu de 27 à 25%. Mais le coût social a été considérable. Que dire à ce sujet ? D’abord il faut le comparer  la situation d’aujourd’hui à ce qui ce serait produit si la solidarité européenne n’avait pas été mobilisée pour secourir les Grecs. Ensuite il faut rappeler que les politiques économiques fictives frappent le plus durement les plus modestes. Le drame social en Grèce ne vient pas de l’Europe mais des illusions du clientélisme politique qui a voulu détourner l’euro en sa faveur.

Allemagne

Pour ce qui concerne l’Allemagne, depuis l’été nous avons eu droit à un déluge de larmes de crocodile. L’Allemagne en récession ! L’arroseur arrosé : à force d’imposer l’austérité aux autres, voilà l’Allemagne qui subit les effets de la récession imposée aux autres. Eh bien tout ça, c’était faux ! L’Allemagne de 2014 c’est une croissance de 1,6%, c’est 1133 milliards d'euros d’exportations en hausse de 3,7% par rapport à 2013 et un excèdent record de 217 milliards d'euros. C’est un excédent des comptes publics et un endettement public qui redescend à 70% du PIB. C’est un niveau de vie qui ne cesse d’augmenter, un taux de chômage inférieur à 5%. Et le plus important c’est que les patrons, les ménages et les jeunes ont confiance en l’avenir comme le montrent tous les indices de confiance. La réussite allemande c’est deux choses : d’abord le rétablissement du lien entre salaires et productivité ; le second moteur de cette réussite c’est l’obligation de tous de respecter l’équilibre et le lien entre les droits et les devoirs. Fordern und Fördern : exiger et soutenir. C’est en ce sens que la réussite allemande est transposable ailleurs et qu’elle est exemplaire. Alors, l’Allemagne c’est aussi la tentation – dénoncée par le Conseil des sages – de prendre ses bénéfices à travers l’instauration du salaire minimum et la possibilité offerte aux salariés ayant cotisé 45 ans de prendre leur retraite à 63 ans, ce qui représente un surcoût de 160 milliards d'euros pour une Allemagne en panne démographique.

Espagne

Ayant compris les effets dévastateurs et déstabilisants d’une croissance fictivement construite sur une bulle – immobilière en l’occurrence – l’Espagne a réagi à la crise en restaurant les conditions d’une économie compétitive. Si elle a accompli d’importants efforts de rétablissement des comptes publics, le gouvernement savait que l’équilibre budgétaire était trop dépendant de la bulle immobilière. Il a donc choisi de redonner la priorité à la baisse du coût du travail – qui avait augmenté de 25% entre 2000 et 2009 - ce qui a permis aux entreprises espagnoles d’enregistrer parmi les pays de la zone euro, la plus forte croissance de la productivité – environ 15% - entre 2009 et 2013 et d’afficher le plus fort taux de profitabilité. Les exportations espagnoles ont crû à un rythme plus rapide que les exportations allemandes, ce qui a permis en mobilisant intelligemment – du fait de la baisse des prix – son avantage comparatif dans le tourisme – ce que la Grèce a fait également - de rétablir la balance des paiements courants. Le chômage baisse depuis deux ans en Espagne. Encore très élevé (23%), il recule de 700 personnes par jour. Ces tendances devraient se poursuivre en 2015 et l’Espagne devrait enregistrer une croissance très proche de celle de l’Allemagne de l’ordre de 1,5 à 2%.

Italie

L’Italie a fait un choix assez différent de l’Espagne. Les réformes pour déverrouiller le marché du travail et la croissance annoncées, et parfois engagées, par Mario Monti en 2012, se sont ensablées dans les méandres de la politique italienne. Avec une dette qui plombe sa croissance, et dont les intérêts ont représenté jusqu’à 5,5% du PIB, l’Italie a donné la priorité au rétablissement de ses comptes publics. Les déficits sont inférieurs aux 3% des traités et son excédent primaire oscille autour de 2,5/3% du PIB. En dépit d’une productivité des entreprises parmi les plus faibles d’Europe et d’une facture énergétique colossale, l’Italie dégage un excèdent commercial d’environ 30 milliards d'euros. Elle le doit à un tissu d’entreprises industrielles qui fonctionne sur les mêmes bases que le Mittelsatnd allemand. Comme les PME allemandes, l’Italie parvient à obtenir des excédents industriels substantiels dans les économies hors zone euro. C’est la demande intérieure qui plombe la croissance italienne ; la production  industrielle reste encore en-deçà de son niveau d’avant crise. Dans ces conditions le Job Act initié par Matteo Renzi qui est une réforme du marché du travail inspirée des mesures adoptées en Espagne en 2012 mais sans conduire aux mêmes baisses de salaires, revêt une importance vitale pour débloquer les composantes internes de la croissance italienne. Le principal problème italien est d’ordre politique : parvenir à faire ce qui est annoncé.

