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Bruno Le Maire Jean Castex budget plan de relance
©LUDOVIC MARIN / AFP

Atlantico Business

Un budget 2021 déformé par le Covid et qui n’ose pas prévoir un emprunt national, mais ça va venir

Le gouvernement dévoile son projet de budget pour 2021, dont le principal volet sera le plan de relance de l'économie de 100 milliards d'euros sur deux ans. Pas de hausse d’impôts mais du déficit payé par de la dette. Compte tenu des incertitudes liées à la deuxième vague de l’épidémie, ce budget n‘a plus aucune visibilité.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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A fin septembre, moment où le gouvernement présente son projet de budget pour 2021, l’exécutif et le législatif vont se livrer à une grande partie de poker menteur puisqu’ils vont discuter d’un budget pour 2021, sachant qu’ils ne savent absolument pas ce qu’il va se passer dans deux mois et surtout dans six mois. C’est donc un budget mort-né et c’est de la faute de personne.

Le budget a été construit à un moment où on pensait s'être débarrassé du virus. Il nous restait donc à faire repartir la machine économique et à payer les factures. Il a donc été construit sur une hypothèse de croissance de 8% pour 2021, après une chute historique de 10% en 2020. Un déficit important certes, plus de 6% mais a priori finançable par de la dette  pas chère, et surtout - ce qui est nouveau - par une dette garantie en partie par le club européen. Des eurobonds qui ne diront pas leur nom mais avec la signature de l’Allemagne. Donc le budget était risqué mais on pouvait prendre le pari.

Au moment où le budget est présenté et a fortiori au moment où il sera discuté, les conditions macro-économiques peuvent avoir été complètement bousculées.

Le budget actuel est menacé par trois phénomènes.

Un, les effets de la crise sanitaire qui s’aggrave à nouveau. Dans l’hypothèse où on ne réussirait pas à enrayer cette deuxième vague, on sera bien obligé de durcir encore les mesures anti-covid, d’envisager même un nouveau confinement et dans ce cas, il faudra payer les dommages pour éviter ce qui pourrait ressembler à une guerre civile. Les Français ont accepté le confinement, les masques, les tests, etc. A voir ce qu’il s’est passé dans le centre de Marseille, on voit mal ce pays accepter à nouveau des mesures lui interdisant de bouger et de travailler. Donc, dans ce cas, il faudra payer. Heureusement que le plan de relance s’étalera sur deux ans, parce que compte tenu de la reprise épidémique, ce plan aurait été mort avant d’être né.

Deux, les effets de l'après-Brexit. La violence du virus nous avait fait oublier ce problème qui risque de déséquilibrer la construction européenne. On était parti sur un divorce soft entre gens intelligents. On se retrouve avec des gens désargentés qui ne voudront sans doute pas payer ce qu’ils nous doivent et organiser une rupture brutale.

Trois, l’élection américaine. Un phénomène dont on n’ose pas encore évaluer le coût... Trump ou Joe Biden. Le nouveau président américain remettra les pendules à l’heure. Donald Trump ne peut qu’accélérer la pression protectionniste au détriment de l’Europe. Joe Biden fera forcément fléchir la politique monétaire qui distribue actuellement des liquidités avec une générosité coupable pour l’avenir.

Ces trois facteurs, le virus, le Brexit, les USA, peuvent encore tout bouleverser.

Alors, si on suppose que ces trois phénomènes n’auront pas de conséquences aggravantes (on peut rêver!), le budget va effectivement porter un plan de relance de l’économie de 100 milliards d’euros, sans augmentation d’impôts. Ce plan va représenter le quart du budget, si l’on enlève la partie financée par l’Europe... ce qui entrainera de toute façon un déficit de 6,7%, compte tenu de toutes les dépenses ordinaires et extraordinaires liées à la crise du covid. D’où un endettement conséquent.

