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Crédits Photo: MARTIN BUREAU / AFP
Bruno Le Maire ministre de l'économie crise effets du covid-19 coronavirus

Atlantico Business

Voilà précisément ce que prépare Bruno Le Maire pour anticiper les effets de l’aggravation de la crise

C’est presque contre l’avis des économistes du Trésor que Bruno Le Maire a décidé un renforcement des aides aux acteurs de l’économie pour faire face à l’aggravation de la crise et amortir une nouvelle vague de grogne et de rogne qui serait provoquée par la vague de faillites.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Si les économistes du Trésor avaient oublié que leur ministre était aussi un responsable politique, celui-ci vient de leur rappeler très nettement.

Alors que la Commission des finances se plonge actuellement dans l’examen de la loi de finances pour 2021, la direction du Trésor avait préparé pour les députés des notes prouvant que le plan de relance, qui est au cœur de ce budget et qui représente 100 milliards d’euros en investissements, serait suffisant pour que le pays retrouve son niveau de croissance potentielle d’avant la crise, dès la fin de l‘année 2021. Ce qui voulait dire en clair que la loi de finances qu’ils allaient défendre tenait la route et répondait au problème.  En clair, les spécialistes de la prévision officielle avaient fait le job. Aux députés de faire le leur.

Le problème dans cet exercice, c’est qu’entre la date d’envoi de la note de satisfaction et le jour où les députés ont ouvert le dossier (c’est à dire hier mardi), le gouvernement a administré une nouvelle restriction pour protéger le pays d’un retour du virus, et que cette restriction a été très mal accueillie par beaucoup d’acteurs de l’économie et pas seulement par les gérants de bars ou de restaurants.

Conclusion, pas besoin d’avoir fait polytechnique et l’ENA pour considérer que cette nouvelle vague de l’épidémie et les réponses imposées allaient une fois de plus aggraver la situation économique et sociale et hypothéquer les prévisions de croissance sur lesquelles on avait construit la loi de finances et surtout les plans de relance.

Bruno Le Maire n'a pas mis 24 heures pour changer le plan de vol, sans en demander la permission à ses fonctionnaires.

Alors, il ne s’agit pas de modifier l’ambition de retrouver à la fin de l’année prochaine, la croissance d’avant Covid 19, non, il s’agit de réactualiser le programme de soutien aux entreprises et au plan de relance. De se donner les moyens de résister à un retour de l’épidémie.  

Pour la majorité des experts, le plan de soutien qui avait mobilisé 400 milliards d’euros en mars (constitué principalement de Prêts garantis par l’État et de chômage partiel), mais aussi le plan de relance (plus de 100 milliards d’euros applicables sur 2 ans) étaient à la hauteur de l’enjeu. A peu près au niveau de ce qui a été fait dans les grands pays européens et notamment l‘Allemagne.

La direction du Trésor a d’ailleurs produit une analyse annexée à la loi de finances pour 2021, en chiffrant les effets de ce plan de relance de 100 milliards d’euros. Alors pour cette fin d’année, les effets seront très faibles puisque l’Etat va seulement décaisser 10 milliards d’euros de crédit et juste à la fin de l’année.

Pour l’année prochaine 2021, en revanche, les programmes d’investissements seront activés pour 20 milliards d’euros dès le 1er janvier et la baisse d’impôts de 10 milliards d’impôts de production sera effective.  Au niveau du PIB, cela représente 1% de hausse et 160 000 emplois créés. Si on ajoute les effets 2021, des prêts garantis (PGE) plus utilisés chez nous que chez nos voisins et l’effet d’entrainement des conjonctures européennes, le PIB pourrait aussi rattraper 2% en plus. Idem pour 2024.

Dans un premier temps, l’activité économique sera soutenue par la demande (grâce aux aides sociales, chômage partiel et autres prestations) et dans un deuxième temps, à partir de la fin 2021, c’est l’offre qui devrait jouer à plein via les entreprises.

Le scénario est donc assez cohérent. Sauf que :

Un, la demande ne fonctionne pas bien puisque les consommateurs préfèrent stocker de l’épargne liquide plutôt que de dépenser ou investir.

Deux : la reprise du covid en septembre et la décision de renforcer les mesures sanitaires vont retarder le déroulé du film.

Et c’est pour éviter de tourner au ralenti que Bruno Le Maire prépare sans attendre une nouvelle prescription, un renforcement du plan de soutien principalement aux patrons de PME et aux travailleurs indépendants. Il cible directement les professionnels de la restauration, de la brasserie et des bars.

D’une pierre, trois coups :

D’abord, il vient en aide aux PME et notamment aux grosses en élargissant le périmètre du bénéfice d’un taux réduit d’impôts sur les sociétés à 15% pour les entreprises jusqu'à 10 millions de chiffre d’affaires.

Ensuite, il prolonge d’un an, donc jusqu'à fin 2021, la réduction d’impôts sur le revenu pour les contribuables qui investissent dans les PME.

Enfin, il renforce le fonds de solidarité au bénéfice des hôteliers, des professionnels de l’évènementiel, des photographes, des fleuristes, etc.

Ces décisions seront finalisées et annoncées aux professionnels dès la semaine prochaine et aux bénéficiaires pour une période qu’on espère la plus courte possible.

Mais ce qui est intéressant dans cette démarche, c’est la réactivité sur le terrain économique. Autant on pourra regretter le flou et les hésitations du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire, autant il faut se féliciter de la réaction officielle sur le terrain économique et social.

Alors cette réactivité a une composante technique évidente, il s’agit à la fois d’éviter l’effondrement du pays, cette réactivité a aussi un objectif politique : calmer le mécontentement de ceux qui considèrent que l‘économie est sacrifiée dans le combat contre le covid 19.

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