France

Dans le mouvement de reprise de la croissance en Europe, la France fait ressortir une bien troublante singularité. Certes elle va bénéficier de la baisse des prix du pétrole, de la baisse de l’euro et les mesures annoncées par la Banque centrale européenne vont faciliter sa tâche dans la gestion de sa dette publique par la réduction des charges d’intérêt. Les instituts de conjoncture et la Banque de France annoncent une croissance du PIB de l’ordre de 1%, qui pourrait même être légèrement supérieur. Le refus obstiné d’engager les moindres réformes de structure autres que la loi Macron – ô combien bienvenue au demeurant – l’empêcheront de profiter pleinement de l’amélioration de son environnement international. La France de 2015 est dans une situation qui est l’équivalent économique de ce que fut sur le plan militaire Waterloo, il y a exactement deux siècles en 1815. Fin 2014 le chômage a atteint un niveau historiquement jamais franchi à 3,5 millions. Depuis l’élection de François Hollande, il a augmenté de plus 600.000 personnes. Il y a donc près de 700 nouveaux chômeurs par jour depuis l’élection de François Hollande. Alors que la progression du taux de chômage à 10,5% en 2002 avait résolu Gerhard Schröder à rompre avec sa propre politique, un Waterloo social laisse de marbre François Hollande et la classe politique française. Au contraire loin de réduire le coût d’opportunité des réformes, les facteurs conjoncturels dont la France a commencé à bénéficier fin 2014, sont une aubaine pour continuer à sanctuariser les rentes sociales. Ainsi le nombre de fonctionnaires – du fait des collectivités locales – a encore augmenté de plus de 85.000 l’an dernier quand on sait que le recrutement d’un fonctionnaire  représente une charge moyenne durant toute sa vie de 2,5 M€. Bien plus le paradoxe de la montée du chômage est d’accroître la valeur de des rentes sociales. En dépit des enquêtes d’opinion favorables aux réformes – la bonne réforme est celle qui s’applique aux autres – il est peu probable que les Français soutiennent des politiques qui scieraient la branche sur laquelle ils sont assis : 50% des Français ont leurs revenus composés à 50% de transferts sociaux. Dans ces conditions à la différence de ses voisins, la France n’affiche aucun résultat satisfaisant ni sur la croissance, ni sur l’emploi. Mais également ni sur le solde extérieur, ni sur le solde public. Au contraire la situation empire dans ces deux domaines : le déficit public continue de dériver – de l’ordre de 4,2/4,5% du PIB - en dépit de prélèvements devenus confiscatoires. Une fois neutralisée les effets de la baisse des prix de l’énergie, le déficit commercial continue de subir la perte de compétitivité d’une industrie française dont le poids économique est au même niveau que la Grèce (environ 10% du PIB). En réalité la France ne parvient pas à sortir d’une logique politico-sociale qui tend à renforcer la sanctuarisation des rentes sociales au prix de la liquidation de son système productif. C’est l’Etat qui administre les coûts de production des entreprises ce qui place l’économie concurrentielle en porte-à-faux avec les prix de ventes fixés sur les marchés mondiaux. En dépit d’une rémission passagère la France est donc confrontée à la liquidation de son économie productive.

