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La chancelière Angela Merkel participe à un sommet virtuel des dirigeants sur le climat organisé par le président américain à Berlin, le 22 avril 2021
La chancelière Angela Merkel participe à un sommet virtuel des dirigeants sur le climat organisé par le président américain à Berlin, le 22 avril 2021
©KAY NIETFELD / PISCINE / AFP

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Pas de Pacte Vert Allemand pour l’Europe

Les résultats des élections législatives du 26 septembre confirment que l’Allemagne va intensifier sa transformation de l'économie au profit de l'écologie. Ces évolutions peuvent représenter un véritable danger sur le plan industriel et énergétique.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Samuel Furfari

Samuel Furfari

Samuel Furfari est professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB) et Président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels. Il a été durant trente-six ans haut fonctionnaire à la Direction générale de l'énergie de la Commission européenne.

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Les élections législatives du 26 septembre de la plus grande économie de l’Europe confirment que l’Allemagne intensifiera sa politique EnergieWende. Wende signifie « retournement de situation », que nous, francophones, avons traduit par « transition ». Cela veut dire que nous ne sommes pas aussi déterminés que les Allemands qui eux sont partisans d’une action menée jusqu’au bout, quelles qu’en soient les conséquences.

La plus grande économie d’Europe ne possède pas de grande entreprise pétrolière comme la plupart des grands pays européens (Pays-Bas, Shell ; UK, Shell et BP ; France, TotalEnergies ; Espagne, Repsol ; Italie, ENI, etc.). Même la Belgique possédait PetroFina qui a été rachetée par Total. En Allemagne rien de tout cela ! Pourquoi ? Parce que les avoirs pétroliers du Deuxième Reich ont été confisqués comme dommages de guerre à la suite du Traité de Versailles de 1919. L’Allemagne n’est jamais revenue dans la course au pétrole, qui quoiqu’on en dise reste fermement la première des énergies primaires dans le monde et aussi dans l’UE ; elle n’est donc même pas entrée dans celle du gaz naturel.

Les nouvelles générations ont été formatées par les écologistes pour penser que l’Allemagne allait de nouveau créer quelque chose de neuf. L’abandon du nucléaire — seule énergie bas carbone, pilotable et bon marché susceptible de répondre à la forte croissance démographique et économique mondiale — a été un cataclysme, mais l’examen des conséquences semble impossible chez eux et ils sont encore prêts à aller jusqu’au bout en voulant entrainer toute l’Europe. Pour répondre à cet objectif, il a fallu poursuivre l’utilisation des centrales au charbon et désormais les Allemands disent qu’ils vont abandonner le charbon national… mais en 2038, polluant leur pays et les nôtres tout en accentuant les rejets de CO2 pendant encore 17 ans ! Pour l’EnergieWende, l’avenir ce sont les énergies éoliennes et solaires, et c’est, hélas, bien l’Allemagne qui nous a conduits dans l’impasse de ces énergies intermittentes et difficiles à utiliser dans l’état actuel scientifique et technique. Car c’est madame Merkel qui a demandé à la Commission Barroso d’établir une « feuille de route » pour obliger la production des énergies les plus chères. L’industrie allemande avait une avance par rapport aux autres et cela pouvait bien contribuer à asseoir la suprématie de l’économie allemande… puisqu’elle était absente des hydrocarbures. On peut parler d’impasse parce que bien que l’on ait dépensé plus de mille milliards d’euros depuis 2000, ces énergies aléatoires ne représentent que 2,5 % du bilan d’énergie primaire de l’UE. Lorsqu’on veut promouvoir la construction de ces énergies alternatives, on trompe le public en les mélangeant avec les autres énergies renouvelables, pilotables celles-ci, le bois (pompeusement baptisée bioénergie) et l’hydroélectrique. Et pour le tromper plus encore on parle d’électricité qui ne représente qu’une vingtaine de pour cents de la demande finale. En conséquence, les Allemands ne devraient plus parler d’EnergieWende, mais d’ElektrizitätWende.

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L’Allemagne est saturée de moulins à vent et de panneaux solaires et elle sait qu’elle ne pourra pas aller beaucoup plus loin dans son jusqu’au-boutisme. Elle a alors tiré de son chapeau le lapin de l’hydrogène, une idée que l’on ressasse depuis 1923 et que les nazis avaient déjà considérée. Nous nous sommes déjà expliqués sur cette utopie. L’autre solution est inévitable ; si on ne veut ni nucléaire ni charbon il faut recourir à de plus en plus de gaz naturel, raison pour laquelle le chancelier Schröder avait convaincu ses homologues français et néerlandais d’investir avec la Russie dans le gazoduc Nord Stream. Madame Merkel qui veut que son pays soit bien approvisionné en électricité a fait le forcing — allant jusqu’à faire plier le président Jo Biden — pour que le Nord Stream 2 soit terminé, chose faite depuis le 10 septembre. A présent, l’Allemagne va remplacer l’Ukraine et la Biélorussie comme pays de transit du gaz russe pour alimenter le reste de l’UE et c’est elle bénéficiera de droits de transit.

L’Allemagne veut nous entrainer dans le chaos énergétique qu’elle vit déjà : une énergie électrique chère et incertaine. Elle cherche à imposer son «  Pacte Vert »  à l’UE qui conduira à une catastrophe économique pour l’industrie européenne et des souffrances pour toute la population. La prise de conscience de l’explosion du prix de l’électricité que nous dénonçons depuis des années commence. Mais ce n’est que le début d’une catastrophe inéluctable si nous n’arrivons pas à arrêter la machine infernale. La révolte des « gilets jaunes » avait commencé avec quelques centimes, elle a fracturé la France pendant des semaines entières, les hausses prévues et celles qui sont en préparation vont être insupportables, elles briseront les pactes sociaux des différents Etats de l’UE.  

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Ne vous faites pas d’illusions, la politique imposée par l’Allemagne ne contribue et ne contribuera en rien à la réduction des émissions de CO2. Scott Morrison, le PM de l’Australie — un pays OCDE — vient de déclarer que son pays continuera à extraire le charbon que le pays pourra vendre sur le marché mondial. D’ailleurs, la forte reprise économique explose la demande de charbon notamment en Inde et en Chine. De plus en Chine l’énergie nucléaire que l’on présente dans l’UE comme l’énergie du passé est en plein essor au point que deux réacteurs de démonstration de Génération IV à haute température viennent d’être mis en criticité.

L’Allemagne nous entraine dans une EnergieKatastrophe. Il est temps de le dénoncer haut et fort et de cesser de la suivre comme vient de commencer  de le faire Bruno Lemaire, sans toutefois oser dire que c’est l’Allemagne qui nous entraine dans la spirale de l’énergie chère. La stratégie allemande est simple, elle veut renforcer sa suprématie sur l’UE, mais sa politique énergétique appliquée aux autres Etats et en particulier à la France va conduire à leur effondrement. Nous sommes désormais à la croisée des chemins, nous devons maintenir une production électrique d’origine nucléaire pour conserver une dynamique compétitive déjà difficile à assurer, nous devons résister à l’emprise de la Chine sur l’industrie manufacturière et rétablir des fabrications essentielles au sein de l’UE, nous devons donc résister au programme énergétique allemand. Il est clair que notre voisin a commis une erreur en préférant le charbon au nucléaire, ne nous laissons pas entrainer, il y va de notre survie économique et sociale.  

Samuel Furfari 

Ingénieur et docteur, professeur de géopolitique de l’énergie et président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels.

Loïk Le Floch-Prigent

Ingénieur et dirigeant d’entreprises français, ancien président de la SNCF.

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