 La dette publique va donc dépasser les 116% du PIB. On est très loin des critères européens, mais ce relâchement a été autorisé par Bruxelles et par l’Allemagne d’ailleurs en raison de la crise. L‘Allemagne apportera sa signature pour garantir des emprunts européens. C’est la première fois. Faut-il que la situation soit grave, y compris pour les Allemands pour abandonner un tel dogme.

Globalement, en dehors du plan de relance, le budget sera d’une banalité affligeante. Le total des dépenses courantes va augmenter de 2 ,5 %, ça fait un budget de 300 milliards d’euros

Avec des départements ministériels qui sortent gagnants mais qui ne dessinent pas une nouvelle stratégie économique pour l’Etat :

Vont profiter de ce budget, l‘enseignement scolaire et plus particulièrement les enseignants : 400 millions d’euros sous forme de revalorisation de salaires. On essaie de désamorcer la frustration des personnels.

L’enseignement supérieur et la recherche vont toucher une part du gâteau mais pas de quoi faire la fête.

Puis en deuxième rang, tout ce qui touche à l’écologie, le développement et la mobilité rurale. Là, on va payer les écologistes et les gilets jaunes s’ils avaient l’idée de revenir prendre le frais sur les rond-point au printemps.

Le ministère de la Justice qui va voir son budget augmenter de 8%, c’est considérable

Le ministère de l’Intérieur, qui doit recruter 10 000 policiers de plus, ce qui est un record.

Les missions pour le travail et l’emploi, la culture seront elles aussi un peu mieux dotées. Les plus vernis sont donc les instituteurs, les policiers et les juges.

Les perdants.  On n’en parle pas en général, mais les fonctionnaires de Bercy vont se sentir perdants tandis que les aides au logement seront rabotées. A citer aussi l’audiovisuel public, les anciens combattants et enfin les régimes spéciaux de retraite. Ca va grogner du coté de la SNCF ou de la RATP parce que leur régimes auront du mal à boucler leurs finances, histoire de rappeler aux syndicats qu‘il y a dans la marmite une réforme qui reste à cuisiner.

La partie la plus spectaculaire de ce budget est regroupée dans le plan de relance de 100 milliards pour la réindustrialisation, la transition écologique et le social.

Le ministre de l’Economie va sans doute le rappeler haut et fort - et il aura raison - le budget sera en déficit mais le déficit sera financé par de la dette. Mais surtout , non seulement il n'y aura pas d’impôts nouveaux, mais le projet présenté prévoit plutôt des baisses d’impôts pour les entreprises, environ 10 milliards concentrés sur les impôts de production. 

Toute cette architecture est logique et cohérente dans la mesure où la priorité du gouvernement est de relancer l’économie, l’activité et l’emploi. Il ne peut pas toucher aux impôts sinon on asphyxie le système.

Il faut donc retrouver de la croissance et si on retrouve de la croissance, on aura de quoi couvrir les recettes et garantir les dettes.

Toute la question est de savoir ce qui peut se passer si la situation sanitaire dérape, si le Brexit explose et si Donald Trump continue de tweeter. Le gouvernement n’a officiellement pas de plan B.

Officiellement, parce que le gouvernement a dans ses coffres des réserves quasi secrètes : ces réserves sont constituées par l’épargne des Français. Elle est considérable, elle ne sert à rien qu’à rassurer les titulaires de comptes d’épargne. Il faut qu’elle revienne dans l’économie. Cette épargne actuellement n’est ni investie, ni consommée. Ça peut donner des idées à l’Etat. Un impôt nouveau ? Pas question, il a promis. Il y a d’autres solutions. L’idée, par exemple, peut germer dans un bureau d’énarque à Bercy. Pas besoin d’avoir beaucoup d‘imagination pour proposer d’organiser un grand emprunt national. Ça n’est qu’une idée ! Mais dans ce cas-là, on comprendrait que l'argent magique qui finance les dégâts du Covid soit financé par le miracle de l’épargne populaire.

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