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Liban : Saad Hariri défie le Hezbollah et emporte une manche

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a démissionné mardi dernier. Cette décision intervient après les nombreuses manifestations et face à la colère du peuple. Le Président Aoun et le Hezbollah ont essayé de le convaincre de rester.

Maya Khadra

Maya Khadra

Maya Khadra est membre exécutif et coordinatrice de projets du Forum académique chrétien de la citoyenneté dans le monde arabe (CAFCAW), lauréate du Prix du journalisme francophone en zones de conflits en 2013 et ancienne journaliste à L'Orient-Le Jour.

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Atlantico.fr : Le Premier ministre libanais Saad Hariri a démissionné mardi dernier à la suite des manifestations qui ont ébranlé le pays. Face à cela, le Président Aoun et le Hezbollah, en alliance, ont tout fait pour le convaincre de rester car ils avaient la mainmise sur le Premier ministre sunnite. Pendant ce temps, le Liban continue à sombrer économiquement...

Cette démission est-elle un aveu d'échec pour le Hezbollah ? Comment peut-il palier à cette crise sur le plan politique et économique ? 

Maya Khadra : Le Hezbollah est plus que jamais aguerri. Les deux derniers discours de Hassan Nasrallah mettaient en garde le peuple libanais et le premier ministre Saad Hariri, sur des accents de menace, contre la démission du gouvernement. En effet, ce parti chiite d'idéologie djihadiste est directement rattaché à l'Iran: son financement, sa stratégie militaire, son agenda politique et ses ambitions stratégiques de consolider les assises du croissant fertile au Moyen-Orient; projet expansionniste iranien. Or, la démission du gouvernement signifie pour le Hezbollah, la perte de la couverture institutionnel qu'il a par le truchement de sa participation au cabinet ministériel et son alliance avec le Courant patriotique Libre du Président Aoun, actuellement président par l'ex-ministre des Affaires étrangères, le gendre du Président: Gebran Bassil. Le Hezbollah, bras iranien au Liban, cherche une légitimité qui ne le limite pas à son état de milice. En pesant politiquement sur l'échiquier des équilibres au parlement et au gouvernement, il intimide les Libanais qui contestent l'aspect milicien qui lui est intrinsèque et les dépouille de la capacité à déplorer les effets nuisibles de cette milice auprès de la communauté internationale. Après tout, le Hezbollah comme les Frères Musulmans qui ont inspiré la Révolution islamique de Khomeini, il y a 50 ans, s'infiltre inextricablement dans les institutions étatiques pour s'imposer. Il utilise la démocratie pour des fins islamistes. Or, l'échec du Hezbollah se lit sur deux niveaux actuellement. Son impuissance à empêcher Saad Hariri de démissionner. La forte contestation dans la rue chiite des ingérences régionales du Hezbollah. Pour répondre au deuxième volet de votre question, le Hezbollah pour pallier à une crise recourt toujours à la violence. On l'a vu en 2008 quand il a attaqué des quartiers résidentiels à Beyrouth après que ses réseaux de télécommunication privés ont été démantelé par le gouvernement de Fouad Siniora. On l'a vu aussi lors des manifestations à Beyrouth sous forme de parades en scooter avec des drapeaux du Hezbollah et des armes. Des miliciens aussi en "T-shirt noir" ont attaqué des manifestants pacifiques au centre-ville de Beyrouth. C'est un signe de faiblesse. N'oublions pas aussi qu'apès les sanctions américaines sur l'Iran, le budget du Hezbollah a été considérablement réduit. 

Cette situation montre-t-elle les limites du fonctionnement de la politique confessionnelle libanaise ?

Le problème n'est pas dans le système confessionnel libanais qui garantit la représentation de toutes les catégories du peuple dans l'Etat. Le Liban, bien avant l'indépendance était organisé de la sorte: rappelons le systèmes des qaïmacamats et de la mutasarifiyyah au Mont-Liban Le problème est le népotisme et le clientélisme non sanctionnés durant des décennies par un vote populaire contestataire et remettant en question l'engrenage de la corruption au Liban. Le problème réside dans l'instrumentalisation de ce système pour des fins communautaristes. Chaque "zaïm" a nourri la crainte de l'autre dans les rangs de ses partisans. Peu sont ceux qui ont adopté un discours patriote. Le Hezbollah n'est pas la conséquence du système confessionnel au Liban qui protège toutes les minorités, mais bien un projet iranien implanté au Liban. Les autres oligarques responsable de la crise du système sont ceux qui ont pillé le pays pendant l'occupation syrienne et jusqu'à maintenant. Par exemple, Nabih berri, le chef du parlement depuis plus de deux décennies! L'émergence de nouvelels figures politiques, comme celle la plus huée par les manifestants, comme Gebran Bassil le gendre du Président Aoun a aggravé le problème. Ce ministre qui cumule plusieurs mandats et position: député et chef du CPL après avoir succédé à son beau-père, a hérité du système corrompu, en a profité d'une manière éhontée et s'est permis de recourir à un discours chrétien identitaire et démagogue, sans pour autant œuvrer vraiment pour les chrétiens. On a l'impression que c'est une crise du système confessionnelle. Pour moi, c'est une crise éthique, un népotisme tentaculaire et maléfique.

Le Hezbollah va-t-il changer de stratégie afin d'asseoir son pouvoir ? Faire appel aux autres pays arabes comme la Syrie ?

Le Hezbollah pourrait bien jouer profile bas dans les prochains mois en mijotant à petit feu son nouveau coup de théâtre: une guerre avec Israël ou contre les "takfiris" sunnites en Syrie. Etant l'allié du régime syrien du Baas, il en adopte beaucoup de leurs stratégies: dont le comportement du pompier-pyromane. Donc, rien ne l'empêche de créer une crise pour se proposer comme ultime sauveur de la communauté chiite. Cependant, ses armes sont éculés. Il ne peut faire appel à aucune autre pays; surtout pas la Syrie. Pour une raison simple. Où est le monopole des décisions en Syrie? Est-ce aux mains des Iraniens, des Russes, des Turcs, des Israéliens? Ce n'est surtout pas aux mains de Bachar el Assad. La Syrie est siolée de la Ligue arabe et n'existe plus sur un plan politique et diplomatique depuis le début de la guerre.

Qu'en est-il de la stratégie d'influence iranienne, efficace pour amener au pouvoir des régimes pro-Téhéran ? Propose-t-elle un système socio-économique pérenne dans la durée pour un pays comme le Liban ?

Ce n'est pas à l'Iran de proposer un système économique pérenne au Liban, ni à la Syrie, ni à l'Arabie saoudite. Le peuple libanais est un peuple fier qui rejette toute ingérence extérieure après avoir expérimenté les dégâts de la guerre civile. Le Liban n'est pas encore une province de l'Iran. C'est un pays où la femme est libre, où l'alcool est servi partout, un pays festif et cosmopolite aux antipodes de l'Iran accaparée par les mollahs. Le régime au Liban ne sera jamais pro-Téhéran. C'est faire fi des deux autres tiers du pays qui ne sont pas chiites mais à égalité: chrétiens et sunnites.

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