Royaume-Uni

La conduite de politique économique tendant à la reprise du contrôle des comptes publics et la réindustrialisation qui caractérise l’Europe, de l’Allemagne à la Grèce, n’a pas pour moteur principal de satisfaire aux "contraintes" de l’euro. Elles s’imposent partout dans le monde développé qui a compris que la crise violente qui l’a frappé était une crise du surendettement combiné à l’abandon de l’industrie compétitive au monde émergent. Avec l’égalisation des coûts de production – forte hausse des salaires en Chine – sur les marchés mondiaux et la transformation structurelle des marchés de l’énergie en raison de la montée en puissance des pétroles de schiste aux Etats-Unis, l’heure est au retour de la compétitivité industrielle. Exemple en Europe, au Royaume-Uni qui combine reprise en main de ses comptes publics avec le départ programmé de 500.000 fonctionnaires sur moyenne période et la baisse des coûts du travail qui ramène au pays de la révolution industrielle, une production automobile désormais supérieure à celle de la France. Là encore ces politiques, comme en Espagne ou en Allemagne, permettent la restauration de la croissance et la baisse du chômage. Dans une Europe qui rétablit progressivement les conditions de la croissance compétitive, la France fait figure d’exception. Elle est la seule des économies européennes à avoir fait le choix d’une politique d’administration du déclin.

Finalement, laquelle de ces politiques a eu le meilleur rapport bénéfice/coût social ? Qui s’en sort le mieux sur ce plan-là, et quels enseignements pouvons-nous en retirer ?

Alain Fabre : Qu’il s’agisse d’une économie aussi puissante que l’Allemagne ou plus faible comme la Grèce, le coût social de l’ajustement est à la fois lourd, long et principalement concentré sur les plus faibles, en termes d’intégration sociale et de qualification. C’est la raison pour laquelle ce sont les plus faibles qui ont le moins avantage au maintien des non-réformes, à la mise en place de politiques déconnectées de la réalité du travail productif. D’une certaine manière les enquêtes montrent que ceux qui ont consenti les sacrifices en tirent, en dépit ou à cause de la douleur qui a été endurée, une estime soi plus grande. En Allemagne, les syndicats s’attribuent autant que les employeurs les mérites des réformes accomplies. Ainsi il a été très difficile au SPD de faire campagne en 2013 sur la remise en cause des "acquis" des réformes. La revendication d’un salaire minimum ou le retour à un départ moins lointain à la retraite ont été présentées comme des mesures d’ajustement n’ayant pas d’incidence très forte. Le bien-fondé "social" des réformes en Allemagne a d’autant plus été accepté qu’elles ont bénéficié de la phase d’accélération de la croissance avant 2007-2008 et qu’en pleine crise – chute de PIB de 5% en 2009 – les entreprises n’ont pas licencié leur personnel. A la différence de l’Allemagne où le processus de réforme est venu de l’intérieur de la société, les pays du Sud ont du mener le leur dans un climat de risque de faillite financière et de programmes "dictés" de l’extérieur, ce qui a provoqué un "choc" avec les principes de légitimité démocratique. Plus encore qu’en Allemagne, les populations les plus fragiles ont acquitté le prix le plus lourd, ce qui alimente la déstabilisation sociale et politique des sociétés. Il existe un paradoxe – comme le montre l’élection de Syriza en Grèce – qui vise d’une certaine manière à prendre son bénéfice de l’amélioration de la situation qui constitue le plus grand danger, non pour la zone euro, mais pour les pays ayant accompli – et réussi – leurs réformes.

De ces situations comparées, on peut conclure – dans un monde idéal - que les réformes fonctionnent d’autant mieux sur le plan économique et recueillent la plus grande légitimité sociale quand elles sont entreprises à froid – hors crise – et sont poussées de l’intérieur par les décideurs politiques et sociaux. Le process allemand fut à la fois long et complexe ; il repose sur un ensemble de compromis. C’est la meilleure solution. Dans le cas des pays du Sud, les réformes après avoir rallumé le moteur de la croissance productive, sont entrées dans une phase où les avantages sociaux se manifestent à travers la baisse du chômage et le retour des hausses de salaires. En réalité – en Allemagne ou en Espagne – la réforme est au fond l’effort pour démanteler les rentes qu’elles soient dues à un Etat social qui se détachait de l’obligation d’y contribuer, ou qu’elles résultent d’une logique sociale ancienne de rentes clientélistes comme en Europe du Sud. La vraie richesse qui nourrit la hausse du niveau de vie ne provient que de l’accumulation patiente tirée du travail productif. S’il y a une morale à la crise et aux politiques à suivre, c’est bien celle là.

Nicolas Goetzmann : Une comparaison objective entre les différents états européens ne peut se faire qu’en deux temps. D’une part une comparaison entre le Royaume Uni et la zone euro. Et entre les états de la zone euro eux-mêmes. Il s’agit donc de comparer deux zones monétaires, puis les membres d’un même espace monétaire.

Si l’on compare le Royaume Uni et la zone euro, on peut rapidement s’apercevoir que le différentiel de taux de chômage est à l’avantage du premier : 5.8% contre 11.4%. Et la recette employée par le Royaume a été de procéder un très large plan de relance monétaire à partir de septembre 2009, et qui a un atteint un total de 375 milliards de £ soit plus de 20% du PIB du pays. Un chiffre équivalent à ce que la FED a fait aux Etats Unis. Dans le même moment, le gouvernement s’est lancé dans une politique de restriction budgétaire mais de plus faible ampleur que cela est souvent imaginé. Le déficit public était encore de 5.8% en 2014 contre 11.4% en 2010 tout en ayant une croissance relativement soutenue. Il existe donc un effort budgétaire, mais il ne s’agit aucunement d’une purge. Le pays serait considéré comme un très mauvais élève au sein de la zone euro.

Concernant la zone euro elle-même, la première constante qui doit être regardée est la politique monétaire, et celle-ci a été restrictive tout au long du processus. C’est-à-dire depuis 2008. Ce qui donne un cadre conjoncturel défavorable à toute forme de mesures visant à améliorer la compétitivité des pays. Non pas que les réformes de l’offre soient mauvaises par nature, mais parce qu’un tel cadre rend ces réformes socialement très douloureuses. Il s’agit de plonger ces pays dans une situation de stress telle que les salaires puissent baisser. Ce qui est rendu possible par un chômage très élevé, par les baisses de salaires des fonctionnaires, des retraites, des allocations chômage etc… La population est forcée à accepter ces nouvelles conditions de travail. C’est un processus destructeur de l’outil productif du pays, comme nous pouvons le constater pour la Grèce. Le résultat électoral n’est donc pas une surprise. Concernant l’Allemagne, ce même processus a eu lieu plusieurs années auparavant, entre 2000 et 2005 lorsque la politique monétaire européenne était souple, bien plus souple qu’elle ne l’est aujourd’hui. Il suffit de comparer les chiffres de la croissance nominale pour s’en rendre compte. Et c’est ce qui a rendu la stratégie très efficace, très rapidement pour l’Allemagne. Le degré d’efforts est donc incomparable avec ce qui est pratiqué actuellement au sein des pays périphériques puisque la monnaie agissait alors comme un soutien et non comme un poids. Et c’est ce qui a permis au pays d’affronter la crise.

La leçon à en tirer est que la politique monétaire est bien trop sous-estimée en Europe continentale. Elle offre la possibilité à un état de procéder à des réformes structurelles, s’il le désire, et ce, en atténuant très largement le coût social de ces mesures. C’est ce qui découle de l’exemple du Royaume Uni d’après 2009, et de celui de l’Allemagne de 2000 à 2005. Voilà pourquoi il est si difficile d’accepter de voir l’Allemagne s’opposer à la même souplesse envers les autres états de la zone euro, alors qu’elle a pu en bénéficier auparavant. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Anguerrand
- 16/02/2015 - 16:46
Toute la zone euro et les pays anglophones repartent
Croissance entre 2 et 3 % et diminution du chômage, il est vrai après des réformes, réformes que nous n'avons toujours pas faits, résultat croissance enFrance de 0,4% et hausse continue du chômage. La France " lumière du monde!" À donc tout faux, elle n'a pas diminué le nombre de fonctionnaires( 500.000 en GB) , et continue à dépenser plus chaque année donc à creuser sa dette. Les générations à venir remercient le PS et ceux qui veulent continuer cette politique économique comme MLPS.
jurgio
- 16/02/2015 - 15:32
L'Allemagne repart, la France piétine...
Et la photo est éloquente, en tous cas, symbolique : Merkel inquiète et Hollande goguenard. L'une a toujours un problème à résoudre, l'autre jamais ! Sait-il, d'ailleurs, ce qu'est résoudre un problème ?